Résultats des élections communales et législatives du 11 janvier 2026 : Couffo : Cauchemar pour l’UP-R, ABT nettoie le bastion de Bruno Amoussou
Les élections communales et législatives du 11 janvier 2026 ont livré leur verdict. La vérité des urnes scellée par les instances habilitées notamment la CENA et la Cour constitutionnelle est sans appel. Entre joie et peine, les partis en lice font face à la réalité. Les chiffres sortis des urnes portent en eux des motifs de gloire par endroits. Ils reflètent aussi le poids du deuil lourd à porter pour certains partis par endroits. Ce deuil, le parti Union Progressiste Le Renouveau (Up-r) devra se résoudre à le porter dans le département du Couffo. Le déclin du parti au logo du baobab dans le département du Couffo est un évènement historique qui retient les attentions. En effet, le département du Couffo est traditionnellement sous l’influence du patriarche Bruno Amoussou. Ancien ministre d’État chargé du plan, ancien président de l’Assemblée Nationale, plusieurs fois candidat à la présidentielle et opposant redoutable à plusieurs régimes, Bruno Amoussou, natif du Couffo a réussi à mettre le département sous son aura. Les liens fusionnels entre Bruno Amoussou surnommé le »renard de Djakotomey » et les populations du Couffo ont sédimenté. Et depuis 1990, Bruno Amoussou en véritable animal politique a toujours joui d’un leadership politique inébranlable et incontesté. Sous la présidence Yayi, difficilement la FCBE réussissait à lever en proportion très congrue des voix dans le Couffo.
« Le Couffo respire Bruno Amoussou », entend-on dans les milieux politiques et médiatiques. Cette lecture motivée par les résultats électoraux engrangés élection après élection par les formations politiques dirigées par Bruno Amoussou est désormais discutable. Depuis 1990, jamais le camp Amoussou n’a été aussi fragilisé. Et c’est 2026 qui consacre la fin de son hégémonie politique dans le département du Couffo. Le règne exclusif sans partage est désormais révolu, peut-on dire au regard des résultats sortis des urnes le 11 janvier dernier. Le Couffo, fief traditionnel de Bruno Amoussou est désormais conquis par le parti Bloc Républicain (Br). Aux dernières élections, le camp Amoussou était en lice à travers le parti Union Progressiste Le Renouveau (Up-r). Bruno Amoussou a d’ailleurs été le premier président du parti UP devenu Up-r depuis la fusion avec l’ex-Prd. Parti de la tête de l’Up-r en 2022, Bruno Amoussou a laissé la présidence du parti à Joseph Djogbénou. Cependant, ses héritiers politiques du Couffo sont restés très influents dans les plus hautes instances du parti UP-R. Même s’il se faisait discret ces dernières années, Bruno Amoussou n’a pris aucune distance avec les choix de son parti. Dans le Couffo, ses filleuls politiques ont géré les communes depuis 2020 et siégé au parlement. En allant aux élections communales et législatives, le parti Up-r contrôlait les six (6) communes du Couffo, sept (7) députés sur les 8 étaient membres de l’Up-r, le préfet du Couffo est lui-même membre du parti Up-r. Avec une telle configuration, le parti Up-r était en pole position pour gagner haut la main les élections pour confirmer une fois encore l’hégémonie politique du camp Amoussou. Hélas ! Désillusion totale. Avec les résultats, la superpuissance du parti Up-r est presque totalement éteinte. Dans le Couffo, le parti Bloc Républicain a réussi à lever 4 sièges de députés, soit 50% des élus. En ce qui concerne les communales, le Bloc Républicain a réussi à obtenir un vote majoritaire absolu dans cinq (5) communes sur les six (6) du département du Couffo. Conséquence, les mairies des communes d’Aplahoué, de Klouekanmè, de Dogbo, de Toviklin et de Lalo sont aux couleurs du Bloc Républicain. Seule la commune de Djakotomey est restée à l’ombre du baobab Up-r. Même à Aplahoué où Bruno Amoussou a sa résidence dans la petite bourgade d’Azovè, c’est le parti Bloc Républicain qui contrôle cet arrondissement. Il s’agit d’une gifle politique que les électeurs du Couffo ont décidé d’infliger au camp Amoussou à travers un vote sanction contre l’Up-r. De l’hégémonie à la déchéance politique, le parti Up-r doit désormais se mordre les doigts. Comme quoi, l’allégorie du signe du Fâ Losso-Ogbè s’applique en politique au parti Up-r. Ce signe du Fâ enseigne qu’il est possible de posséder la farine sans jamais obtenir la pâte. À travers ce signe, le Fâ rappelle une vérité souvent ignorée, la disponibilité des ressources ne garantit ni leur transformation ni leur accomplissement. On peut détenir le maïs (la denrée de base) et être incapable d’en extraire la farine pour faire la pâte (l’œuvre achevée). Avec les 6 mairies sous contrôle et 7 des 8 députés (farine) le parti UP-R n’a pas réussi à faire la pâte (rafler naturellement les voix).
