Tribune libre SRTB : Réformes nécessaires, mais dans le respect des femmes et des hommes du service public Par Julien Pierre AKPAKI Ancien Directeur Général de l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB)
La mise à la retraite de certains agents de la Société de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (SRTB) suscite, à juste titre, interrogations et préoccupations. En ma qualité d’ancien Directeur Général de l’ORTB, dont la SRTB est aujourd’hui l’héritière institutionnelle et opérationnelle, je me sens interpellé, à la fois par devoir de mémoire et par responsabilité morale.
Rappeler le statut et la mission
La SRTB est une société publique investie d’une mission de service public de l’audiovisuel. À ce titre, elle n’est ni une administration classique, ni une entreprise privée ordinaire. Elle est soumise aux exigences de performance, de rigueur de gestion et de compétitivité, tout en portant une responsabilité particulière : informer, éduquer, divertir, promouvoir la culture nationale et garantir le pluralisme.
Son statut juridique lui confère une autonomie de gestion, mais également une obligation de résultats et d’adaptation permanente aux mutations technologiques, économiques et sociétales. Le paysage audiovisuel évolue rapidement : révolution numérique, concurrence accrue, transformation des usages, exigences nouvelles des publics. Face à ces défis, l’immobilisme n’est pas une option.
La nécessité des réformes
Oui, la SRTB doit engager des réformes structurelles, organisationnelles et économiques. Ces réformes sont indispensables pour :
moderniser la gouvernance ;
rationaliser les charges ;
optimiser les ressources humaines ;
investir dans les technologies numériques ;
améliorer la qualité radiophonique et télévisuelle ;
renforcer la crédibilité et l’attractivité du service public.
Une entreprise publique qui n’évolue pas s’expose à l’affaiblissement progressif de sa mission. Le service public de l’audiovisuel ne peut être performant sans efficacité interne, sans discipline budgétaire et sans vision stratégique claire.

Ne pas oublier les bâtisseurs
Cependant, si les réformes sont pertinentes et nécessaires, elles ne peuvent être menées sans une attention particulière aux femmes et aux hommes qui ont construit l’institution.
La SRTB s’est édifiée sur les cendres de l’ORTB. Elle doit beaucoup aux travailleurs qui, souvent au prix de sacrifices personnels, ont assuré la continuité du service, parfois dans des conditions techniques et financières difficiles. Derrière chaque micro, chaque caméra, chaque régie, il y a des parcours professionnels, des loyautés et un engagement profond au service de la Nation.
La mise à la retraite est un acte administratif. Mais elle est aussi un moment humain. Elle doit s’inscrire dans un cadre transparent, équitable, juridiquement irréprochable et socialement apaisé.
Le dialogue comme voie responsable
C’est pourquoi j’en appelle à un dialogue sincère et structuré entre :
les autorités de tutelle ;
la direction générale ;
les partenaires sociaux ;
les représentants du personnel ;
et, plus largement, les acteurs du secteur audiovisuel.
Les réformes réussies sont celles qui associent, expliquent et anticipent. Elles ne se décrètent pas seulement ; elles se construisent avec les acteurs concernés.
Il ne s’agit pas d’opposer réforme et justice sociale. Il s’agit de concilier efficacité économique et responsabilité sociale. Le service public de l’audiovisuel ne peut être crédible à l’antenne s’il ne l’est pas dans sa gouvernance interne.
Pour une SRTB forte et rassemblée
Notre ambition commune doit être claire : bâtir une SRTB moderne, performante, indépendante et fidèle à sa mission de service public. Une entreprise capable de rivaliser en qualité, d’innover dans ses contenus, de parler à toutes les composantes de la Nation.
Les décisions difficiles font partie de la vie des institutions. Mais elles gagnent toujours à être portées par la concertation, la pédagogie et le respect.
La SRTB n’est pas seulement une structure juridique. Elle est une mémoire, une voix, un symbole. Préservons son capital humain tout en préparant son avenir.
C’est à ce prix que le service public de l’audiovisuel continuera d’être un pilier de notre démocratie et un instrument de cohésion nationale.