À l’oral, comme il est de coutume dans nos dialogues, les interlocuteurs auraient pu pousser un grand soupire en signe d’étonnement, de perplexité ou encore d’étonnement. C’est bien le sentiment à la base du travail d’investigation mené par le Département enquête et investigation (Dei) du Groupe de presse Le Potentiel. Cette fois-ci, la structure visée n’est pas des moindres. Il s’agit de celle-là même pensée pour être le « gardien » des bonnes pratiques dans la République. En effet, une élève-avocate, titulaire d’un doctorat en droit a signé, le même 19 janvier 2026, une convention de stage à plein temps et un contrat de travail à durée déterminée avec le Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC). Il s’agit de deux engagements simultanés, aux missions quasi identiques. Le premier est gratifié à environ 693 euros par mois selon la grille française applicable, l’autre, le contrat de travail (CDD) est rémunéré 700 000 F CFA net. Face aux interrogations légitimes qu’un tel chevauchement de statut voire un cumul de fonction peut soulever, le Dei a saisi depuis le 18 août 2026, dans le cadre d’une démarche contradictoire, le Haut-Commissaire Jacques Acheffon Migan, avocat et ancien Bâtonnier du Barreau du Bénin. Hélas, face aux séries de questions adressées au Haut-Commissaire, aucune réponse n’a été obtenue. Le silence froid opposé à la démarche contradictoire du Dei ravive depuis lors les suspicions et les questionnements. C’est depuis fin janvier 2026 que le Département Enquêtes et Investigations (Dei) du Groupe de presse Le Potentiel s’intéresse au fonctionnement interne du Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC). Faut-il encore le rappeler, cette institution est chargée de veiller à la bonne gouvernance et à l’intégrité dans la gestion des affaires publiques au Bénin. Mais le postulat frappant qui se dégage de la consultation de deux documents contractuels émanant du HCPC par notre rédaction est loin d’être en phase avec les missions dévolues au HCPC. À première vue, il y aurait même un conflit entre ce postulat et ce qui fait même la raison d’être du HCPC. L’institution dirigée par Jacques Migan est-elle en train de quitter les rails des règles qu’elle-même est censée protéger ? La question a donc mis en branle la machine à fouille du Dei. Ce que l’on découvre est saisissant. Les deux documents contractuels ( la convention de stage et le CDD) portent tous deux la même date de signature, le 19 janvier 2026.

Deux contrats, un même jour, une même personne
Le premier document est une « Convention de stage PPI » (Projet Pédagogique Individuel), conclue entre l’École des Avocats de la région Rhône-Alpes (EDARA) au profit de Mme Batakou Mahuwetin Sylvie, élève-avocate, et le HCPC comme structure d’accueil. Le texte prévoit un stage « à plein temps » devant se dérouler du lundi 19 janvier 2026 au vendredi 3 juillet 2026, gratifié sur la base de 4,50 euros bruts de l’heure, soit environ 693 euros par mois. Le maître de stage y est désigné en la Personne du Secrétaire général du HCPC ; la « Charte des stages PPI » annexée est, elle, également signée par M. Jacques Migan en sa qualité de « Haut-Commissaire (Président de l’Institution) ».
Le second document est un contrat de travail à durée déterminée (CDD) de six mois, conclu entre le HCPC, représenté par le Haut-Commissaire Jacques Acheffon Migan, et la même dame Batakou Mahuwetin Sylvie, recrutée comme « Chargée de Mission et des Affaires Juridiques ». Le contrat prend effet le 19 janvier 2026 et prévoit son terme au 18 juillet 2026, pour une rémunération mensuelle nette de 700 000 F CFA. Autrement dit, à compter de la même date, la même personne apparaît engagée, au sein de la même institution, dans deux relations contractuelles distinctes. D’un côté, une convention de stage la présentant comme stagiaire « à plein temps », et d’ autre contre, un contrat de travail la présentant comme salariée à temps plein également, sur une période quasi identique.
Des missions qui se recoupent
La convention de stage précise expressément, en son article 1er, que « le stage n’a pas pour finalité de remplacer un salarié ». Or, le détail des activités confiées à la stagiaire (analyser et interpréter les textes législatifs et réglementaires, rédiger des avis et recommandations juridiques, examiner les plaintes et dénonciations, assurer l’appui juridique aux services de l’institution, collecter et analyser les informations destinées aux autorités judiciaires) recoupe largement les fonctions de « Chargée de Mission et des Affaires Juridiques » confiées par le CDD. Ce chevauchement constitue, dans l’entendement du Dei, la première interrogation sérieuse de ce dossier. Comment une même personne pouvait-elle occuper, au même moment et dans la même structure, un poste salarié à plein temps et un stage à plein temps aux attributions largement similaires ?
