Depuis près de deux ans, Le Potentiel enquête sur la composition et le fonctionnement du Comité des rites Vodun du Bénin, créé par le décret n°2023-467 du 13 septembre 2023, signé de Patrice Talon, alors Président de la République. Placé sous la présidence du professeur Mahougnon Kakpo, assisté du secrétaire exécutif Bertin Sossa, ce comité rassemble des figures choisies pour incarner, au plus haut niveau, la mémoire et l’autorité morale des cultes endogènes du pays. C’est au fil de ce travail de terrain, qui nous a conduits à plusieurs reprises à Lokossa, à Athiémé puis à Porto-Novo, pour recouper témoignages et documents administratifs, que notre rédaction a mis la main sur un dossier embarrassant concernant l’un des membres du comité. Il s’agit de Hounsa Patrice, plus connu sous le nom de Togbé Yeddy, Haut Dignitaire du temple Mami Dan et par ailleurs président du Conseil national des cultes Vodun du Bénin (CNCVB) pour la commune d’Athiémé.

Deux actes de naissance, une discordance à la source
Dans ce qui s’apparente à un scandale en falsification de documents d’état civil, deux actes de naissance établis au nom de la même personne retiennent les attentions. Le premier, référencé 32624/C-ATH, porte le numéro personnel d’identification (NPI) commençant par 0144… et se termine par le 55. Ce numéro-là est celui qui figure sur le certificat d’identification personnelle (CIP) commençant par le n°2055…et de termine par 26 de l’intéressé et a été déclaré le 3 juillet 2023. Le second acte, référencé 21331/C-ATH, obtenu à la mairie d’Athiémé, porte une date de déclaration antérieure, au 2 mars 2022. C’est précisément sur ce document que le prénom « Ayité » apparaît accolé à « Patrice » avec le nom de famille Hounsa. Les deux actes concordent sur l’identité déclarée. La date de naissance y est mentionnée au 1er janvier 1985 et la filiation. Mais la simple coexistence des deux actes, à deux dates différentes et sous deux références distinctes, pose une question. Comment un même individu peut-il disposer de deux actes en contradiction sur son identité ? À cette question, Hounsa Patrice n’a, à ce jour, apporté aucune réponse. Pourquoi deux actes de naissance pour une même personne, et lequel des deux reflète fidèlement son état civil d’origine ?
Un prénom absent de l’acte initial, selon plusieurs sources
Selon des informations recueillies par le Dei auprès de personnes présentées comme des proches et des membres de la famille de l’intéressé, l’acte de naissance initialement établi pour lui ne comportait qu’un seul prénom, « Patrice ». Le prénom « Ayité » n’y figurait pas. Ces témoignages, que nous avons cherché à confronter aux documents en notre possession, convergent avec la discordance relevée entre les deux actes et avec nos propres vérifications menées auprès des services compétents en matière d’état civil et d’identification des personnes. L’analyse croisée des informations obtenues d’acteurs institutionnels habilités permet d’établir que ce prénom « Ayité» a été ajouté après la délivrance initiale des pièces. Une telle opération, confirmée comme irrégulière, s’apparenterait à une falsification de documents publics. Et là, l’acte quitte le lot d’une simple fantaisie et tombe sur le coup de la loi. La falsification de documents publics est un fait réprimé tant par le Code pénal que par la loi n°2017-08 du 19 juin 2017 portant identification des personnes physiques en République du Bénin, qui qualifient précisément ce type d’agissement de fraude à l’identité.
Une démarche contradictoire minutieuse, restée sans réponse utile
Avant toute publication, conformément aux exigences déontologiques qui gouvernent le journalisme d’investigation, et en application des lois en vigueur, le Département Enquêtes et Investigations (Dei) du groupe Le Potentiel a engagé une démarche contradictoire. Une correspondance a été adressée directement à Hounsa Patrice, l’invitant à s’expliquer, dans un délai règlementaire et légal. Le signataire devrait s’expliquer sur l’origine du prénom « Ayité », sur les circonstances exactes d’obtention de l’acte n°21331/C-ATH, sur la discordance constatée entre les deux actes de naissance recensés, sur une éventuelle démarche personnelle de rectification ou de mise à jour qu’il aurait engagée auprès de l’ANIP ou de toute autre autorité compétente, et, plus largement, sur tout élément ou justificatif de nature à expliquer la présence de ce prénom sur ses pièces d’identité. Hélas !
