Enseignements maternel et primaire : Des inspecteurs détournés de leur fonction première, l’éducation en souffrance
L’école béninoise est-elle en train de se priver de l’un de ses principaux leviers de qualité ? Au ministère des Enseignements maternel et primaire (Memp), la gestion des ressources humaines au sein du corps des inspecteurs suscite de nombreuses interrogations. Alors que plusieurs circonscriptions scolaires fonctionnent sans inspecteur titulaire et que de nouveaux postes attendent toujours d’être pourvus, des dizaines d’inspecteurs fraîchement formés se retrouvent affectés dans les directions techniques ou les structures sous tutelle, loin de leur mission première qu’est l’encadrement pédagogique de proximité. Les constats recueillis par le département enquête et investigation (Dei) du groupe de presse Le Potentiel dressent un tableau préoccupant. En février 2026, un arrêté ministériel portant découpage des circonscriptions scolaires en 344 zones pédagogiques est venu renforcer le dispositif d’encadrement du système éducatif. Ce texte, signé par l’ancien ministre des Enseignements maternel et primaire, a été hérité par l’actuel ministre, Armand Kuyema Natta, qui poursuit désormais sa mise en œuvre. Mais plusieurs mois après cette réforme, les postes censés accompagner ce nouveau découpage demeurent, pour beaucoup, inoccupés. Selon les informations obtenues par notre rédaction, 15 postes de chefs de circonscription scolaire, de conseillers et de directeurs d’École normale d’instituteurs sont actuellement vacants. À ces postes s’ajoutent 28 nouvelles circonscriptions scolaires créées, qui attendent encore leurs responsables. Au total, 43 postes normalement destinés aux inspecteurs des enseignements maternel et primaire restent à pourvoir. Dans le même temps, la dernière vague d’affectations intervenue à la mi-juillet 2026 semble avoir privilégié une autre orientation. Plutôt que de combler les déficits constatés sur le terrain, les inspecteurs nouvellement déployés ont, une nouvelle fois, été affectés dans les directions techniques, les directions départementales ou encore des organismes sous tutelle tels que l’INFRE ou le CNBU. Les chiffres sont parlants. D’après les informations recueillies, plus d’une dizaine d’inspecteurs sont actuellement regroupés à la Direction de l’inspection et de l’innovation pédagogique (DIIP). Plus globalement, la note de service du 15 juillet 2026 fait apparaître qu’une vingtaine d’inspecteurs sont désormais concentrés dans les directions techniques (Dem, Diip, Dep, Infre…) et les directions départementales en qualité de collaborateurs, alors même que les besoins demeurent criants dans les circonscriptions scolaires. Cette situation alimente l’incompréhension de plusieurs acteurs du secteur. D’autant qu’une cinquantaine d’inspecteurs qualifiés, formés à grands frais par l’État, sont aujourd’hui disponibles pour assurer l’encadrement pédagogique sur le terrain. Paradoxalement, certains postes continuent d’être occupés par des fonctionnaires admis à la retraite ou font l’objet de cumuls de fonctions, tandis que plusieurs circonscriptions demeurent sans responsable attitré. Au-delà de la gestion administrative des carrières, c’est la qualité même du système éducatif qui est en jeu. Les inspecteurs constituent le maillon essentiel du suivi pédagogique, de l’accompagnement des enseignants, du contrôle de la qualité des apprentissages et de la mise en œuvre des réformes éducatives. L’absence d’encadrement dans plusieurs circonscriptions pourrait fragiliser durablement les performances des écoles maternelles et primaires. Pour de nombreux observateurs, l’urgence est désormais de mettre en adéquation les besoins du terrain avec les ressources humaines disponibles. Les postes créés ou vacants gagneraient à être rapidement pourvus afin que les inspecteurs retrouvent leur cœur de métier. Ils pourront ainsi accompagner les enseignants et garantir la qualité des enseignements au bénéfice des milliers d’élèves du primaire. Au regard des ambitions affichées par le gouvernement en matière de réforme du système éducatif, une réévaluation de la politique de déploiement des inspecteurs apparaît aujourd’hui indispensable. Car au-delà des statistiques, c’est l’avenir de l’école béninoise qui se joue dans les circonscriptions scolaires.

Joseph Sossou