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Liquidation de la commission électorale nationale autonome : CENA : Christian Migan aux commandes, le personnel dépouillé de pouvoir

Nommé par décret présidentiel le 22 juillet 2026, l’expert-comptable Christian Migan, coordonnateur chargé de la prise en charge du patrimoine de la Commission électorale nationale autonome (Cena), est officiellement entré dans la plénitude de ses fonctions. Le Département Enquête et Investigation (Dei) du groupe de presse le Potentiel a pu consulter un document interne d’une portée singulière. Il s’agit d’un questionnaire de cinq.(05) pages adressé la semaine dernière aux différents directeurs de la Cena, sommés d’y répondre sous un délai impératif de huit (08) jours. Une opération qui acte, dans les faits, le basculement du pouvoir de gestion de l’institution électorale vers le nouveau coordonnateur.

La CENA, institution en sursis depuis le 10 juillet

Le contexte dans lequel intervient cette nomination n’est pas anodin. Le 10 juillet 2026, les députés béninois ont adopté à l’unanimité la loi n°2026-14 portant abrogation de toutes les dispositions du titre II du livre premier du Code électoral relatives à la Commission électorale nationale autonome. Ce texte, porté par le député Augustin Ahouanvoébla, a acté la suppression provisoire de la CENA, composée jusque-là du Conseil électoral et de la Direction générale des élections (DGE). En cause : l’alignement à sept ans des mandats du Président de la République, des députés et des conseillers communaux, qui repousse à 2033 les prochaines grandes échéances électorales nationales. Une nouvelle mandature installée à la tête de la Cena en juillet 2026 n’aurait eu, dans ces conditions, aucun scrutin politique majeur à organiser avant plusieurs années d’où le choix des députés de ne pas reconduire l’institution dans sa forme actuelle, le mandat de cinq ans non renouvelable de l’équipe sortante arrivant justement à expiration le 14 juillet 2026. La loi elle-même prévoyait qu’un décret pris en Conseil des ministres organiserait la conservation du patrimoine et la liquidation des engagements de la Cena, tandis que son personnel serait mis à la disposition de l’administration publique. Et bien c’est chose faite. Le décret n°2026-456 du 22 juillet 2026 fixe l’organisation de cette conservation et de cette liquidation, tandis que le décret n°2026-457, pris le même jour et signé du Président de la République Romuald Wadagni, du ministre de l’Économie et des Finances Aristide Médénou et du Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Yvon Détchenou, nomme Christian Migan à la fonction de coordonnateur chargé de cette mission.

Un mandat large, sous double tutelle

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Le décret n°2026-457 confie à l’expert-comptable une mission aux contours précis. Il doit organiser, pour le compte de l’État, la prise en charge du patrimoine et des engagements pris par la CENA. Concrètement, le texte lui assigne quatre tâches : dresser l’inventaire exhaustif des biens de l’institution ; établir l’état de ses engagements en cours (contrats de fournitures, de travaux ou de prestations de services, dettes et engagements assimilés) ; assurer, en liaison avec le ministère de l’Économie et des Finances et le Garde des Sceaux, le suivi de l’exécution ou de la résiliation des contrats en cours et le paiement des dettes régulièrement établies ; et enfin dresser l’état de la situation du personnel, tant au plan juridique que financier. Le décret précise que le coordonnateur agit « sous la supervision conjointe » du ministère de la Justice et du ministère de l’Économie et des Finances, et peut recourir, dans ce cadre, aux services de toute personne dont le concours est nécessaire à l’exécution de sa mission. L’article 4 du décret met fin, dès sa notification, aux fonctions de « tout organe quelconque » relevant de l’organisation de la CENA. Autrement dit, à compter de la prise de fonction de Christian Migan, plus aucune structure interne de l’ex-CENA ne dispose d’une autorité propre sur le patrimoine et les engagements de l’institution. L’autorité de gestion de la Cena est désormais concentrée entre les mains du coordonnateur et de sa double tutelle ministérielle.

Un questionnaire de cinq pages, huit jours pour répondre

C’est dans ce cadre que s’inscrit le document consulté par le Dei. La semaine dernière, un questionnaire de cinq pages a été transmis aux différents directeurs de la Cena, avec obligation d’y répondre dans un délai de huit jours. Selon nos informations, ce questionnaire ne relève pas d’un formulaire type. Il prend en compte les réalités propres à l’institution, interrogeant chaque direction sur l’état de son patrimoine, de ses engagements contractuels et de sa situation financière et administrative en cohérence directe avec les missions que le décret n°2026-457 assigne au coordonnateur. Selon le document que la rédaction a pu consulter, les différents rapports attendus des directeurs de la Cena doivent porter sur la situation de l’institution arrêtée à la date du 22 juillet 2026, jour même de la signature du décret de nomination de Christian Migan. Une date qui fixe, de fait, le point zéro à partir duquel le nouveau coordonnateur entend faire la lumière sur l’état exact du patrimoine et des engagements de la CENA, avant toute opération de liquidation.

La fin d’une autonomie de gestion

Au-delà de l’aspect procédural, cette opération marque un tournant pour le personnel dirigeant de l’ex-CENA. En vertu du décret, les directeurs de l’institution ne disposent plus d’aucune autonomie sur la gestion patrimoniale, contractuelle et financière de leurs services respectifs. Toute décision relative à l’exécution ou à la résiliation des contrats en cours, comme au paiement des dettes, relève désormais exclusivement du coordonnateur et de sa supervision ministérielle conjointe. Le questionnaire de cinq pages adressé sous huitaine aux directeurs s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit plus, pour eux, de gérer, mais de rendre compte. Le Dei poursuit ses investigations sur le contenu précis des réponses attendues et sur l’état du patrimoine de l’institution électorale, alors que s’ouvre une phase de liquidation dont l’issue déterminera le sort des contrats, des dettes et du personnel de l’ex-CENA.

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