Eau potable en milieu rural au Bénin. ACEP, un maillon essentiel de la réforme du service public de l’eau potable

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Depuis 2016, le Bénin a engagé une transformation ambitieuse de son sous-secteur de l’approvisionnement en eau potable, notamment en milieu rural. Dans le cadre du Programme d’action du gouvernement 2021-2026, l’État a réaffirmé sa volonté de garantir un accès universel au service public de l’eau potable sur l’ensemble du territoire national. Cette ambition s’est traduite par des réformes institutionnelles mises en œuvre par l’Agence Nationale d’Approvisionnement en Eau Potable en Milieu Rural (ANAEPMR) et par un vaste programme d’investissements dans les systèmes d’alimentation en eau potable de nouvelle génération, ainsi que dans la réhabilitation et l’extension des ouvrages existants.

Les ACEP, troisième pilier du dispositif de gouvernance

C’est dans ce contexte que les Associations de Consommateurs d’Eau Potable (ACEP) prennent toute leur importance. Les ACEP relèvent du troisième pilier du dispositif de gouvernance, aux côtés des institutions publiques et des autres acteurs du service. Leur rôle est double: elles assurent une veille citoyenne sur la qualité du service et elles défendent les intérêts des usagers. Grâce à leur implantation jusqu’au niveau de la localité, elles constituent une interface de proximité qu’aucune structure centrale ne peut remplacer. Historiquement, les ACEP sont nées à une période où les communes étaient davantage responsabilisées en matière de planification, de réalisation des infrastructures et de fourniture du service public de l’eau. Cette origine explique leur vocation: représenter les consommateurs, servir de relai entre les populations et les autorités locales, et contribuer à l’amélioration de la qualité des services hydrauliques. Aujourd’hui, loin d’avoir perdu leur pertinence, elles deviennent au contraire plus stratégiques encore, précisément parce que le secteur s’est complexifié et professionnalisé.

Mais une réforme sectorielle, aussi solide soit-elle sur le plan technique, ne peut atteindre tous ses objectifs sans adhésion sociale, sans mécanismes de redevabilité locale et sans relais communautaires crédibles. L’accès à l’eau potable ne se résume pas à la présence d’un forage, d’un château d’eau ou d’un réseau. Il suppose aussi que les ménages comprennent la valeur du service, adoptent les bonnes pratiques d’usage, acceptent la participation financière demandée et disposent d’espaces pour faire entendre leurs préoccupations.

C’est précisément là que se pose la problématique centrale: comment articuler modernisation du service public de l’eau et participation effective des usagers ?

Une problématique au cœur de la durabilité du service

Le Bénin est aujourd’hui confronté à un défi de second niveau. Le premier défi a longtemps été celui de l’insuffisance des infrastructures. Le second, désormais tout aussi décisif, est celui de la durabilité sociale, institutionnelle et citoyenne du service d’eau potable.

En effet, la modernisation des systèmes d’approvisionnement en eau potable et le recours à un cadre contractuel de type partenariat public-privé imposent une relation nouvelle entre le service et ses usagers. Les populations ne sont plus seulement des bénéficiaires passifs d’ouvrages hydrauliques; elles deviennent des usagers d’un service public structuré, avec des droits, des devoirs, des attentes de qualité et une contribution attendue au coût du service. Cette évolution rend indispensable un travail de sensibilisation, d’explication, de médiation et de suivi à l’échelle locale.

Or, plusieurs contraintes fragilisent cette dimension sociale du dispositif. Les études menées entre 2019 et 2025, ont révélé des dysfonctionnements persistants : absence d’enregistrement légal de nombreuses associations, faiblesse du fonctionnement organique, collaboration insuffisante avec les mairies, faible représentativité des femmes et des jeunes, notamment dans les instances décisionnelles. Ces insuffisances limitent la capacité des structures d’usagers à jouer pleinement leur rôle dans la gouvernance de l’eau.

Le risque est clair. Sans ancrage local fort, les investissements consentis par l’État et ses partenaires peuvent se heurter à une faible appropriation communautaire, à des incompréhensions sur la tarification, à des tensions entre exploitants et consommateurs, voire à une dégradation progressive de la confiance envers le service public. La qualité technique du système peut alors être compromise par une faiblesse du pilotage social.

Pourquoi les ACEP sont devenues indispensables?

Elles portent la voix des usagers. Dans un secteur où le service doit être à la fois techniquement fiable et socialement accepté, les ACEP permettent de faire remonter les attentes, les plaintes, les incompréhensions et les préoccupations des ménages. Elles contribuent ainsi à éviter que les populations soient réduites à un simple rôle de consommateurs silencieux.

Elles renforcent la redevabilité du service public. La professionnalisation du secteur implique des opérateurs, des contrats, des obligations de performance et des mécanismes de gestion plus rigoureux. Mais tout dispositif de service public a besoin d’un regard citoyen. Les ACEP peuvent exercer une vigilance locale sur la continuité, la qualité et l’équité du service rendu, en lien avec les communes et les structures compétentes.

Elles facilitent l’intermédiation sociale. Le document rappelle que les communes gardent une mission d’intermédiation sociale, notamment pour sensibiliser les ménages à l’importance de l’eau potable, à son bon usage et à leur participation financière au coût du service. Les ACEP peuvent prolonger cette mission sur le terrain, au plus près des communautés, dans les langues, les codes et les réalités sociales locales.