Le télétravail, une base juridique en question
Le CDD précise, en son article 3, que la travailleuse « exercera ses missions en partie dans les locaux de l’Institution et en télétravail, conformément aux dispositions de la note de service n° 004/2025/HCPC du 24 décembre 2025 et aux usages en vigueur dans plusieurs structures de l’administration publique depuis la période de la Covid-19 […]». Cette note à laquelle fait référence cet article 3 a été signée de la main du Haut-Commissaire Jacques Acheffon Migan et consultée par le Dei. La note institue en cinq(05) articles le télétravail au sein du HCPC avec des horaires alignés sur le travail en présentiel, droits et avantages identiques aux agents en poste, clause de confidentialité, mise à disposition de matériel et rapport trimestriel d’exécution des tâches. À la lecture du document, aucune référence n’y est faite à un cadre légal précis, à un caractère exceptionnel ou temporaire, ni à un texte national l’habilitant. C’est précisément sur ce point que porte l’une des questions centrales adressées par le Dei au Haut-Commissaire. « Sur quel fondement de droit positif béninois repose ce régime de télétravail, appliqué à une agente présentée, au même moment, comme stagiaire à plein temps ? ». De même le Dei a également demandé au HCPC de produire la preuve de l’enregistrement de cette note dans le registre administratif des notes de service de l’institution. À ce jour, aucun de ces éléments ne nous a été communiqué. Par ailleurs, la note tente d’insinuer que la pratique du télétravail est largement observée dans plusieurs autres structures de l’administration publique au Bénin. D’abord une note de service n’a pas primauté sur une loi en vigueur. C’est la hiérarchie des normes qui établit la prééminence des textes. Le code de travail en vigueur au Bénin, à date et du fruit de lecture de nos équipes, n’accorde pas une possibilité de télétravail pour une personne désignée comme stagiaire dans une structure dans laquelle, par ailleurs, elle cumul titre de stagiaire et d’agent contractuel en CDD. Dès lors, cette note de service datant du 24 décembre 2025 entre en conflit avec la loi, notamment le code de travail. Par ailleurs, cette note semble surprendre plusieurs sources au sein et en dehors du HCPC. Plusieurs sources n’avaient aucune idée de l’existence de ladite note. C’est au cours des opérations de collecte d’informations dans le cadre de cette investigation que cette note est apparue. Doute, interrogations et réserves se lisaient dans les visages et les voix de ceux et celles (nos sources) qui ont se sont prêtés à nos questions. La note a-t-elle réellement été signée en décembre 2025 ? Difficile pour nos équipes de vérifier si cette note a été enregistrée dans un registre administratif des notes de service. Le Haut-Commissaire ayant fait l’option d’opposer un silence froid face aux questions à lui adressées par le Dei dans sa correspondance en date du 18 août 2026. Sur l’argumentaire du COVID-19, la note de service émanant du ministère du travail en 2020 revêt un caractère exceptionnel pour permettre aux travailleurs dont la présence physique n’était pas nécessaire d’honorer leurs engagements professionnels depuis leurs domiciles. Et tout le monde sait, qu’à l’époque, la crise à Corona virus frappait de plein fouet le monde. Mais depuis, le gouvernement a mis fin aux mesures spéciales, les cordons sanitaires, etc. De même les effets d’une note de télétravail du ministère du travail sont devenus caduques. Ce tableau de lecture suggère des réserves sur la pertinence d’exploiter une telle raison ( COVID 19) dans un contrat de travail signé en Janvier 2026.
Une démarche contradictoire restée sans réponse
Conformément aux règles déontologiques du journalisme d’investigation et au principe du contradictoire, le coordonnateur du Département Enquêtes et Investigations a adressé, le 18 août 2026, une correspondance au Haut-Commissaire à la Prévention de la Corruption, Maître Jacques Migan. L’administration du HCPC en a accusé réception le jour même. Le Potentiel détient d’ailleurs une copie de cette décharge. Dans ce courrier, notre rédaction expose les constats tirés des deux contrats et sollicite, dans un délai réglementaire conformément aux lois en vigueur, des éclaircissements précis regroupés autour de plusieurs axes à savoir la confirmation de la signature simultanée des deux contrats et sa justification juridique et matérielle ; l’organisation concrète des horaires et des missions respectives du stage et du CDD ; le fondement légal et les modalités de contrôle du télétravail accordé à l’intéressée ; les états de présence et justificatifs correspondant à la période du 19 janvier au 18 juillet 2026 ; les rapports trimestriels et travaux attestant de l’exécution effective des missions rémunérées ; le détail des paiements mensuels de 700 000 F CFA et les pièces les justifiant ; l’affiliation de l’intéressée à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) ; ainsi que les conditions de son recrutement, notamment la fiche de poste et les critères de sélection retenus. Le délai imparti au Haut-Commissaire est aujourd’hui dépassé. À la date de publication de cet article, aucune réponse, même partielle, n’est parvenue à notre rédaction. Notre média, malgré les entorses imputables au silence observé, reste ouvert à publier les éléments de réponse du Haut-Commissaire à la Prévention de la Corruption s’il souhaite les communiquer, dans le respect du principe du contradictoire et de la présomption d’innocence.
HCPC : l’urgence d’une inspection et d’un audit
Au regard des zones d’ombre relevées dans ce dossier notamment le cumul apparent d’un stage et d’un contrat de travail aux missions similaires, le régime de télétravail dont la base légale reste à établir, et utilisation de fonds publics dont la contrepartie effective demeure, à ce stade, non démontrée, l’urgence d’un contrôle renforcé est là. Le Président de la République, Romuald Wadagni, devrait dépêcher le Bureau d’Analyse et d’Investigation (Bai) et l’Inspection Générale des Finances (Igf) pour un audit du fonctionnement du Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption. Le silence et l’inaction peuvent davantage accélérer la saignée. Mais l’action et la prise de mesure renforcée pourrait l’arrêter. Cet article est le premier d’une série de publications du Département Enquêtes et d’Investigations consacrée au fonctionnement du HCPC. À suivre…



















































