Plongée dans les enjeux sécuritaires israéliens au Moyen-Orient : « Israël a décidé de mettre un terme à cette menace du Hezbollah » dixit le colonel Olivier Rafowicz
Dans les salles du Musée Yitzhak Rabin à Tel-Aviv, lieu emblématique dédié à la mémoire de l’ancien Premier ministre israélien assassiné pour avoir porté l’espoir de la paix, les échanges ont rapidement quitté le terrain de l’histoire pour rejoindre celui de l’actualité brûlante. Face à une délégation de journalistes venus de plusieurs pays d’Afrique francophone, le colonel Olivier Rafowicz, porte-parole de l’armée israélienne et réserviste de Tsahal, a livré une analyse sans détour de la situation sécuritaire du pays. Au centre de son intervention, les attaques du 7 octobre 2023, considérées en Israël comme l’un des événements les plus traumatisants depuis la création de l’État hébreu. Pour l’officier israélien, cette date constitue un véritable point de rupture. « Tout part du 7 octobre 2023, avec le pire des massacres qui résultent d’un choc tectonique. C’est l’échec colossal du renseignement de l’armée, pour lequel on attend du politique la mise en place d’une commission d’enquête », va-t-il déclaré d’emblée. Selon les chiffres avancés lors de cette rencontre, les attaques attribuées au Hamas et au Jihad islamique ont causé la mort d’environ 1.200 personnes, entraîné l’enlèvement de plus de 250 autres et provoqué le déplacement de dizaines de milliers d’Israéliens. Sur le terrain, les journalistes ont d’ailleurs pu mesurer l’ampleur du traumatisme en visitant le site du festival Nova ainsi que plusieurs kibboutz du sud du pays, où les traces des événements demeurent visibles.
Une société mobilisée face à la crise
Le colonel Rafowicz a également insisté sur la réaction de la société israélienne après les attaques. Selon lui, près de 300.000 citoyens se sont spontanément mobilisés pour soutenir l’effort national. « Petit État qui est toujours sur ses gardes ? Ce qui vaut des critiques selon lesquelles Israël est trop militarisé. Mais si on ne reste pas sur ses gardes, c’est la catastrophe. Un autre 7 octobre peut encore se produire à tout moment », a-t-il affirmé. Cette mobilisation exceptionnelle est, selon lui, l’une des raisons pour lesquelles les conséquences humaines n’ont pas été encore plus dramatiques.
Une guerre qui dépasse Gaza

Pour le porte-parole de l’armée israélienne, le conflit actuel ne peut être réduit aux seuls affrontements dans la bande de Gaza. Il décrit une confrontation beaucoup plus vaste, menée simultanément sur plusieurs fronts. « Cette guerre est existentielle au sens strict du terme. Israël doit la gagner sinon l’État hébreu est en danger », a-t-il soutenu. À ses yeux, les menaces proviennent de plusieurs espaces géographiques comme à Gaza, le Liban, la Syrie, l’Irak, la Cisjordanie, le Yémen et surtout l’Iran, auquel il attribue un rôle central dans le soutien aux groupes hostiles à Israël. Au-delà du champ militaire, il évoque également une bataille diplomatique, numérique et médiatique où se joue une partie de l’image du pays sur la scène internationale.
Le Hezbollah et la menace régionale
Le Liban occupe une place importante dans les préoccupations sécuritaires israéliennes. Selon le colonel Olivier Rafowicz, Israël ne considère pas être en guerre contre l’État libanais lui-même mais contre le Hezbollah, mouvement qu’il accuse d’avoir développé au fil des années un important arsenal militaire à proximité de la frontière israélienne. Il explique que plusieurs divisions de Tsahal ont été déployées dans le sud du Liban afin de contenir cette menace, estimant que les autorités libanaises ne disposent pas des moyens nécessaires pour désarmer cette organisation. L’officier a également évoqué les tensions avec l’Iran, rappelant les attaques de missiles et de drones lancées contre Israël au cours des derniers mois. Selon lui, la neutralisation de ces menaces constitue désormais une priorité stratégique pour l’État hébreu.
Entre mémoire et coexistence
La rencontre avec le colonel Rafowicz s’est déroulée dans un lieu chargé de symboles. Le Musée Yitzhak Rabin retrace le parcours de l’ancien Premier ministre israélien, artisan des accords d’Oslo et défenseur d’une solution de paix entre Israéliens et Palestiniens. L’imposant bâtiment, dont l’architecture évoque une colombe, rappelle que la question sécuritaire reste indissociable des aspirations à la paix qui traversent la société israélienne. Cette réflexion s’est poursuivie lors des étapes suivantes de l’immersion médiatique. À Daliat-el-Carmel, sur les hauteurs du mont Carmel, les journalistes ont rencontré des membres de la communauté druze, pleinement intégrés à la société israélienne. À Haïfa, la visite du centre culturel judéo-arabe Beit Hagefen a offert un autre visage du pays. Celui du dialogue interculturel et de la coexistence. Entre mémoire des tragédies, impératifs sécuritaires et expériences de vivre-ensemble, cette journée a permis aux journalistes africains francophones de mieux appréhender les multiples réalités d’un pays où les questions de paix, de sécurité et d’identité demeurent étroitement liées.