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  • Elles soutiennent l’acceptabilité économique du service. L’un des enjeux majeurs de la réforme réside dans la compréhension, par les usagers, du fait qu’un service d’eau potable durable a un coût. Les ACEP peuvent expliquer pourquoi la contribution financière des ménages est nécessaire, aider à désamorcer les résistances et promouvoir une culture de paiement liée à la qualité et à la pérennité du service.
  • Elles servent de relais dans la prévention et la gestion des conflits. Dans tout système local de distribution, des tensions peuvent naître qualité perçue de l’eau, prix, régularité du service, accès de certains hameaux, relation avec l’exploitant. Des associations d’usagers crédibles peuvent jouer un rôle de médiation, réduire les incompréhensions et contribuer à des solutions concertées.
  • Elles participent à l’inclusion sociale. Le constat dressé dans les études sur la faible représentativité des femmes et des jeunes est important. Une ACEP bien structurée peut devenir un espace d’expression plus inclusif, capable de mieux prendre en compte les besoins différenciés des usagers et de renforcer la légitimité sociale du dispositif.

Une redynamisation devenue urgente

Si les ACEP sont stratégiques, leur état actuel montre qu’elles ne peuvent remplir efficacement leur mission sans accompagnement. C’est précisément ce qui justifie la démarche enclenchée par l’ANAEPMR en concertation avec le SP/CONAFIL. Les actions déjà engagées vont dans le sens d’une remise à niveau du dispositif: conception et impression d’une boîte à outils destinée aux communes, dissémination de cette boîte à outils dans plusieurs départements, formations sur son utilisation, appui technique à l’élaboration de 76 plans d’action communaux pour la mise en place et l’opérationnalisation des ACEP, ainsi que capitalisation des expériences d’ONG et de projets intervenant sur cette question.Ces actions montrent que la redynamisation des ACEP n’est pas un sujet périphérique. Elle s’inscrit désormais dans une stratégie nationale de consolidation de la réforme du secteur. L’atelier national projeté répond ainsi à une nécessité créer un cadre de concertation, harmoniser les approches, mutualiser les interventions des acteurs non étatiques et définir une feuille de route commune pour renforcer les ACEP sur l’ensemble du territoire. Les résultats attendus sont révélateurs de l’enjeu disposer d’un diagnostic partagé, engager les acteurs par commune et par département, proposer un cadre national de concertation, et valider une feuille de route opérationnelle.

Les ACEP comme trait d’union entre réforme nationale et réalité locale

Le grand mérite des ACEP est de pouvoir faire le lien entre deux échelles souvent difficiles à articuler celle de la réforme nationale et celle de l’expérience quotidienne des populations. D’un côté, l’État structure le secteur, mobilise les financements, contractualise la gestion et modernise les infrastructures. De l’autre, les ménages jugent le service à partir de réalités concrètes: la distance au point d’eau, la disponibilité effective, la qualité perçue, le prix payé, la rapidité de traitement des problèmes.

Entre ces deux mondes, il faut des acteurs capables de traduire les politiques publiques en dialogue local, et les préoccupations locales en informations utiles pour améliorer le pilotage. Les ACEP peuvent remplir cette fonction de courroie de transmission. Elles peuvent contribuer à installer une gouvernance plus participative, plus transparente et plus résiliente.

Une condition de succès pour l’accès universel à l’eau potable

L’objectif d’accès universel à l’eau potable ne sera véritablement atteint que si l’offre technique s’accompagne d’une gouvernance sociale solide. Le Bénin a déjà posé plusieurs jalons structurants clarification institutionnelle, investissements massifs, professionnalisation de la gestion, implication des communes, mobilisation de partenaires techniques et financiers. Mais la consolidation du service passe aussi par la capacité à faire émerger des organisations d’usagers légitimes, formées, inclusives et fonctionnelles.

Sous cet angle, les ACEP ne sont pas un simple dispositif d’accompagnement. Elles sont un élément central de la durabilité du service public de l’eau. Elles rendent possible une meilleure appropriation citoyenne des réformes, une plus grande responsabilisation des consommateurs, une vigilance accrue sur la qualité du service et un meilleur ancrage territorial de la gouvernance.25/03/2026 15:39

Au Bénin, la question de l’eau potable n’est plus seulement celle de l’équipement elle est désormais aussi celle de la gouvernance partagée. Les PACEP apparaissent comme des acteurs décisifs de cette nouvelle étape. Elles peuvent transformer un dispositif technique en véritable service public de proximité, compris, accepté et contrôlé par les usagers eux-mêmes.

La redynamisation de ces associations constitue donc un enjeu stratégique. Elle conditionne la capacité du pays à sécuriser ses investissements, à améliorer durablement la qualité du service et à rapprocher l’ambition nationale d’accès universel des réalités vécues par les populations. En d’autres termes, renforcer les ACEP, c’est renforcer la dimension citoyenne de la réforme de l’eau potable au Bénin. Et sans cette dimension citoyenne, aucune réforme, même bien financée, ne peut produire tous ses effets.

L’atelier vise notamment à partager les résultats des initiatives menées sur les ACEP, harmoniser les outils d’appui aux communes, identifier les bonnes pratiques issues des ONG et projets, cartographier les perspectives d’accompagnement par les acteurs non étatiques, définir les modalités d’un cadre national, départemental et communal de concertation, et élaborer une feuille de route concertée pour la redynamisation des ACEP.

Au fond, la vraie modernisation du secteur de l’eau potable ne se mesurera pas seulement au nombre d’ouvrages construits, mais à la capacité du système à faire des usagers de véritables acteurs du service public.

 

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