Cérémonie de sortie d’enfant au Bénin : Une pratique ancestrale qui résiste aux assauts du temps

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Jadis, tout enfant qui naît doit subir un rituel, suivant les pratiques liées à chaque culture. Dénommé ‘’sortie d’enfant’’, il intervient quelques jours après la venue du nouveau-né, pour lui souhaiter la bienvenue au monde des vivants. Une cérémonie très banale aux yeux de certains, mais qui revêt une grande importance dans les pratiques traditionnelles au Bénin.

‘’Lorsque l’enfant apparaît, le cercle de famille applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille et qui fait briller tous les yeux et les plus tristes fronts, les plus souillés peut être se dérident soudain à voir l’enfant paraître innocent et joyeux’’, a dit l’écrivain français, Victor Hugo dans l’une de ses œuvres. L’enfant qui naît suscite curiosité, joie et admiration de tous. Dans la culture béninoise, un enfant qui naît doit subir une importante cérémonie traditionnelle appelée ‘’sortie d’enfants’’. Seulement, les années passent et les réalités ne sont plus les mêmes. Cette pratique qui tend à disparaître des habitudes, résistent pourtant aux assauts du temps.
Selon Alphonse Dansou Gazozo, intellectuel traditionnel, chef coutumier, cet état de chose s’explique par le poids de l’ignorance, l’analphabétisme et l’aliénation culturelle qui ont enfoncé certains dans les abîmes de certaines religions dites ‘’importées’’. Patrick Yobodè, journaliste culturel, consultant en religion endogène va renchérir les propos du chef coutumier en ces termes : « Les africains et l’Afrique sont victimes des religions importées et des blancs qui peignent tout ce qui vient de chez nous en noir. Toutes les pratiques africaines sont diaboliques et de nos jours, il est devenu une habitude d’aller présenter le nouveau-né dans l’église qu’au sein de la famille. Naturellement, les conséquences sur la vie de ce genre d’enfants se révèlent terribles après”.

Des conséquences !

A en croire Alphonse Dansou Gazozo, Les cérémonies de sortie des enfants sont revêtues d’un caractère officiel, solennel où les prêtres et prêtresses de la lignée du nouveau-né le présentent au public pour pouvoir être en harmonie avec son environnement, le cosmos, vivre longtemps dans le bonheur et la joie sans maladie. Les cérémonies de sortie d’un nouveau-né en Afrique ou au Bénin sont toujours couronnés par les ‘’vossissas’’ et ‘’adras’’ qui consistent à mettre l’enfant entre les mains du très haut et les divinités.
Il précise que les enfants qui n’ont pas subi ces rituels ont souvent des difficultés, parce qu’il y a souvent de mauvaises vibrations dans leur vécu quotidien. Ils ratent souvent des opportunités susceptibles de leur permettre d’atteindre facilement leur finalité.
Patrick Yobodè ajoutera que le parent qui n’a pas respecté cette cérémonie, ses enfants peuvent passer de vie à trépas. Les morts subites par accident, incendie ou noyade généralement, les divorces, les soucis de conception, etc., sont d’autres conséquences qui peuvent intervenir.
L’enfant peut avoir tous des biens matériels, mais à la fin, il perd tout et mène une vie de déchéance et de mendicité.

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Comment se déroule la cérémonie de sortie d’enfants ?

Dans un article publié sur un site d’information culturelle, Papassi Agbessi, adepte du vodoun-Mami au quartier Glo-Guinkomè dans la commune de Lokossa disait que la sortie d’enfant est une tradition nécessaire. Une autre dame habituée à ces rituels raconte : « Au cours de la cérémonie qui se déroule généralement à la maison, on prépare plusieurs mets. L’une des ‘’tassinon’’, c’est-à-dire une tante paternelle de l’enfant, fait goûter un peu de chaque repas au nouveau-né avant de le poser avec ses deux mains sur le toit d’une concession de la maison. Pendant ce temps, la mère de l’enfant observe les faits. Aussitôt une autre tante ou autre membre expérimenté de la famille envoie de l’eau sur le toit en faisant de sorte qu’elle coule sur l’enfant avant de tomber sur le sol. Si l’enfant ne crie pas lorsque l’eau du toit tombe sur lui, toute la famille reconnaît la paternité de l’enfant. Dans le cas contraire, on traite l’enfant de bâtard. Après cette étape, la tante principale de la cérémonie dépose l’enfant au sol, l’encercle de farine du maïs mélangée à de l’huile rouge et de la poussière noire recueillie dans les cheminées. Si l’enfant est un garçon, il doit s’agiter dans le cercle en s’efforçant de lever ses deux bras comme le gagnant d’un jeu en tombant sur le dos. Si c’est une fille, elle doit tomber du côté gauche et immédiatement, la mère prend son enfant et dit ‘’ Mon enfant est tombé’’.
Si les cheveux tournent dans le sens des aiguilles de la montre, on sait en même temps que c’est une fille qui va suivre le nouveau-né. Pour Athanase Houéssou, la cérémonie de sortie d’enfant n’est pas seulement qu’obligatoire pour tout nouveau-né. Elle s’impose aussi à tous.
Il précise que si l’enfant est né en période de la lune, on attend la sortie de la nouvelle lune du mois suivant avant de lui faire la cérémonie. Si le nouveau-né est un garçon, la mère reste en chambre pendant 9 jours et 7 jours quand c’est une fille.

Une cérémonie conseillée aux chrétiens !

Selon les explications qu’une ‘’tassinon’’ nous a données lors de nos enquêtes, même si on est chrétien, on peut sortir son enfant comme la tradition l’indique. Cela n’enlève pas à l’être son appartenance au Tout-puissant. Elle nous explique qu’on ne saurait renier son identité culturelle. La cérémonie de sortie d’enfant suivant les pratiques traditionnelles n’empêche pas que le nouveau-né soit baptisé à l’église par le prêtre et qu’il reçoive les sacrements. La résistance qu’opposent certains parents est peut-être due au fait que pour les chrétiens, toute pratique qui fait appel aux sacrifices, à des libations ou cérémonie coutumières est étroitement liée au vodoun. Pour eux, l’enfant est une créature divine, par conséquent, s’il y a un être suprême à qui il faut rendre grâce ou qui mérite adoration, c’est Dieu.

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