Tentative de coup d’État au Bénin : Cinq ans de prison ferme et 1 million de francs CFA d’amende requis contre un journaliste et un policier
Poursuivis dans le dossier relatif à la tentative de coup d’État déjouée du 7 décembre 2025, un journaliste et un agent de police ont comparu, mardi 3 février 2026, devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Le ministère public a requis cinq ans de prison ferme assortis d’une amende d’un million de francs CFA contre chacun des deux prévenus.
Ils sont poursuivis pour apologie de crime contre la sûreté de l’État, incitation à la haine par voie électronique et incitation à la rébellion, pour des publications effectuées sur les réseaux sociaux au moment des faits.
À la barre, le journaliste, en poste dans un organe de presse à Porto-Novo, a reconnu avoir publié des contenus le jour de la tentative de putsch. Il a cependant rejeté toute volonté de soutenir les auteurs présumés de la tentative de renversement de l’ordre constitutionnel. Selon ses déclarations, il aurait rédigé un premier texte relayant une déclaration attribuée aux militaires, diffusée à la télévision nationale le matin du 7 décembre 2025. Il a expliqué cet acte par un sentiment de crainte, évoquant une menace verbale reçue deux jours plus tôt de la part d’un individu inconnu.Le journaliste a relaté avoir été interpellé par cet homme, qui lui aurait tenu des propos inquiétants avant de s’éloigner. Il affirme avoir d’abord minimisé l’incident, avant de faire le lien avec les événements du 7 décembre en voyant les images à la télévision. Craignant pour sa sécurité et celle de sa famille, il dit avoir publié ce premier message dans un contexte de panique.
Il a également indiqué avoir diffusé, quelques heures plus tard, un second contenu relayant la communication officielle du ministre de l’Intérieur, estimant que cette démarche traduisait son absence d’adhésion aux putschistes. À l’audience, il a présenté sa carte de presse délivrée par la HAAC et sollicité la clémence de la Cour. Le ministère public a toutefois relevé l’absence de plainte formelle contre l’auteur présumé des menaces et a estimé que le prévenu avait adopté une posture ambiguë. La représentante du parquet a requis une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme et un million de francs CFA d’amende à son encontre.

Le second prévenu est un fonctionnaire de police en service à la Direction de la police judiciaire (DPJ). Il est poursuivi pour les mêmes infractions, à la suite d’un message publié dans un groupe WhatsApp. À la lecture du message par la Cour, l’agent a reconnu en être l’auteur, tout en affirmant que son intention n’était pas de soutenir les putschistes. Il a expliqué avoir voulu mettre fin aux échanges et aux commentaires qu’il jugeait excessifs dans le groupe, au lendemain des événements. Le ministère public n’a pas été convaincu par cette ligne de défense. La magistrate a estimé qu’en sa qualité d’agent assermenté et connaisseur des textes, le policier aurait dû s’abstenir de toute publication, voire observer une stricte neutralité. Là encore, le parquet a requis cinq ans de prison ferme et un million de francs CFA d’amende.
Verdict attendu le 24 mars
Après les réquisitions, les deux prévenus ont sollicité la clémence de la Cour. Le dossier s’inscrit dans une procédure plus large impliquant quatre autres personnes, issues de divers horizons socioprofessionnels, également poursuivies pour des faits similaires.La décision de la CRIET est attendue pour le 24 mars 2026.
Laura LEKE