Une débâcle et ses causes probables…

De la gloire à l’humiliation, il n’y a qu’un pas, dit-on. Les performances électorales du parti Up-r sont en net recul dans le Couffo. Cette fois-ci, le bastion Amoussou a été pris par un parti concurrent, le Br. Dirigé par le ministre d’État Abdoulaye Bio Tchané, le parti Br a utilisé les substances et outils les plus efficaces pour déssoucher le baobab. Omo, ajax, éponge métallique… Au Br, l’on a sorti les grands moyens pour nettoyer le bastion de Bruno Amoussou. Abdoulaye Bio Tchané a réussi à rogner des territoires à son grand-frère Bruno Amoussou qui doit certainement être en train de réfléchir sur cette chute. Le départ de Bruno Amoussou de la présidence du parti Union Progressiste Le Renouveau a-t-il été bien négocié par la mouvance ? Les populations du Couffo y ont-elles vu une humiliation de leur leader traditionnel ? Loin de ces éléments, le poids de l’âge a-t-il permis réellement à Bruno Amoussou de tenir les rênes de la stratégie politique dans le Couffo comme auparavant ? Là-dessus, répondre non ne serait pas hasardeux. L’homme sortait rarement depuis qu’il a passé la main à Joseph Djogbénou. L’on pouvait difficilement savoir son mot d’ordre de façon claire dans telle ou telle autre situation, si ce n’est par la bouche de personnes se prévalant être proche du patriarche. Au-delà de Bruno Amoussou, le bilan de gestion des filleuls politiques de Bruno Amoussou placés à la tête des communes est-il convaincant ? Visiblement pas ! Autrement les populations n’allaient pas sanctionner aussi lourdement les candidats Up-r dans les urnes le 11 janvier dernier. Autre chose, l’héritage politique de Bruno Amoussou a probablement été fragilisé par les querelles internes alimentées par les leaders Up-r dans le Couffo. Il est aussi possible que les guerres de leadership dans la succession de Bruno Amoussou aient eu des effets ruineux. À vouloir chercher à savoir qui est ou qui sera le nouveau leader politique du Couffo après Bruno Amoussou, les coups bas ont eu raison du parti Up-r. Quoi qu’il en soit, ce déclin politique interpelle les leaders politiques Up-r dans le Couffo. Il leur appartiendra de poser le vrai diagnostic pour en tirer les leçons. Pendant ce temps, Abdoulaye Bio Tchané et les siens peuvent jubiler d’avoir accompli un exploit inespéré. Cependant, le parti Br, s’il veut durablement garder l’électorat du Couffo sous son influence, devra travailler à combler les attentes des populations au sein des cinq (5) communes conquises. Autrement, dans 7 ans, le Br pourrait subir, lui aussi dans les urnes la furie d’une population déçue par une gouvernance locale improductive.
Adrien ATINKPATO