Un homme qui refuse de s’expliquer
Selon l’acte de signification dressé le 27 octobre 2026 à 15h53 par Me Rodrigue Sylvain G. Anagonou, huissier de justice à Lokossa, Hounsa Patrice, rencontré à son domicile du quartier Agnivèdji, a reçu l’original de la correspondance ainsi que les copies des pièces qui l’accompagnaient, mais « s’est abstenu de viser » le document qui lui était présenté. Autrement dit, il a refusé d’accuser réception et de s’engager à répondre aux questions qui lui étaient posées. Passé le délai règlementaire qui lui était imparti, aucune observation écrite n’est parvenue à notre rédaction. Un silence qui, loin d’éteindre les interrogations, les nourrit davantage.
À ce stade de nos investigations, Hounsa Patrice n’a été ni entendu ni poursuivi par une juridiction sur ces faits. Mais son refus de s’expliquer laisse entier le mystère sur l’identité de celui ou ceux qui auraient produit ou fait produire pour lui ce document litigieux. Le Potentiel reviendra dans ses prochaines publications sur cette question, de même que sur les motivations qui auraient conduit à l’ajout de ce prénom « Ayité».
Le professeur Mahougnon Kakpo face à la réputation de son comité
Togbey Yeddy est face à son double identité avec des interrogations légitimes sur des actes délibérés de falsification de documents d’état civil. Son silence rend encore plus lourd le questionnement. C’est son choix, du moins pour le moment. Mais il est membre du Comité des rites Vodun du Bénin. Reste alors une question de fond, à laquelle le président du Comité des rites Vodun du Bénin, le professeur Mahougnon Kakpo, devra tôt ou tard répondre. Comment un comité installé par décret présidentiel pour porter la mémoire et la dignité des cultes endogènes du Bénin peut-il compter, parmi les instances qui s’y rattachent, un dignitaire visé par de tels soupçons de fraude documentaire ? Le professeur Kakpo, dont l’intégrité intellectuelle et la rigueur sont largement reconnues bien au-delà du monde universitaire, ne peut rester indifférent à une affaire qui touche, par ricochet, à la crédibilité de l’institution qu’il préside. Face à la gravité des soupçons, le professeur Kakpo doit se saisir personnellement de ce dossier, dans l’intérêt même du comité et de la réputation des rites Vodun qu’il a la lourde charge de représenter dignement.
Police républicaine et CRIET, l’entrée en jeu attendue
Au-delà du seul Comité des rites Vodun, c’est à la Police républicaine qu’il revient désormais de faire la lumière sur cette affaire. Le directeur général de la Police républicaine, Brice Allowanou, devrait instruire ses services compétents afin que Hounsa Patrice, alias Togbé Yeddy, soit entendu et mis en mesure d’expliquer, documents à l’appui, les circonstances dans lesquelles le prénom « Ayité » s’est retrouvé sur ses pièces d’identité, ainsi que l’origine de la discordance entre ses deux actes de naissance. Selon la gravité des éléments qui pourraient être établis à l’issue de cette audition, le dossier pourrait, en bout de course, être soumis à l’appréciation du procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), compétente pour ce type d’infractions. Le Potentiel, qui dispose de l’ensemble des pièces de ce dossier, se tient prêt à les mettre à la disposition des autorités compétentes qui en feraient la demande dans le cadre d’une éventuelle procédure. Car, quand des documents d’identité sont falsifiés, c’est tout le système d’état civil du pays qui est décrédibilisé. Et les contrecoups de cette situation auront une résonance au-delà d’un seul individu. Quand l’heure est grave, les institutions chargées de rappeler les bonnes règles ne peuvent rester silencieuses. Mieux, quand de citoyens visés par de graves soupçon de faux et usage de faux en écriture publique font l’option du silence face au média, il ne reste que la force publique pour apporter de la lumière sur le magma de noirceur. Ni accusation hâtive et ni jugement prétentieux. Le Potentiel n’évolue pas dans ce registre. Mais là, seule une procédure judiciaire régulière pourrait établir sa responsabilité dans les faits qui sont imputés à Togbé Yeddy. Le Potentiel continuera de suivre ce dossier et reviendra, dans ses prochaines éditions, sur les zones d’ombre qui subsistent quant à l’origine de ce prénom ajouté. À suivre…






































































