Joseph Fifamè Djogbénou : l’itinéraire d’un homme d’État au service de la Nation

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Le 8 février 2026 restera gravé dans l’histoire parlementaire du Bénin. En accédant à la présidence de l’Assemblée nationale pour la 10ᵉ législature, Maître Joseph Fifamè Djogbénou n’a pas seulement été porté à la tête d’une institution; il a été investi d’une responsabilité sacrée : incarner, dans toute sa dignité, la Représentation nationale.

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Ses premiers mots furent des mots de gratitude. Gratitude envers le peuple béninois, « dans sa diversité », qui a confié aux députés la charge de parler en son nom. Gratitude envers ses collègues pour la confiance placée en lui. Gratitude envers le Président Patrice Talon, dont il a salué le courage et la rigueur dans la conduite des réformes. Gratitude enfin envers les forces vives de la Nation — soldats, soignants, travailleurs — et envers ceux qui souffrent. Cette entrée en matière n’était pas protocolaire : elle révélait l’âme d’un homme conscient que toute autorité procède du peuple et que « la voix du peuple est la voix de Dieu », selon l’adage.
Mais pour comprendre la portée de cet instant, il faut considérer le parcours.
Professeur agrégé des universités, major d’agrégation au CAMES, docteur d’État en droit, avocat éminent, ancien Garde des Sceaux, ancien Président de la Cour constitutionnelle, ancien député et président de la Commission des lois — Joseph Djogbénou a parcouru toutes les stations de l’exigence républicaine. Partout, il a laissé l’empreinte d’un serviteur méthodique, rigoureux et détaché des vanités du pouvoir.
Comme ministre de la Justice, il a contribué à la consolidation de l’État de droit et à l’actualisation des textes fondamentaux. Comme Président de la Cour constitutionnelle, il a incarné l’équilibre subtil entre la lettre et l’esprit de la Constitution du 11 décembre 1990, rappelant que « nul n’est au-dessus de la loi », principe cardinal de toute démocratie moderne. Comme universitaire, il a formé des générations de juristes à la science du droit, cette « raison écrite » qui fonde la stabilité des sociétés. Comme avocat, il a pratiqué le droit avec la conscience que la justice n’est pas seulement technique, mais morale.
Il a connu la pauvreté. Il sait ce que signifie l’effort silencieux, le combat discret, l’ascension par le mérite. « C’est dans la marmite vide que l’on apprend la valeur du grain », dit un proverbe africain. Cette expérience intime de la fragilité sociale nourrit chez lui une conviction profonde : le bonheur de ses compatriotes n’est pas un slogan politique, c’est son essence.
Son discours inaugural l’a confirmé. En évoquant le contexte international de concurrence et d’exigence, il a rappelé que le Parlement ne peut être un simple théâtre d’éloquence ; il doit être un atelier de responsabilité. L’article 98 de la Constitution béninoise confère au pouvoir législatif la mission de voter la loi et de contrôler l’action gouvernementale. Ce pouvoir n’est pas une prérogative honorifique ; il est un sacerdoce républicain.
À ce poste, Joseph Djogbénou entend élever l’investissement personnel de chaque député, comme un prêtre accomplit son sacerdoce au service de l’Église. Dans la tradition africaine, on dit : « Le chef est celui qui porte la jarre pour que le village ait de l’eau. » Dans la Bible, il est écrit : « Celui qui veut être le premier parmi vous sera votre serviteur » (Matthieu 20:27). Et le Coran enseigne : « Dieu vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit et de juger avec équité » (Sourate 4, verset 58). Ces sagesses convergent : gouverner, c’est servir.
Sa référence à la protection de Dieu et aux mânes des ancêtres inscrit son action dans une continuité spirituelle. En Afrique, l’autorité véritable est toujours enracinée dans la mémoire des anciens et dans la crainte du Très-Haut. « L’arbre ne renie pas ses racines », rappelle un proverbe. Ainsi, son engagement ne se limite pas à l’efficacité technique ; il s’inscrit dans une éthique.
L’homme d’État se reconnaît à trois vertus : la vision, la constance et le détachement. Vision, parce qu’il comprend les enjeux globaux et nationaux. Constance, parce qu’il a servi avec élégance et professionnalisme à chaque poste confié. Détachement, parce qu’il a su quitter les fonctions avec dignité pour répondre à d’autres appels de la République.
Le Bénin a besoin d’hommes qui comprennent que la loi n’est pas une arme partisane mais l’expression de la volonté générale. Qui savent que la séparation des pouvoirs n’est pas une rivalité mais une harmonie institutionnelle. Qui mesurent que le développement n’est durable que lorsqu’il repose sur la justice sociale.
À la présidence de l’Assemblée nationale, Joseph Djogbénou apparaît comme un architecte du consensus et un gardien des principes. Sa trajectoire, son sens de l’État et son ancrage spirituel laissent entrevoir une stature qui dépasse l’horizon immédiat.
Le temps façonne les destins et révèle les vocations. L’histoire observe, le peuple juge, la postérité tranche.
Alors, l’homme qui a servi la justice, enseigné le droit, présidé la Cour constitutionnelle et conduit le Parlement avec gravité et foi, ne porte-t-il pas déjà les habits d’un futur guide national ?
Le Bénin ne reconnaît-il pas en lui la trempe des bâtisseurs silencieux ?
Et si le destin, patient mais sûr, préparait en lui l’artisan d’une magistrature suprême au service exclusif du peuple ?

Chronique de Charbel Y AÏHOU

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