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Le Président Romuald Wadagni à Paris : rupture avec les habitudes ou diplomatie à plusieurs portes ?

La visite du Président Romuald Wadagni à Emmanuel Macron, annoncée pour les 4 et 5 octobre 2026 à Paris, intervient à un moment particulièrement intéressant de la diplomatie béninoise. Car, contrairement à l’image d’un nouveau Président qui aurait commencé son mandat par un pèlerinage diplomatique vers les capitales occidentales, Wadagni a choisi, dès les premières semaines de son mandat, de regarder d’abord vers son environnement immédiat.
Du Nigeria au Niger, du Burkina Faso au Togo et à la Côte d’Ivoire, puis au Sénégal, à la Guinée-Bissau et au Mali, le nouveau Président béninois a multiplié les contacts avec ses voisins et plusieurs acteurs de la sous-région. La France elle-même reconnaît que cette première tournée sous-régionale a marqué une volonté de repositionnement du Bénin sur la scène régionale.
Ce choix n’est pas anodin. Il semble traduire une conception de la diplomatie qui part de l’espace géographique immédiat avant de s’ouvrir aux partenaires extérieurs. La démarche envers les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) est particulièrement révélatrice. À Niamey, Ouagadougou et Bamako, le Président Wadagni a cherché à renouer le dialogue avec des pays avec lesquels le Bénin avait connu de fortes tensions, notamment avec le Niger. Les autorités béninoises ont alors parlé de fraternité, de coopération, de sécurité et de relance des relations bilatérales.
On peut donc y voir une différence de méthode par rapport à une tradition diplomatique où certains nouveaux dirigeants africains accordaient très rapidement une place symbolique importante à Paris. Chez le Président Romuald Wadagni, Paris semble arriver après la sous-région, et non avant elle.

Mais il serait excessif d’en conclure que le Président béninois cherche à tourner le dos à la France. Les relations franco-béninoises restent denses : coopération économique, investissements, financement du développement, culture, formation et sécurité constituent encore des intérêts importants pour les deux pays. La France est me semble-il , le deuxième bailleur bilatéral du Bénin .
La rencontre avec Macron pourrait ainsi être comprise non comme un retour à l’ancienne diplomatie, mais comme une diplomatie à plusieurs portes : consolider d’abord les rapports avec les voisins et les pays de la sous-région, puis entretenir les partenariats avec les puissances et les partenaires traditionnels.

Et comment les pays de l’AES pourraient-ils apprécier cette visite ?

Il faut rester prudent, car il n’existe pas, à ce stade, de déclaration officielle des autorités de l’AES permettant d’affirmer quelle sera leur réaction à la visite de Paris.
Deux lectures sont néanmoins possibles.
La première serait plutôt positive : les dirigeants de l’AES pourraient considérer que le rapprochement avec eux n’était pas un simple geste de circonstance destiné à préparer une visite en France. Après avoir effectué le déplacement vers Niamey, Ouagadougou et Bamako, le Président Wadagni se rend maintenant à Paris ; cela pourrait être interprété comme la volonté du Bénin de parler avec tout le monde, sans renoncer à ses intérêts propres.

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La seconde lecture serait plus réservée : dans le contexte de méfiance qui existe entre l’AES et certaines puissances occidentales, notamment la France, certains responsables ou opinions publiques sahéliennes pourraient se demander si le rapprochement engagé par Cotonou avec Niamey, Ouagadougou et Bamako constitue réellement une nouvelle orientation durable ou simplement une parenthèse diplomatique.

C’est précisément là que se trouve, à mon sens, le véritable test de la diplomatie Wadagni : non pas le fait d’aller à Paris, mais sa capacité à convaincre simultanément ses voisins sahéliens et ses partenaires occidentaux que le Bénin conduit désormais une diplomatie autonome, pragmatique et fondée sur ses intérêts nationaux.

En définitive, le symbole est assez fort : Le Président Wadagni n’a pas commencé son mandat par Paris ; il y arrive après avoir fait le tour de son voisinage ouest-africain. Cela peut signaler une inflexion importante de la méthode diplomatique béninoise.
Reste à savoir si cette séquence annoncera durablement une diplomatie béninoise davantage centrée sur l’Afrique, capable de maintenir des relations étroites avec Paris tout en construisant des passerelles avec l’AES. Si tel est le cas, Cotonou pourrait chercher moins à choisir entre deux espaces qu’à devenir un interlocuteur entre eux.

Julien Pierre AKPAKI
Ancien DG/ ORTB
Ancien SG/ HAAC

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