Malgré l’interdiction en vigueur depuis 2008, des véhicules 4×4 transformés en bennes déversent chaque nuit du sable prélevé sur les plages, au profit d’un réseau que des sources locales disent proche du pouvoir économique et politique. Il s’agit en fait d’un réseau illicite tenu, au dires des sources du département enquête et investigation du groupe de presse le Potentiel, par des acteurs publics qui se protègent et jouissent des dividendes. Le gouvernement béninois a interdit le prélèvement du sable marin sur l’ensemble du territoire national depuis plusieurs années, en raison des risques d’érosion côtière que cette activité fait peser sur le littoral. Cette interdiction, fondée sur le décret n° 2008-615 du 22 octobre 2008 portant interdiction du prélèvement du sable le long des plages et dans la zone du chenal comprise entre son embouchure et l’ancien pont de Cotonou, s’impose partout, y compris à Sèmè-Podji, commune côtière du département de l’Ouémé. Les autorités locales elles-mêmes ont durci le ton ces derniers mois. En mai 2026, le Conseil de supervision de la commune, présidé par le maire Thomas Singbo, a rejeté en bloc sept demandes d’ouverture de nouvelles carrières de sable et instauré un moratoire de quatre ans sur toute nouvelle autorisation, dans le but affiché de freiner une exploitation jugée anarchique des ressources naturelles et de préserver les terres agricoles et maraîchères.
Une filière clandestine qui prospère la nuit
C’est dans ce contexte de vigilance renforcée qu’une pratique bien plus discrète et totalement illégale se poursuit depuis un moment sur les plages de Sèmè-Podji, selon les dénonciations répétées des populations locales. Cette extraction nocturne échappe entièrement à tout dispositif de traçabilité ou de contrôle mis en place par la commune. Selon les témoignages recueillis, dès la tombée de la nuit, des individus enfreignant la loi déploient sur les plages des véhicules 4×4 dotés d’un système de capotage. Ces véhicules sont transformés, avec l’aide de soudeurs, en bennes rudimentaires adaptées à l’extraction du sable marin. De 19 heures à 6 heures du matin, ils sillonnent la plage, se chargent de sable, puis vont le déverser sur des sites d’entreposage. Plusieurs rotations sont ainsi effectuées, nuit après nuit, sans interruption. Le travail nocturne se prolonge en journée. Une fois le sable amassé sur les lieux de stockage, des camions y sont acheminés dès 6 heures pour être chargés, avant que la marchandise ne soit vendue à des clients sur différents chantiers de la région. Des sources locales mettent en cause un réseau d’individus influents, disposant à la fois d’un pouvoir économique et politique dans la zone, qui tirerait profit de ce trafic. Autant dire que, pendant que les populations dénoncent et subissent les conséquences de cette activité, plusieurs gros bénéficiaires en tireraient des revenus conséquents, en toute impunité apparente.

Une facture que le contribuable devra régler
A terme, cette exploitation illégale et répétée du sable marin ne peut qu’aggraver l’érosion côtière déjà préoccupante sur le littoral béninois, notamment sur le Littoral Est où la mer avance déjà sur les zones habitées et menace les moyens de subsistance des communautés de pêcheurs. Le gouvernement a d’ailleurs dû se doter d’un outil dédié pour y faire face. La Société béninoise d’infrastructures maritimes et fluvio-lagunaires (SoBIMaF), filiale du Port autonome de Cotonou, chargée de renforcer les capacités nationales de dragage et de protection du littoral, y compris sur les lagunes et plans d’eau, afin de réduire la dépendance du pays vis-à-vis d’opérateurs étrangers. Une addition que l’État à travers le contribuable devra un jour ou l’autre régler intégralement, pour combattre un phénomène directement nourri par cette filière illicite. Face à ces enjeux, le Président de la République, Romuald Wadagni, devrait instruire les services compétents afin d’identifier, d’interpeller et de traduire en justice les auteurs et complices de cette nouvelle filière d’extraction illégale de sable marin à Sèmè-Podji, en coordination avec la mairie et les services déconcentrés de l’État, avant qu’elle ne cause des dommages irréversibles au littoral et aux populations riveraines. Sévir et punir les trafiquants de sable marin serait rendre justice aux populations, premières victimes de l’érosion côtière.























































