Avril 2016- avril 2024, 8ans de gestion du pays : Talon, une gouvernance, des mérites et des déceptions

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Avril 2016, le Bénin opère une transition politique avec une alternance provoquée par le choix massif des électeurs pour une rupture systémique après les 10 ans de règne de Boni Yayi. Candidat rentré de l’exil quelques mois plus tôt, Patrice Talon, incarnait, à lui seul, ce vent de fraîcheur attendu par les Béninois. Le projet Talon vendu lors des campagnes électorales a, par le jeu des circonstances politiques du second tour, été acheté par un nombre impressionnant d’électeurs. Patrice Talon venait ainsi de prendre le pouvoir avec pour ambition de transformer le Bénin dans lequel il disait  » que tout va mal ».

Du mandat unique recherché au départ aux deux mandats finalement obtenus, Patrice Talon vient de boucler huit (8) ans au sommet de l’État béninois. Huit ans au cours desquels, le patron de l’Exécutif s’est acharné au travail dans plusieurs secteurs clés. L’objectif étant de révéler le Bénin au monde comme un pays prospère capable de changer le cours de son histoire de pays sous-développé. Au moment où Patrice Talon boucle 8 ans, l’heure du bilan appelle les citoyens à une réflexion objective et une réflexion critique. Comme dans toute gestion, le Président béninois laissera des actifs et des passifs dans son bilan. Sous le Président Talon, le Bénin a fait des bonds considérables en matière d’infrastructures routières facilitant la mobilité au sein des villes et campagnes. Le projet asphaltage a changé le visage du réseau routier dans les communes avec des centaines de kilomètres de voies recouvertes par le bitume.

Les grands chantiers de réaménagement et de modernisation du réseau routier ont aussi permis de connecter toutes les communes du Bénin par des voies bitumées. Ce méga projet a impulsé un développement des coins et recoins du Bénin avec des impacts significatifs sur l’économie nationale. Dans les domaines de l’eau et de l’énergie électrique, le gouvernement, sous le magistère de Patrice Talon a apporté des réponses structurelles répondant aux déficits décriés des années auparavant. Dans le secteur de l’éducation, le régime Talon a atténué les effets pervers de la grève, procédé à des recrutements de personnel enseignant avec l’amélioration continue de leurs conditions de vie et de travail.

La création de la police républicaine, l’appui aux Forces armées béninoises avec l’achat des équipements, l’appui en formation et autres ont permis de lutter contre la délinquance, la criminalité sous toutes ses formes et de maîtriser la menace terroriste aux frontières du pays. L’économie maritime sous le régime connait une dynamique avec les réformes portuaires de sécurisation des ressources et de modernisation des plateformes de service.

Le Bénin reste déterminé à s’offrir son hôpital de référence. Le méga projet qui est en cours d’exécution à Abomey-Calavi maintient l’espoir d’une révolution irréversible dans le domaine de la santé. Le cadre de vie et l’assainissement de l’environnement, le numérique, les microcrédits aux femmes, les cantines scolaires, l’appui aux jeunes filles pour la scolarité avec une réduction du décrochage scolaire… sont des points forts du relent social de la gouvernance Talon. Quoi qu’il soit apprécié diversement dans l’opinion, le social ‘’nouvelle formule’’ sous le régime Talon restera l’un des points dominants des actifs du bilan. De même, les Béninois garderont à l’esprit, les réformes dans la gouvernance publique et notamment la lutte contre la corruption et les malversations. La politique pénale imprimée par le Président Patrice Talon avec la création des tribunaux spécialisés (tribunal du commerce, Cour spécialisée en matière foncière, la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme) a permis de faire une purge avec des sanctions méritées infligées aux fossoyeurs de l’économie.

Cette politique pénale a aussi contribué à dissuader les candidats au détournement. Aussi, la digitalisation du service public contribue à cette lutte contre la corruption et la sécurisation des ressources publiques. Mais tout n’est pas rose sous la gouvernance Talon.

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Les réformes politiques, le point noir des critiques

Dans les chapelles politiques, notamment celles de l’opposition, le Président est sous le feu des critiques constantes. La gouvernance politique et électorale sous Patrice Talon ne plaît pas à tout le monde. Régulièrement, les leaders de l’opposition désignent le Président Patrice Talon comme le responsable d’une politique d’exclusion systématique des véritables concurrents aux compétitions électorales.

Le basculement du Bénin en 2019 vers un parlement monocolore issu des élections législatives émaillées de violences avec à la clé des morts ; la révision constitutionnelle opérée en 2019 par ledit parlement et l’organisation de l’élection présidentielle en 2021 avec certains candidats de l’opposition laissés sur le quai sont entre autres arguments relevés par les forces de l’opposition pour noircir le bilan de la gouvernance politique et électorale sous Patrice Talon.

Le dernier coup de grâce qui maintient vive la colère dans le rang de l’opposition reste l’adoption du nouveau code électoral devant régir les prochaines élections générales en 2026. L’opposition vent debout ne cesse de critiquer les innovations introduites dans ce nouveau code électoral voté par le bloc de la majorité parlementaire le 5 mars 2024. Pour l’opposition qui redoute une nouvelle exclusion en 2026, le bilan du Président Patrice Talon reste entaché de faits politiques graves et sans précédent sous l’ère du renouveau démocratique au Bénin. Le pouvoir Talon est ainsi accusé à tort ou à raison d’être auteur des crises politiques ayant eu des répercussions néfastes sur la cohésion sociale, le vivre ensemble en paix et la stabilité du pays.

Grosse faiblesse relevée par les opposants, un défaut de recherche d’un consensus dans la prise des décisions les plus délicates en matière de réforme constitutionnelle, institutionnelle et du système partisan. À l’arrivée, le Président Patrice Talon gouverne selon un idéal propre avec des résultats positifs, des avancées remarquables dans bien de secteurs et une dynamique économique de croisière. Le pays s’ouvre de plus en plus sur le reste du monde avec une diplomatie orientée vers la conquête des opportunités. Néanmoins, les voix critiques qui portent la contradiction, denrée indispensable à la bonne santé démocratique, remontent en surface des points de faiblesse notamment dans les options de gouvernance politique et électorale.

En attendant le bilan général des 10 ans de règne en 2026, Patrice Talon restera dans le cœur de certains Béninois, le grand bâtisseur ayant déclenché la révolution positive dans plusieurs secteurs, mais restera aussi chez d’autres de ses compatriotes, le Chef de l’État à qui l’on peut reprocher des choses dans la gouvernance politique et électorale. Le cliché du bilan à deux visages est ce qui restera au bout du compte.

Brivaël Klokpê Sogbovi

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