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Fraude dans une mairie du département de l’Atlantique. Sô-Ava : SE, Daaf et comptable, 3 agents pour un délit

Un faux numéro d’identification personnel , une signature contrefaite, et trois responsables de l’administration communale qui, par leurs signatures, ont donné une apparence de régularité à l’irrégulier. Voilà, résumé en une phrase, ce que le département enquêtes et investigations (Dei) du Groupe de presse Le Potentiel a découvert à la mairie de Sô-Ava. Une découverte qui n’a rien eu d’une promenade de santé. Pour y parvenir, les équipes du DEI ont dû, en pleine saison des crues, emprunter à plusieurs reprises la pirogue. Par ces temps, la pirogue est le seul moyen de rallier cette commune lacustre. Et l’exercice de transport fluvial n’a pas été facile. Doute, crainte, réticence… certains membres de l’équipe étaient partagés entre ces sentiments, tant le niveau de risque, à cette période de l’année, est réel. A ce risque, va s’ajouter une difficulté plus sournoise encore. A Sô-Ava, tout le monde se connaît, et quiconque n’est pas du coin s’y voit repéré sur-le-champ. Entre le coût du transport fluvial et l’obligation de rester discret, il aura fallu une dizaine d’allers-retours avant que les preuves ne soient enfin réunies. Mais la détermination des équipes du Dei a fini par payer.

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Une industrie du faux, ennemi de la décentralisation

Le cas de Sô-Ava n’est pas tombé du ciel dans les filets du Dei. Depuis plusieurs mois, la cellule enquêtait sur une filière suspectée de siphonner, par des procédés frauduleux, les ressources financières d’une vingtaine de communes béninoises. Sô-Ava est la première à livrer un dossier suffisamment étayé pour être porté devant l’opinion. D’autres suivront. Comme à ses habitudes, le Dei de Le Potentiel ne ménagera aucun effort pour mettre au goût du jour les actes frauduleux nuisibles qui jalonnent la gouvernance au sein des collectivités territoriales. La présente publication est précurseur d’une série, et la mairie de Sô-Ava n’en sera que le premier épisode.

Un même nom et des NPI truqués…

A Sô-Ava, l’accusation ne repose pas sur du néant. Le document qui fonde cette publication est un état de paiement des frais de déplacement d’agents de la mairie, établi pour les diverses courses. Le nom de Monsieur Luc T. y figure à deux reprises, sous deux graphies légèrement différentes, pour deux sommes distinctes versées à quelques jours d’intervalle. Or le numéro personnel d’identification (NPI) porté en face de son nom, dans les deux cas, est rigoureusement identique. Cette uniformité serait normale s’il s’agissait bien du vrai NPI. Mais ce n’est pas le cas, puisque ce numéro ne correspond pas à celui de sa carte d’identification personnelle en cours de validité. Pour donner une idée concrète de l’écart, et sans livrer les deux séquences complètes, le Dei a confronté le NPI mentionné sur l’état de paiement à sa carte d’identité en cours de validité. Le NPI réel de monsieur Luc T. commence par 65 et se termine par 62, tandis que la référence inscrite sur l’état de paiement commence par 94 et se termine par 24, avec une date d’expiration affichée au 28 août 2026. Deux séquences numériques qui n’ont, à l’évidence, strictement rien en commun. La signature apposée sur le document faisant office d’état de paiement, dans les deux cas également, ne correspond pas davantage à celle de l’intéressé. Il s’agit de deux anomalies qui, si elles sont confirmées par les autorités compétentes, caractérisent des faits de faux et usage de faux en écriture publique. C’est bien un délit passible de prison. Peu importe ici le montant détourné. Peu importe si ce montant est dérisoire. Ce qui est mis en cause, c’est le procédé frauduleux. Ce procédé doit alarmer, car il a, de toute évidence, vocation à se répéter.

La même main, deux fois de suite

Le dossier présente un signe supplémentaire qui ne doit rien au hasard. En effet, la référence falsifiée et la date d’expiration qui l’accompagne sont transcrites, mot pour mot, chiffre pour chiffre, sur les deux lignes consacrées à Monsieur Luc T sur l’état de paiement. Une identité de graphie qui trahit, selon toute vraisemblance, une seule et même main derrière les deux mentions. Un faussaire qui n’a même pas pris la peine de varier ses effets. Il écrit et persiste avec la même écriture. C’est la preuve que l’auteur de la falsification de signature, du trucage du NPI et ses complices ont une confiance excessive. « Signe seulement, rien ne se passera…», peut-on s’imaginer s’écrier les auteurs de la fraude au moment où l’un d’eux signait l’état de paiement. Comme si l’impunité était encore la règle dans ce genre de pratique au sein de l’administration communale.

