Microfinance au Bénin : Véronique Tognifode annonce des réformes majeures et répond aux préoccupations du secteur
En visite au siège de l’Association Professionnelle des Systèmes Financiers Décentralisés (APSFD), la ministre des Affaires sociales et de la Microfinance, Véronique Tognifode, a réaffirmé la volonté du gouvernement de renforcer l’inclusion financière au Bénin. Face aux acteurs du secteur, elle a annoncé la généralisation imminente du programme Microcrédit Alafia 3, tout en reconnaissant les défis persistants, notamment l’accès au financement.
Devant les responsables des Systèmes Financiers Décentralisés (SFD), la ministre a salué « un engagement remarquable » du secteur, soulignant son rôle clé dans la réduction de la pauvreté. Selon elle, « la microfinance s’est imposée comme un véritable instrument de justice sociale », permettant à « des milliers de femmes, de jeunes et d’artisans d’améliorer durablement leurs conditions de vie ». S’inscrivant dans la stratégie nationale, elle a rappelé les grandes orientations du gouvernement, notamment : le Plan stratégique 2023-2027, la Politique nationale de développement de la microfinance à l’horizon 2032, et la nouvelle loi de juillet 2025 encadrant le secteur. Objectif affiché, atteindre un taux de pénétration de 75 % et garantir un accès plus équitable aux services financiers.
Parmi les annonces majeures, Véronique Tognifode a confirmé que « la généralisation du microcrédit Alafia III interviendra dès le 1er avril 2026 », après une phase pilote jugée concluante. Elle a également précisé que plus de 148 000 bénéficiaires ont déjà été soutenus en 2025, pour un montant global dépassant 12 milliards de FCFA, et que l’État a validé la prise en charge de près de 984 millions de FCFA de frais de gestion du programme.
La ministre n’a pas éludé les critiques. Elle a reconnu que les exigences de garanties imposées par les institutions financières constituent « un obstacle majeur à l’accès au financement ». « Nous travaillons à l’assouplissement de ces mesures », a-t-elle assuré, évoquant plusieurs pistes à l’étude pour faciliter l’accès au crédit, notamment pour les populations vulnérables. Elle a également appelé les institutions de microfinance à accélérer leur transformation « et à s’aligner sur les exigences de la nouvelle loi. »


Prenant la parole au nom des professionnels, Valentine Huguette Adoukonou a relayé les préoccupations majeures du secteur, pointant directement les difficultés liées au Fonds national de la microfinance (FNM). « De plus en plus, nous ne sommes pas satisfaits du FNM », a-t-elle déclaré, regrettant une perte d’efficacité de cet outil pourtant central.
Elle a dénoncé des conditions d’accès jugées trop contraignantes,
« Nous avons beaucoup de difficultés à accéder aux fonds du gouvernement, alors que des partenaires internationaux proposent des financements sans garanties matérielles. »
Autre doléance majeure, le manque d’accompagnement technique.
Selon Valentine Huguette Adoukonou, « la direction générale de la microfinance n’offre plus le même niveau de renforcement de capacités qu’auparavant ». Elle a plaidé pour un engagement plus fort des autorités. « Le secteur de la microfinance couvre tout le territoire national. Si l’État veut toucher toute la population, il doit s’appuyer sur nous. » Dans un message adressé au futur président de la République, la présidente a insisté qu’il accompagne véritablement le secteur. En réponse, la ministre a réaffirmé la détermination du gouvernement à moderniser le secteur, notamment par la digitalisation et l’innovation.« Nous devons aller plus loin. Les attentes des populations restent fortes », a-t-elle conclu.
Médard Clobechi