Près d’un milliard de francs CFA de deniers publics engagés en dehors de tout cadre légal. C’est le constat implacable dressé par le coordonnateur chargé de la liquidation de la Commission électorale nationale autonome (CENA). Le profil du porteur d’un tel message n’autorise plus aujourd’hui la moindre tergiversation. Un tel volume d’engagements irréguliers, dans une institution publique, appelle une réponse à la hauteur de la violation grave des règles financières et une cause de nullité absolue, notamment une enquête sans complaisance, puis des poursuites contre tous ceux qui ont permis, exécuté ou couvert ce qui s’apparente à une dérive.

Un expert-comptable aux commandes, un constat qui ne souffre d’aucune contestation
Le détail a son importance. D’ailleurs, le diable se trouve dans les détails dit-on trivialement. Christian Migan, l’homme qui a mis au goût du jour ces irrégularités ( 983 millions FCFA de marchés sans contrats validés), n’est pas un inspecteur de circonstance. Il est expert-comptable de formation et de profession, et c’est en cette qualité qu’il a été désigné coordonnateur chargé de la prise en charge du patrimoine et de la liquidation des engagements de la CENA. Quand un professionnel du chiffre, dont c’est précisément le métier de vérifier la régularité des engagements financiers d’une structure, affirme avoir identifié des marchés exécutés sans contrat jamais validés par le Contrôleur financier, ce n’est pas une impression ou une rumeur. C’est plutôt un constat technique, établi selon les règles de l’art comptable, et qui engage la crédibilité de celui qui le signe. C’est dans ce cadre que Christian Migan a rencontré, le mardi 29 septembre 2026, l’ensemble du personnel de la CENA, au siège de l’institution, à l’ex-Infosec, pour présenter un rapport d’étape sur l’avancement de sa mission. Une mission fixée par la loi de 2026 et deux décrets : le décret n°2026-456, relatif à la liquidation des engagements de la CENA, et le décret n°2026-457, relatif à la prise en charge de son patrimoine. Il a indiqué avoir multiplié les échanges avec le directeur général des élections (DGE), les directeurs techniques (DT), les membres du Conseil électoral (CE) et le directeur des affaires financières (DAF), pour établir la situation exacte de l’institution.
1,5 milliard de marchés, près d’un milliard de contrat hors cadre réglementaire
Comme des bouts de pain partagés aux enfants de retour d’un voyage. La pratique est connue de nos habitudes au Bénin. Le distributeur dans ce cas n’a de compte à rendre à personne. C’est lui qui a ses pains, et décide de les distribuer aux enfants de son choix. En communauté, c’est le signe des bonnes manières à encourager. Seulement, cette posture ne s’applique guère aux affaires publiques placées sous le sceau de la transparence, des textes légaux et règlementaires et de la redevabilité. Près d’un milliard de francs CFA de marchés sans contrats validés par le Contrôleur financier à la Cena. Le chiffre donne la mesure du dérèglement. En l’absence de tout logiciel comptable au sein de la CENA, le coordonnateur a dû reconstituer, charge après charge, l’ensemble des engagements de l’institution arrêtés au 22 juillet 2026. Un travail d’autant plus laborieux que de nouvelles charges continuent d’être découvertes jusqu’au mardi 29 septembre 2026, jour de la rencontre. C’est au terme de ce recensement que Christian Migan a fait état de 1,5 milliard de francs CFA de marchés identifiés à la CENA, dont plus de 900 millions de francs CFA (près d’un milliard) correspondant à des prestations exécutées sans contrat, jamais validées par le Contrôleur financier (CF). Une anomalie d’une telle ampleur, dans une institution chargée d’organiser les scrutins au Bénin, ne relève plus de la simple irrégularité administrative.
Aucune excuse ne tient face à la violation des règles établies
Rien, absolument rien, ne peut justifier qu’une structure publique engage près d’un milliard de francs CFA de marchés sans l’aval du Contrôleur financier. Le visa de ce dernier n’est pas une formalité parmi d’autres. C’est le verrou que la loi a placé, précisément, pour empêcher qu’un ordonnateur ou un gestionnaire n’engage seul les deniers publics. Le contourner, de manière répétée et sur un volume pareil, ce n’est pas une négligence isolée. C’est plutôt le visage d’un système qui s’est durablement affranchi des règles établies. Et un système qui s’affranchit des règles doit désormais répondre devant la justice, pas seulement devant un rapport d’étape.
CENA : audit et procédure judiciaire
Passer la Cena dans le filtre d’un audit ne sera pas un fait nouveau. En 2016 déjà, le ministre des Finances de l’époque, Romuald Wadagni, aujourd’hui Président de la République, avait jugé la situation de la CENA suffisamment préoccupante pour dépêcher une mission de l’Inspection générale des finances (IGF), chargée d’auditer la gestion de l’institution alors présidée par Emmanuel Tiando. Dix ans après, et face à un volume de contrats irréguliers qui dépasse largement celui qui avait motivé cette mission, il est plus qu’impérieux que l’État diligente une nouvelle équipe d’audit à la CENA, sans attendre que le dossier ne s’enlise. En parallèle ou en complément, la chicotte judiciaire doit être agitée contre les fautifs. Il s’agira d’une tolérance zéro avec une procédure judiciaire contre la chaîne des dépenses et des ordonnateurs. Au-delà de l’audit, c’est désormais le terrain judiciaire qui doit s’ouvrir. Près d’un milliard de francs CFA de marchés sans contrat, non validés par le Contrôleur financier, ne peuvent rester une simple ligne dans un rapport d’étape. Les auteurs, coauteurs et complices ayant favorisé ces marchés irréguliers doivent répondre de leur acte dans le cadre d’une procédure judiciaire. Puisqu’il s’agit des engagements irréguliers imputables à tous les maillons de la chaîne, qu’il s’agisse de la chaîne des dépenses ou de la chaîne des ordonnateurs. Ce sont eux qui ont laissé filer ces marchés sans visa. C’est le principe même de la tolérance zéro, martelé par les plus hautes autorités de l’État pour les errements dans la procédure administrative. L’inaction ne peut être le choix dès lors que la facture dépasse 900 millions de francs CFA. L’audit doit être diligenté sans délai, et la procédure judiciaire engagée dans la foulée, pour que ce dossier ne connaisse pas le sort de tant d’autres rapports restés sans suite. A suivre
























































