Pour une presse numérique performante capable de faire face aux défis actuels, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) a initié un séminaire de 3 jours au profit des patrons et promoteurs d’organes de presse à Grand-Popo. Placé sous le thème « Nouvelle économie des médias à l’heure du numérique », ce séminaire, dont la cérémonie d’ouverture a eu lieu ce lundi 19 octobre 2026 dans la commune balnéaire de Wla, vise à outiller les participants sur les responsabilités sociétales des entreprises de presse au Bénin à l’ère du numérique. Il réunit notamment le Conseil national du patronat de la presse et de l’audiovisuel (CNPA), dont le président insiste sur l’urgence d’adapter les formats des médias traditionnels.

La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication du Bénin, outre sa mission de régulation, travaille ardemment pour des entreprises de presse prospères. Dans cette vision d’accompagner les médias à s’adapter aux défis actuels, elle a initié un séminaire de 3 jours pour donner les rudiments nécessaires aux patrons et promoteurs de presse à Grand-Popo. Dans son discours d’ouverture, maître Mohamed Baré, vice-président de la HAAC, a dressé un constat sans détour. Longtemps, le modèle des médias reposait sur la vente de papier ou d’audience et sur la publicité. Il est aujourd’hui fragilisé : le public s’informe d’abord sur son téléphone et sur les réseaux sociaux, tandis que les recettes publicitaires migrent vers les géants du numérique, qui captent la valeur sans supporter le coût de production de l’information.
Le vice-président a également relevé la multiplication de la concurrence, « chaque page » pouvant désormais se dire média, ainsi que la circulation de la rumeur plus rapide que celle du fait vérifié. Dans ce contexte, les ventes reculent, les coûts augmentent et la précarité menace les rédactions. Maître Baré a toutefois souligné que le numérique offre aussi des leviers inédits : abonnements, paiement mobile, publicité ciblée, monétisation des vidéos et des podcasts, événementiel, mutualisation des moyens. Des opportunités qui, a-t-il prévenu, ne profitent qu’à ceux qui s’y préparent avec méthode et rigueur de gestion.
Pendant la durée du séminaire, les participants devront :
comprendre les nouveaux modèles économiques des médias ;
maîtriser les outils de gestion et de diversification des revenus ;
tirer parti des plateformes numériques sans sacrifier la qualité ni l’éthique ;
renforcer la gouvernance et la viabilité de leurs entreprises, y compris leurs obligations envers les journalistes.
Pour le vice-président, la HAAC n’est pas seulement la gardienne des règles, mais aussi une partenaire du développement des médias. « Une presse économiquement fragile est une presse vulnérable aux pressions et aux dérives », a-t-il affirmé, estimant qu’une entreprise viable garantit mieux l’indépendance éditoriale et le respect de la déontologie. L’institution poursuivra ses efforts à travers l’application rigoureuse du Code de l’information et de la communication et du Code du numérique, le maintien de la formation continue et le dialogue permanent avec les professionnels.
Maître Baré a remercié l’État pour son appui, ainsi que les experts, les formateurs et l’administration de la HAAC. Il a exhorté les participants à une implication active, ce séminaire n’ayant de sens que s’il se traduit par des décisions concrètes dans leurs entreprises : « L’avenir de la presse ne se subit pas : il se construit, avec audace, innovation et responsabilité. »
« Pas de journaliste sans entreprise de presse »
Prenant la parole à son tour, le secrétaire général de la HAAC, François Awoudo, a rappelé que le choix du thème n’est « pas fortuit », le numérique ayant profondément transformé la production, la diffusion et la consommation de l’information, bouleversé les modèles traditionnels et fait émerger de nouveaux acteurs.
Il a réaffirmé la conviction de l’institution : il n’y a pas de journaliste sans entreprise de presse, ni d’entreprise de presse sans professionnels des médias. La qualité de l’information dépend de la viabilité des entreprises qui la portent, laquelle repose à son tour sur la compétence et le professionnalisme de ceux qui les font vivre.
Ce séminaire s’inscrit dans une série de formations destinées aux promoteurs et managers des entreprises de presse, afin de les outiller face aux défis de gestion, de rentabilité et d’innovation imposés par l’environnement numérique. Awoudo a formé le vœu que les échanges soient « francs, enrichissants et porteurs de solutions concrètes ».
« S’adapter pour ne pas disparaître »
Invité en sa qualité de président du CNPA, Clément Adéoti Adéchinan a salué un séminaire qui concerne « essentiellement les patrons d’entreprise de presse ». Selon lui, la question centrale est celle de l’adaptation des médias traditionnels à la migration vers les contenus numériques. Les médias qui resteraient sur leurs formats d’hier, qu’il s’agisse du journal tabloïd, de la télévision TNT ou de la radio analogique, s’exposent à une disparition silencieuse : « plus personne ne vous écoutera ». Faute de s’adapter aux formats TikTok, Instagram ou Facebook, a-t-il averti, l’économie des entreprises de presse, déjà fragile, s’effritera définitivement.
Le président du CNPA a pointé la concurrence des créateurs de contenus, qui « ont bousculé les habitudes ». Il a illustré son propos par un exemple : un journal télévisé peine à atteindre 120 vues sur YouTube, quand un créateur de contenu en cumule des milliers, voire 100 000. « Lorsque je suis annonceur, dois-je venir vers quelqu’un qui a 120 vues ou vers celui qui a 200 000 vues ? », a-t-il interrogé, estimant que le choix est vite fait. Pour lui, l’enjeu est de rentabiliser les entreprises de presse afin que les journalistes sortent de la précarité.
Côté attentes, Clément Adéichinan espère que les trois jours permettront de dégager des axes stratégiques, notamment sur l’adaptation des contenus à chaque format et sur le renouvellement des équipements de diffusion, qui doivent pouvoir émettre à la fois en analogique et en numérique. Directeur de publication de L’Informateur, un tabloïd en mutation vers le numérique, il a rappelé qu’une chronique de 5 000 mots acceptable en page 2 d’un journal ne fonctionnerait pas sur un support numérique.
Nouvellement élu à la tête du CNPA, il a dit n’être « pas venu comme un Père Noël », ni avec « un bâton magique » pour renflouer les caisses. Son ambition est d’abord de renforcer la crédibilité de la corporation, condition pour obtenir l’écoute des partenaires. Il plaide pour des projets « bancables », novateurs pour les entreprises, que les bailleurs et les pouvoirs publics pourraient financer, et non des projets visant à « arrondir les fins de mois » des promoteurs. Avec son bureau de 19 membres, il entend concevoir des documents de projets à soumettre à de « bons parrains ».
La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence des conseillers de la HAAC, du secrétaire général et de son adjointe, des présidents du CNPA Bénin et de l’Union des professionnels des médias du Bénin (UPMB), ainsi que des formateurs, experts et nombreux promoteurs et patrons de presse.
Aristide Agbonagban































































