Chaque année, le 15 août, à l’occasion de la fête de l’Assomption, qui symbolise la montée de la Vierge Marie au ciel chez les chrétiens, la ville de Savalou, dans le département des Collines, vibre au rythme d’une grande fête populaire à caractère traditionnel. Il s’agit, bien entendu, de la Fête de l’Igname.

Bien plus qu’une célébration gastronomique, cette manifestation culturelle constitue un moment privilégié de communion entre les vivants, les ancêtres et les forces spirituelles. Elle rassemble les fils et filles Mahi, notamment ceux de Savalou, autour d’une même identité, dans une atmosphère de partage et de retrouvailles.
Les préparatifs de cette fête identitaire commencent généralement dès la veille, le 14 août. Ainsi, dans les maisons et les quartiers, le bruit des mortiers et des pilons annonce l’approche du grand jour. L’igname, soigneusement sélectionnée pour l’occasion, est préparée selon les pratiques culinaires traditionnelles. Le jour J, le souverain de Savalou conduit une grande cérémonie rituelle sur l’esplanade de son palais.
Les origines de la fête
La célébration de la Fête de l’Igname à Savalou trouve son sens dans sa dimension spirituelle et royale. Héritée des traditions cultuelles du peuple Mahi, la fête était, à l’origine, liée à l’autorisation donnée par le roi de consommer les nouvelles récoltes d’ignames.
Avant cette consommation, des rites et des offrandes étaient accomplis en signe de gratitude envers les divinités et les ancêtres. Les premières récoltes, considérées comme des « primices », étaient ainsi consacrées afin de solliciter leur protection et leur bénédiction, ainsi que celles de la terre, et de favoriser la prospérité de la communauté.
Au cœur de cette tradition se trouve donc la figure du roi de Savalou, dépositaire d’une autorité à la fois politique, culturelle et symbolique. Son intervention marque l’ouverture rituelle de la consommation de la nouvelle igname. Ces cérémonies royales, dans la cité des Sohavis, participent également au renforcement de l’unité du peuple Mahi.
La journée du 15 août prend ensuite des allures de grande fête populaire. Les populations se retrouvent, tandis que les chants et les danses rythment les réjouissances. Des visiteurs venus notamment de Cotonou, d’Abomey-Calavi et d’autres localités rejoignent Savalou pour vivre cette expérience culturelle inouïe.
Sous sa forme collective actuelle, la Fête de l’Igname aurait été lancée en 1952. Depuis, elle a progressivement dépassé le seul cadre des pratiques royales et cultuelles pour devenir un rendez-vous majeur de la culture Mahi.
À travers ses rituels, sa gastronomie, ses danses et ses retrouvailles, la Fête de l’Igname constitue ainsi un patrimoine vivant. Elle transmet aux nouvelles générations la mémoire des ancêtres, le respect des traditions et la fierté d’appartenir au peuple Mahi.
L.T.
















