Trois signatures pour un seul faux

L’état de paiement est sujet à la fraude. Ce document n’a pourtant pas voyagé seul jusqu’au règlement. Il porte la signature du Directeur des Affaires administratives et financières (DAAF), Honoré Azonvè, celle du Secrétaire Exécutif de la mairie de Sô-Ava, Simon Tankpinou Dingnigbedé, et celle du Comptable Matières, Yves Kouké. Trois paraphes, trois responsables, pour un seul document aujourd’hui soupçonné de porter un faux. Cette situation pose immédiatement la question des contrôles qui auraient dû être exercés avant la validation et le paiement. Cet article ne prétend pas, à ce stade, désigner lequel de ces trois responsables ou de leurs collaborateurs directs serait l’auteur matériel du faux. C’est précisément pour lever le doute que le Dei a initié une démarche contradictoire restée sans issue. Fidèle aux règles du journalisme d’investigation, le Dei a adressé, le 8 octobre 2026, deux courriers de démarche contradictoire (l’un au Daaf, l’autre au Secrétaire Exécutif) enregistrés le 12 octobre 2026 au secrétariat de la mairie de Sô-Ava. Ces courriers exposaient les anomalies relevées et sollicitaient, dans un délai règlementaire des explications sur l’établissement et la validation du document. Alors que ce délai est écoulé depuis belle lurette, ni Honoré Azonvè, ni Simon Tankpinou Dingnigbedé n’ont pris la peine de répondre. Un silence qui, à ce stade du dossier, vaut tout sauf un acquittement. Au contraire, le silence nourrit d’avantage les soupçons et ne peut dédouaner les accusés.

Allergique à la fraude, le Dgpr Allowanou attendu au tournant… Mètonou et Akotègnon pour rappeler la vertu

Depuis sa prise de fonction à la tête de la Police républicaine, Brice Allowanou s’est forgé la réputation d’un homme peu enclin à transiger avec les pratiques frauduleuses, quelle que soit leur ampleur. Même au sein des troupes sous son commandement, il n’hésite pas à frapper avec rigueur s’il est établi que des actes illicites sont posés. Nul doute qu’il mettra tous les moyens nécessaires en œuvre pour que les auteurs de ce scandale soient promptement interpellés, puis déférés devant le procureur spécial de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), Mario Metonou. Il appartiendra ensuite au procureur spécial de connaître de ce type d’infraction. Ce dossier est un dossier d’école pour une police qui ne veut rien laisser passer en matière de fraude financière. Dans ce même ordre d’exigence, le préfet Raphaël Akotegnon, patron des communes de l’Atlantique est face à ses responsabilités. Ancien ministre de la décentralisation devenu préfet du département de l’Atlantique, Raphaël Akotegnon exerce ses prérogatives sur les communes de son ressort dont Sô-Ava. Sous sa casquette de préfet il exerce son autorité de tutelle. Cette position lui donne tous les leviers nécessaires pour agir et vite contre les faussaires qui sont tapis dans les locaux de la mairie de Sô-Ava. Peser de tout son poids pour que les auteurs de cette fraude présumée soient identifiés et remis à la justice, reste le choix de responsabilité pour le préfet Raphaël Akotègnon. Fort de son expérience ministérielle, le préfet Akotegnon sait, mieux que quiconque, ce qu’il en coûte à la crédibilité de l’État de laisser prospérer ce genre de pratiques dans les collectivités placées sous son autorité. Au-delà du seul cas de Sô-Ava, cette affaire doit résonner comme un signal d’alarme pour l’ensemble des services financiers communaux du Bénin. La Trésorerie communale, chargée du règlement des dépenses des agents des collectivités territoriales, doit désormais exiger systématiquement, pour chaque paiement, la copie de la carte CIP signée et datée par l’agent bénéficiaire des fonds. Une précaution élémentaire, mais qui aurait suffi, à elle seule, à rendre impossible la fraude aujourd’hui documentée à Sô-Ava. Les financiers des communes ne pourront plus dire qu’ils n’étaient pas prévenus. Le Potentiel se tient à la disposition des autorités compétentes (BEF, CRIET ou toute autre institution habilitée) pour leur communiquer l’ensemble des documents et éléments de preuve rassemblés tout au long de cette investigation. Vu la solidité de ces éléments, l’auteur ou les auteurs de ce faux gagneraient à se constituer directement prisonniers en attendant l’ouverture de la procédure. Ils s’épargneraient ainsi, au moins, le détour en pirogue qu’il aura fallu à nos enquêteurs pour les débusquer. Une fois l’auteur identifié, c’est la case prison qui l’attend, et rien d’autre. Les faits sont suffisamment graves ! A suivre

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