La présidence de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), institution financière stratégique de l’UEMOA, se retrouve sans président en titre depuis le 28 août 2026. Ce jour-là, le mandat de six ans du Béninois Serge Ekué, à la tête de l’institution depuis août 2020, est arrivé à échéance, sans qu’une décision de reconduction ou de succession n’ait été formellement actée. Près de deux mois plus tard, le dossier demeure en suspens. Le mandat est ainsi arrivé à échéance dans l’incertitude totale. Dès la fin du mois d’août, la presse économique régionale faisait déjà état d’incertitudes entourant la reconduction de Serge Ekué, évoquant un processus « suspendu à une décision politique », à quelques heures seulement de l’échéance de son mandat. Si sa reconduction semblait, sur la base du bilan de l’institution, ne devoir être qu’une formalité, la mécanique institutionnelle de l’UEMOA en a décidé autrement.
Une procédure de nomination suspendue à un sommet qui ne se tient plus
La nomination ou la reconduction du président de la BOAD obéit à une procédure précise. Ce processus intègre la candidature des prétendants. Cette candidature doit d’abord être proposée par le président de la République du Bénin, pays dont est originaire le président sortant, avant d’être approuvée par les chefs d’État de l’Union, puis formellement entérinée par le Conseil des Ministres de l’UEMOA. Or, le dernier sommet des chefs d’État de l’Union remonte au 30 juillet 2023, soit plus de trois ans. Les tensions qui traversent la région, aggravées par les coups d’État survenus au Mali, au Burkina Faso et au Niger, rendent depuis la tenue de ce sommet particulièrement difficile. C’est cette étape de validation politique, bien plus qu’une quelconque volonté de blocage d’un seul État, qui explique aujourd’hui l’essentiel de l’impasse.
Le silence du communiqué de Dakar

La 3ᵉ session ordinaire de l’année 2026 du Conseil des Ministres de l’UEMOA s’est tenue le vendredi 2 octobre 2026, au siège de la BCEAO à Dakar. De nombreux observateurs y attendaient un signal sur l’issue du dossier BOAD. Le communiqué final de cette session, consulté par Le Potentiel, reste pourtant muet sur la question de la présidence. La seule décision concernant la BOAD qui y figure est l’adoption d’une levée des immunités et privilèges de la Banque, destinée à faciliter la mobilisation de financements auprès de plusieurs partenaires techniques et financiers. Selon des informations recueillies par ailleurs, la perspective d’une reconduction rapide de Serge Ekué ne recueillerait plus, à ce stade, un soutien unanime parmi les États membres. Sur ces faits allégués par une certaine source, votre rédaction n’a pu faire corroborer cette information par une source officielle.
Une institution financière de premier plan fragilisée par la vacance
Cette vacance prolongée n’est pas sans conséquence. La BOAD ambitionne de mobiliser 6.500 milliards de francs CFA de financements sur la période 2026-2030 et vient d’inaugurer de nouveaux bureaux à Abidjan et à Dakar. L’absence d’un président en titre, dans la durée, fragilise la crédibilité de l’institution auprès de ses partenaires internationaux et des marchés, et complique son fonctionnement courant, à un moment où elle doit au contraire démontrer sa capacité à tenir ses engagements. Au-delà du cas personnel de Serge Ekué, c’est la place du Bénin dans la gouvernance financière de l’Union qui se trouve en jeu. La présidence de la BOAD demeure le poste le plus élevé occupé par un Béninois dans l’architecture financière sous-régionale. Plus la vacance se prolonge, plus elle nourrit, chez certains partenaires de l’Union, la tentation de rouvrir le débat sur le principe même de la rotation de cette présidence. Il s’agit d’un scénario qui priverait le pays d’un acquis diplomatique et institutionnel majeur, acquis de longue date et consolidé depuis 2020. Le Bénin dispose, selon plusieurs observateurs du secteur financier régional, de profils technocratiques reconnus, capables de porter une candidature consensuelle à la présidence de la BOAD, qu’il s’agisse d’une nouvelle proposition de reconduction ou d’un autre choix. Il revient désormais au Président Romuald Wadagni, dans le cadre précis des prérogatives que lui reconnaissent les textes de l’Union, de porter ce dossier avec détermination en contribuant, aux côtés des autres chefs d’État de la région, à ce qu’un sommet puisse enfin se tenir pour trancher la question, et en veillant à ce que l’opinion béninoise et ouest-africaine soit informée de l’état d’avancement de ce dossier stratégique. Le temps, en la matière, ne joue en faveur de personne. Et la banque ouest-africaine de développement attend toujours son président. À suivre…






























































