Braconnage de phacochère, interpellation et libération suspecte : Karimama, ça sent la corruption chez les agents des eaux et forêts

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Y aurait-il un deal entre les agents des eaux et forêts de la commune de Karimama et les braconniers qui mettent à mal la vie des animaux interdits de chasse ? Une récente affaire de viande de phacochère remet en effet sur scène de présumés faits de corruption.

Dimanche 2 juin 2024. L’équipe de la section communale des eaux, forêts et chasse de Karimama, avec à sa tête son premier responsable, le forestier, Marmontel Kinnoudo, est alertée sur la présence d’un présumé braconnier dans une zone de la commune. Le présumé braconnier serait entrain de commercialiser la viande de brousse, notamment la viande de phacochère. Le commerçant de cette viande ne serait pas seul.

Les sources du Département enquête et Investigation (Dei) du journal Le Potentiel parlent d’un réseau de trois (3) à cinq (5) personnes désignées comme de présumés braconniers et épinglées dans cette affaire de commercialisation de viande de phacochère. Selon nos sources, le responsable de la section communale des eaux, forêts et chasse aurait alors menacé les mis en cause des suites douloureuses qu’il entendait donner au dossier.

Acculés, conscients qu’ils seraient peut-être reconnus coupables des faits de braconnage et apeurés par l’idée d’atterrir en prison, les présumés braconniers interpellés par l’équipe de la section communale des eaux, forêts et chasse, finiront par faire le « geste qui sauve ».

Nos sources explicitent cette formule par le fait qu’il aurait été question d’un achat de liberté. Trois cent mille (300.000) francs CFA. C’est le montant que les présumés braconniers auraient remis au forestier en main propre pour recouvrer leur liberté après quelques heures passées en garde à vue.

Les faits sont suffisamment graves et frisent la corruption impliquant des agents des eaux, forêts et chasse et de présumés braconniers.

Le Dei, le contradictoire et les soupçons qui persistent

Grâce à son dense réseau alimenté par des sources aux profils diversifiés, le Groupe de presse Le Potentiel a une fois encore été alerté. Le Département enquête et Investigation (Dei) qui reçoit les informations primaires a donc recoupé les informations que cette affaire de braconnage, d’interpellation, de corruption puis de libération suspecte de présumés braconniers.

Fidèle à ses habitudes, le Dei a pris contact avec les principaux concernés par le dossier dont notamment le responsable de la section communale des eaux, forêts et chasse de Karimama, Marmontel Kinnoudo, et le sieur P. A. Ce dernier est tantôt décrit comme celui qui a facilité les échanges financiers entre les présumés braconniers et le forestier Marmontel Kinnoudo, tantôt désigné comme faisant partie des personnes interpellées.

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Le sieur P. A. est joignable au numéro 972971..( numéro complet disponible au Dei). Contacté par nos équipes du Dei à l’effet de savoir un peu plus sur le rôle qu’il a joué dans ce dossier, le sieur P. A. a confirmé que les parents des présumés braconniers interpellés ont été contraints de payer de l’argent. Selon ce Monsieur P. A. c’est le responsable de la section communale des eaux, forêts et chasse de Karimama qui aurait demandé aux présumés braconniers placés en garde à vue d’appeler leurs parents.

En rapportant les confidences des parents, monsieur P. A. qui nie toute implication personnelle dans ce dossier précise que le forestier M. K. aurait perçu les 300.000 francs CFA avant de libérer les présumés braconniers. Les présumés braconniers auraient été arrêtés alors même qu’ils n’avaient pas sur eux une viande de phacochère, rapporte P. A. précisant que lui-même a été écouté sur PV.

Le Dei a aussi joint le responsable de la section communale des eaux forêts et chasse de Karimama, Marmontel Kinnoudo. Au téléphone, les échanges ont duré plus d’une vingtaine de minutes. Dans son narratif, Marmontel Kinnoudo laisse entendre que son unité a été alertée de la commercialisation de la viande de phacochère dans une zone à Karimama. « On nous a indiqué l’endroit, on est allés, on a vu des gens qui sont là et on les a ramenés à la base », a dit Marmontel Kinnoudo expliquant que les personnes interpellées ont nié toute implication dans une activité de braconnage et de commercialisation de la viande de phacochère lors des auditions.

Le responsable de la section communale des eaux forêts et chasse de Karimama fait savoir que c’est la maison du sieur P. A qui servirait de lieu suspect pour le commerce de la viande de phacochère. Quand bien même cette viande n’a pas été retrouvée sur les lieux, le forestier Marmontel Kinnoudo fait savoir que le sieur P. A a aussi été interpellé pour subir un interrogatoire.

Il aurait reçu, dans le cadre de la procédure d’enquête, une convocation d’une semaine, a expliqué Marmontel Kinnoudo niant avoir reçu la somme de 300.000 francs CFA chez les mis en cause. Les échanges téléphoniques permettent de se rendre compte que Marmontel Kinnoudo est visiblement agacé par l’insistance de notre question : «nos sources sont unanimes en disent que vous avez reçu 300.000 francs CFA pour libérer les présumés braconniers».

Trois personnes auraient été interpellées dont le sieur P. Assogba  »ex enseignant et promoteur de bars » écouté sur PV, selon Marmontel Kinnoudo. Le journaliste du Dei qui conduit l’entretien se fait plus insistant sur le soupçon de corruption dans ce dossier et demande à nouveau au forestier Marmontel Kinnoudo s’il reconnaît avoir pris 300.000 francs CFA pour libérer les présumés braconniers.

Là-dessus, Marmontel Kinnoudo s’est contenté de répliquer en demandant au journaliste de réclamer les preuves du payement des 300.000 francs CFA. «Demandez leur simplement de montrer les preuves », dira-t-il en parlant des sources de Le Potentiel qui affirment qu’il a reçu les 300.000 francs CFA. Tout le reste du temps, les échanges ont tourné court tantôt sur un ton chaud, tantôt sur un ton d’explication de la procédure d’interpellation des présumés braconniers. Il n’y a jamais de fumée sans feu, dit-on.

À cette étape, les informations recoupées auprès de plusieurs sources laissent croire que le responsable de la section communale des eaux forêts et chasse de Karimama, Marmontel Kinnoudo, a perçu une somme de 300.000 francs CFA pour remettre en liberté de présumés braconniers. Même si le forestier nie les faits et s’en défend, les faits sont assez flous et mérite que la hiérarchie des agents des eaux, forêts et chasse et le procureur prennent le relai pour élucider la situation. Ça sent la corruption !

Brivaël Klokpê Sogbovi

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