Il est des silences plus bruyants que les cris des stades.
Il est des pannes plus éloquentes que les discours officiels.
En Afrique, on dit :
« Quand le tam-tam se tait en pleine danse, c’est qu’un malheur est entré dans le village. »
Le mardi 23 décembre 2025 restera comme une date trouble dans l’histoire récente du football africain. Pour la première fois, le Bénin et la République démocratique du Congo s’affrontaient en Coupe d’Afrique des Nations. Un moment historique. Un moment de vérité. Un moment où chaque décision arbitrale pèse comme un verdict.
Et pourtant, ce jour-là, la vérité s’est évaporée.

En seconde période, le Bénin réclame une main manifeste dans la surface congolaise. Une situation claire, décisive, qui appelait l’intervention de l’assistance vidéo à l’arbitrage. La réponse de l’arbitre tombe, sèche, glaçante :
« Le VAR est en panne. »
En panne.
En pleine CAN.
En plein match décisif.
Au moment précis où il fallait voir clair.
Ce qui choque ici n’est pas seulement la panne annoncée, mais son moment. Car quelques minutes plus tôt, à la 48ᵉ minute, le VAR fonctionnait parfaitement. Il avait permis d’annuler le but du break de la RDC pour hors-jeu. La machine était opérationnelle, l’image disponible, la décision assumée. Puis, soudainement, quand le Bénin demande justice, la technologie disparaît.
Or, selon les protocoles FIFA et IFAB, toute défaillance du VAR doit être immédiatement documentée, signalée et faire l’objet d’un rapport technique circonstancié. À ce jour, aucun rapport public, aucune explication officielle, aucune responsabilité clairement établie. En droit du sport, ce silence n’est pas anodin : il constitue un manquement à l’obligation de transparence, et nourrit légitimement le doute.
En Afrique, on dit :
« Le couteau qui coupe d’un seul côté n’est pas un couteau, c’est un complot. »
Comment admettre qu’un système aussi stratégique puisse tomber en panne lors d’une Coupe d’Afrique des Nations, organisée par un pays ayant investi plus de 1 220 milliards de francs CFA dans ses infrastructures sportives ? Les stades modernes sont équipés de sources d’énergie redondantes, de dispositifs de secours et de procédures de continuité. Une panne non expliquée, non tracée, non assumée ne relève plus de l’accident, mais de la défaillance institutionnelle.
En droit comme en morale, la répétition des coïncidences finit par ressembler à une intention.
À qui profite la panne ?
À qui profite le doute ?
À qui profite le silence ?
Car le silence n’est jamais neutre. Dans les institutions sportives, il est souvent un choix stratégique. Et parfois, une faute. La Confédération africaine de football, déjà fragilisée par des scandales passés, avait ici l’occasion de réaffirmer son autorité morale. En se murant dans le mutisme, elle affaiblit sa crédibilité et entame un peu plus la confiance des peuples dans l’équité des compétitions continentales.
Ce qui s’est passé dépasse largement le cadre d’un match perdu. C’est une atteinte à la crédibilité du football africain. Une blessure infligée à la CAN. Une fissure dans le contrat moral qui lie les institutions sportives aux peuples qui les font vivre.
En Afrique, les anciens disaient :
« Quand le juge mange en cachette, le verdict sent la corruption. »
Le football africain appartient d’abord aux peuples, aux joueurs, aux supporters, pas aux appareils bureaucratiques. Exiger des explications, réclamer des comptes, refuser l’injustice travestie en fatalité technique n’est ni du chauvinisme ni de la victimisation : c’est un acte citoyen. Car l’habitude de l’injustice prépare toujours la rupture.
Alors posons les vraies questions :
Que vaut une compétition où la technologie choisit son camp ?
Quel avenir pour un football où la panne devient un alibi ?
Combien de fois demandera-t-on aux peuples d’avaler l’injustice au nom du spectacle ?
En Afrique, on dit enfin :
« Le mensonge peut courir longtemps, la vérité le rattrape toujours. »
Ce jour viendra.
Et quand il viendra, il faudra répondre.
Devant l’histoire.
Devant les peuples.
Et devant la conscience.
Charbel Y. AÏHOU