L’heure est désormais venue pour lever un coin du voile sur le dossier sombre qui secoue le secteur des Bâtiments et travaux publics (BTP) au Bénin. Dans un précédent article, notre rédaction révélait déjà une affaire de dette colossale aux ramifications judiciaires mettant en cause une entreprise appartenant à un expatrié. Il s’agit bien de l’entreprise de BTP Alternative, propriété d’un homme d’affaires togolais, attributaire de nombreux marchés publics de construction de voies au Bénin. Cette entreprise doit au moins 300 millions de francs CFA à la société GKS Sonimex, auprès de laquelle elle avait acheté, à crédit, des fers à béton jamais réglés. Une dette qu’Alternative, à ce jour, n’a visiblement pas trouvé le moyen, ni l’envie d’honorer, alors même que ses chantiers de voirie continuent, eux, d’être présentés comme des vitrines de la modernisation des infrastructures routières au Bénin. Dans cette affaire, le fournisseur GKS Sonimex a fini par perdre patience. Selon nos informations, GKS Sonimex, fournisseur reconnu de matériaux de construction, avait dans un premier temps privilégié la voie amiable pour obtenir le règlement de sa facture, avant de se résoudre à judiciariser le dossier. Un choix qui, en creux, en dit long. Quand un fournisseur de la place préfère la robe noire de son huissier à une énième promesse de paiement, c’est que la relation de confiance a, depuis longtemps déjà, rendu l’âme. Au moins 300 millions de francs CFA de fers à béton livrés et jamais réglés, cela ne s’oublie pas dans un tiroir. Au contraire, cela finit, tôt ou tard, sur la table d’un tribunal.
Une première vente aux enchères, jeudi 15 octobre 2026
Face à ce refus persistant de payer, GKS Sonimex a fini par confier le dossier à un huissier de justice bien connu de la place, qui a engagé une procédure de saisie sur les biens de l’entreprise Alternative. C’est ainsi qu’une partie de ces biens, notamment un lot de véhicules et d’engins habituellement affectés à ses chantiers, a été vendue aux enchères publiques le jeudi 15 octobre 2026, en plein coeur de Cotonou, sous le regard de curieux venus voir le patrimoine d’une entreprise de BTP passer, pièce par pièce, sous le marteau. L’huissier chargé du dossier s’est fixé un objectif précis. Il s’agit pour lui de vendre des biens saisis jusqu’à recouvrer l’intégralité du montant dû à GKS Sonimex, ni plus ni moins. Si les ventes déjà réalisées et celles à venir suffisent à couvrir cette somme, il y aura arrêt de vente des biens saisis de l’entreprise Alternative, désormais débitrice. Autrement dit, la procédure n’a rien d’une curée généralisée. Elle s’arrêtera dès que la créance sera épongée. Déjà, la procédure prévoit d’autres séances de vente.
Des employés à bout, plusieurs mois de salaire impayés

La dette envers son fournisseur de fers n’est, semble-t-il, que la partie visible de l’iceberg financier d’Alternative. Le département enquêtes et Investigations (DEI) du Groupe de presse Le Potentiel a échangé avec plusieurs employés de l’entreprise, sous couvert d’anonymat, par crainte de représailles. Tous décrivent une situation déjà ancienne et qui s’enlise. Certains affirment ne pas avoir perçu leur salaire depuis trois mois, d’autres évoquent jusqu’à quatre mois d’arriérés. Entre deux chantiers, ces ouvriers et cadres techniques continueraient, selon nos sources, de venir travailler malgré tout, faute de meilleure option sur un marché de l’emploi du BTP déjà tendu. Cette réalité nourrir une question simple. Si l’entreprise ne parvient plus à payer ni son fournisseur de fers ni son propre personnel, à quoi sert-elle encore, sinon à collectionner les créanciers, qu’ils portent un costume d’huissier ou un bleu de travail ? La situation est préoccupante et mérite attention.
Chantiers en péril : comment Alternative va-t-elle poursuivre ses travaux ?
La question est là. Elle frappe à nos portes. Au-delà des relations tendues entre partenaires d’affaires, la situation piétine les intérêts publics. C’est là que le bât blesse le plus pour les populations. Le potentiel travaille actuellement sur le terrain, au niveau des chantiers de voirie dont Alternative est attributaire, pour savoir comment l’entreprise compte mener ces travaux à leur terme, alors même qu’une partie de son matériel vient d’être saisie et vendue. Une entreprise dépouillée de ses biens, de ses engins et peut-être bientôt de ses ouvriers aura, mécaniquement, bien du mal à couler le moindre mètre de bitume. Nos premières constatations de terrain laissent apparaître, par endroits, un rythme d’exécution qui semble avoir ralenti ces dernières semaines. A cette étape, nous ne pouvons pas généraliser ce constat, avant d’avoir pu documenter l’ensemble des sites concernés. Cependant, ce constat mérite, à ce stade, d’être pris au sérieux par les autorités de tutelle. L’État gagnerait à prendre, sans attendre, toutes les dispositions utiles ( mise en demeure, garanties d’exécution, voire substitution d’entreprise si besoin) pour s’assurer qu’aucun de ces chantiers publics ne finisse en éléphant blanc. Les éléphants blancs, les populations s’en rappellent avec un goût amer. Des routes à moitié tracées, hérissées de bornes et de palissades, que les usagers contempleraient plus qu’ils ne les emprunteraient, au prix fort pour les deniers publics… Ce temps est révolu au Bénin. Mais reste à savoir si l’entreprise Alternative, fidèle à son nom, saura trouver une véritable alternative. Celle de payer enfin ce qu’elle doit, à son fournisseur comme à ses employés, plutôt que de laisser le marteau du commissaire-priseur faire, à sa place, le tri dans son patrimoine, vente après vente. Pour l’heure, le seul chantier sur lequel l’entreprise semble réellement avancer est celui, bien involontaire, de la liquidation de ses propres biens. Notre rédaction continuera de suivre ce dossier de très près, tant sur le volet judiciaire que sur l’état d’avancement réel des chantiers concernés. A suivre…






























































