Résultats provisoires des élections législatives du 11 janvier 2026 : L’hégémonie politique du baobab et du cheval confirmée
Après plusieurs reports devenus agaçants dans certains milieux médiatiques et anxieux chez les acteurs politiques, la Commission électorale nationale autonome (Cena) a finalement rendu publics les résultats provisoires des élections législatives du 11 janvier 2026. Samedi 17 janvier 2026. La presse nationale et internationale est mobilisée. Dans les locaux de la Cena, une question se rumine comme les trois (3) précédents jours. Des jours durant lesquels, Sacca Lafia, Président de la Cena, et les équipes techniques de l’institution ont travaillé d’arrache-pied pour sortir les résultats. Puis, autour de 21h, la voix de Sacca Lafia résonne dans les micros des professionnels des médias massés dans la zone presse de la Cena. « Sur l’ensemble du territoire, au sein des dix-sept mille trois cent cinquante (17.350)
postes de vote, le scrutin du 11 janvier 2026 s’est déroulé dans une atmosphère de paix et de dignité, exempte de toute violence. Chaque citoyen a pu, dans la plus grande sérénité, accomplir son devoir civique et exprimer sa volonté souveraine », laisse entendre Sacca Lafia dans ses mots introductifs à la proclamation des résultats provisoires des législatives du 11 janvier 2026. Cependant, le président de la Cena n’ignore pas l’expression de la colère des populations le jour du vote en raison des difficultés à accomplir le devoir civique. Ces difficultés ont d’ailleurs influé en partie, sur le taux de participation globale (36,73%) au scrutin. Mais Sacca Lafia remet le doigt sur la complexité de la tâche. « Certes, comme l’exige la complexité d’une opération d’une telle envergure, quelques défis logistiques mineurs ont été relevés çà et là. Toutefois, grâce à la
réactivité de nos équipes déployées sur le terrain, ces incidents ont été
promptement maîtrisés et n’ont altéré en rien, la régularité, la transparence et la
sincérité du scrutin », fait savoir le Président de la CENA.
Une élection qui redessine la carte politique du pays
Au terme de ses délibérations, le Conseil Électoral a scellé la décision n°004/CENA/PT/RAP/DGE/SP du 17 janvier 2026 portant publication des résultats provisoires des élections législatives du 11 janvier 2026. La teneur de ces résultats permet de redessiner les bords de la carte politique du Bénin. Au plan national, 7 834 608 béninois sont inscrits sur la liste électorale. À l’arrivée, 2 877 773 personnes sont allées voter le 11 janvier 2026. Selon les statistiques globales de la Cena, les suffrages valablement exprimés s’établissent à 2 790 347 contre 87 426 bulletins nuls. Pour cette élection, cinq (5) partis politiques étaient en lice. Il s’agit des partis Union Progressiste Le Renouveau, le Bloc Républicain, Les Démocrates, la Force Cauris pour un Bénin émergent et le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin (Moele-Bénin). Les résultats provisoires proclamés par la Cena permettent d’avoir les scores électoraux de chacun des partis : Up-R : 41,15% ; Br: 36, 64% ; LD: 16,14% ; FCBE : 4,86% ; Moele-Bénin : 1,21%. Sur la base des ces performances, la Cena a appliqué les dispositions du Code électoral qui fixent les règles d’éligibilité à l’attribution des sièges. Pour établir l’éligibilité des forces politiques, la CENA s’est conformée aux dispositions impératives de l’article 146 du Code électoral. Cet article dispose que : « Seules sont éligibles à l’attribution des sièges, les listes ayant recueilli au moins vingt pour cent (20 %) des suffrages valablement exprimés dans chacune des circonscriptions électorales législatives ». De même, la Cena a exploré les spécificités liées aux accords de coalition parlementaire signés entre certains partis politiques notamment le Br, Fcbe, Moele-Bénin et l’Upr. Le parti Les Démocrates n’ayant signé aucun accord de coalition parlementaire. Au bout de l’exercice, seuls les partis Union Progressiste Le Renouveau et le Bloc Républicain sont éligibles à l’attribution des sièges. « Ayant franchi le seuil légal de 20% des suffrages dans chacune des circonscriptions électorales, les deux formations majeures se partagent la représentation nationale
comme suit : L’Union Progressiste le Renouveau (UP le Renouveau) : Fort de 41,15% des suffrages à l’échelle nationale, le parti s’adjuge 60 sièges à l’Assemblée nationale, dont 44 au titre des sièges ordinaires et 16 sièges exclusivement réservés aux femmes.
Le Bloc Républicain (BR) : Crédité de 36,64 % des voix au plan national, il obtient 49 sièges. Cette présence parlementaire se décompose en 41 sièges
ordinaires et 8 sièges exclusivement réservés aux femmes, conformément aux dispositions du Code électoral », lit-on dans la décision de la Cena.

Des leçons politiques
Au regard des résultats provisoires, des leçons politiques s’imposent. Les données désagrégées selon les 24 circonscriptions électorales rabattent les cartes. Primo. Le parti Les Démocrates est désormais dans l’effondrement total. Le parti de Yayi dont les membres ne sais cachent pas de se réclamer »parti de masse » n’a récolté que 16% des suffrages au plan national, avec des scores en dessous du seuil des 20% dans au moins 13 circonscription électorale. Cette chute dans la performance serait peut-être liée au pied boitant avec lequel le parti est sorti du processus de désignation du duo candidat à la présidentielle d’avril 2026. Boni Yayi avait adoubé un candidat alimentant les frustrations internes. La mauvaise négociation de ce virage par les leaders LD a certainement créé une hémorragie interne, une désaffection des milliers de militants. Et les scores réalisés dans certaines circonscriptions électorales par le parti LD en disent long : 1ère CE (15,60%) ; 2e CE (29,39%) ; 3e CE (5,88%). Dans ces circonscriptions électorales, Boni Yayi jusqu’alors réputé populaire perd peu à peu de l’influence. Par ailleurs, le parti Les Démocrates qui a franchi la barre des 10% au plan national aurait pu lever des sièges s’il avait conclu un accord de coalition parlementaire avec l’un des deux grands partis politiques (Up-r et Br). Cet accord aurait pu aider le parti à jouir des grosses performances électorales réalisées dans certaines circonscriptions électorales. Secundo. La prochaine Assemblée nationale sera composée par des élus des partis Up-r et Br. Mais beaucoup d’ex-élus du parti LD ayant rejoint l’Upr et le Br feront leur retour à l’Assemblée nationale. L’idéal qu’il portait pourrait désormais s’exprimer au sein de l’hémicycle sous les bannières Up-r et Br. Les oppositions de principe sur des débats d’enjeux seront révolues pour laisser place au débat constructif. Tertio. Ces élections législatives du 11 janvier permettent de savoir que la réforme du système partisan impose les grands regroupements. Deux grands partis politiques structurent désormais la vie politique au Bénin. Ils devraient se renforcer davantage avec le temps. Le peuple électeur, mature, s’écarte désormais du vote émotif et sait où se trouve désormais ses intérêts. Et cette élection ne finira pas de nourrir des débats. Tant les enseignements sont multiples.
Brivaël Klokpê Sogbovi