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Haut commissariat à la prévention de la corruption : HCPC : le salaire de la  »stagiaire-employée » payé par voie de réquisition

Depuis fin janvier 2026, le Département Enquêtes et Investigations (DEI) du Groupe de presse Le Potentiel documente, article après article, le dossier « cumul de statut et de rétribution » de dame Batakou Mahuwetin Sylvie au Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC). Le dossier met en évidence une élève-avocate engagée, le même 19 janvier 2026, comme stagiaire à plein temps auprès de l’EDARA (gratifiée environ 693 euros par mois) et comme salariée à temps plein sous contrat à durée déterminée (CDD), recrutée Chargée de Mission et des Affaires Juridiques pour 700.000 F CFA nets par mois. Un deuxième article a montré que son premier salaire avait été entièrement chiffré quatre jours seulement après la signature du contrat, et que ce dossier de paie portait déjà, en marge, des annotations manuscrites du Secrétaire général et du Haut-Commissaire évoquant une « équation non résolue ». Deux nouveaux documents consultés par Le Potentiel montrent que ce malaise interne autour du salaire de dame Batakou ne s’est pas arrêté à ce premier incident. Le malaise s’est prolongé, mois après mois, jusqu’à contraindre l’Agent comptable de l’institution à réclamer une couverture écrite du Haut-Commissaire avant de payer.

Le Secrétaire général refuse de viser les états de paiement depuis février 2026

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Dans une lettre adressée au Haut-Commissaire Jacques Acheffon Migan et portant en marge une annotation manuscrite du Secrétaire général datée du 23 mars 2026, l’Agent comptable du HCPC, Dossa H. Sokénou, retrace en détail les éléments sous-tendant sa démarche. Sa correspondance qui porte en objet « Demande de réquisition », retrace la chronologie d’un blocage administratif qui dure depuis plusieurs semaines. Le 18 mars 2026, il transmet au Secrétaire général, pour visa, les états de paiement des salaires du personnel. Le Secrétaire général lui demande alors d’isoler celui de dame Batakou, en se référant à un mémo qu’il avait lui-même adressé le 19 février 2026, dans lequel il exigeait de ne plus lui soumettre l’état de paiement ni aucun document relatif au contrat de travail de dame Batakou « sans que les conditions de régularité administrative et d’information préalable soient pleinement réunies ». Le Secrétaire général y précise qu’« une chose est d’exécuter les instructions » et « qu’il en est une autre de veiller à la régularité et à la cohérence des actes administratifs soumis à validation, notamment lorsque ceux-ci sont susceptibles d’engager la responsabilité de l’Institution et celle des personnes impliquées dans la chaîne décisionnelle ». L’Agent comptable précise que les états de paiement de janvier et février 2026 avaient déjà été transmis au Haut-Commissaire après ce refus de visa, sur instruction directe de ce dernier. Le 12 mars 2026, il avait adressé une note suggérant au Haut-Commissaire d’échanger avec le Secrétaire général pour lever ses réserves, rappelant que le règlement financier du HCPC rend le visa du Secrétaire général obligatoire sur tous les documents financiers.

Une réquisition écrite pour payer le salaire de mars

Le 19 mars 2026, selon cette même correspondance, le Haut-Commissaire demande par téléphone à l’Agent comptable de lui soumettre les états de paiement de dame Batakou sans le visa du Secrétaire général. « Ce qui fut fait », écrit M. Sokénou. La suite, la correspondance renseigne que c’est le Haut-Commissaire, Jacques Migan qui par voie d’autorité, a signé lui-même l’état de paiement et l’ordre de virement. Mais la question du visa manquant du Secrétaire général reste entière. L’Agent comptable rappelle avoir averti, dans sa note du 12 mars, que l’absence de ce visa pourrait rendre les pièces comptables concernées inéligibles devant la Cour des Comptes. Il signale également qu’à cette date, dame Batakou n’avait fourni aucun document pour la constitution de son dossier de personnel, malgré plusieurs relances et que seul son relevé d’identité bancaire (RIB) a été reçu par son service. Face à cette situation, et « en attendant que les réserves du Secrétaire général ne soient levées », l’Agent comptable sollicite formellement du Haut-Commissaire une réquisition écrite pour procéder au paiement du salaire de mars et de ceux à venir de dame Batakou, en vertu des articles 35 et 60 du décret n°2014-571 du 7 octobre 2014 portant règlement général sur la comptabilité publique en République du Bénin. Concrètement, ce mécanisme permet à un ordonnateur d’imposer par écrit, et sous sa propre responsabilité, le paiement d’une dépense qu’un comptable public refuse ou hésite à exécuter faute des visas réglementaires requis. Dans les faits, il s’agit d’une procédure d’exception, réservée aux situations où le circuit normal de validation est bloqué sur des prétextes légers et suffisamment vides que n’importe quel juge administratif spécialiste du droit de travail pourrait démontrer en un clic. Mais sommes-nous dans un tel cas dans le cas de ce dossier de cumul de statut et de rétribution au HCPC ? Le doute l’emporterait dans un pari.

Frais de mission à Paris : un numéro de téléphone qui interroge

Un second dossier consulté par le Dei de Le Potentiel documente une mission effectuée à Paris, du 13 au 18 avril 2026, par dame Batakou en accompagnement du Haut-Commissaire, dans le cadre de rendez-vous avec l’OIF et l’UNESCO. L’ordre de mission, délivré le 31 mars 2026, indique comme contact de l’intéressée un numéro béninois « 0150***24 », au format béninois. Or, sur la lettre du 3 avril 2026 adressée par le Haut-Commissaire au Directeur Général du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP) pour le virement des frais de mission (672.000 F CFA d’avance pour dame Batakou, sur un total de 3 264 000 F CFA incluant le Haut-Commissaire), le contact renseigné pour elle devient « +3366**58 », un numéro à l’indicatif français. Pourquoi deux documents officiels émis à quelques jours d’intervalle, pour la même mission et la même personne, ne portent-ils pas le même numéro de contact ; et pourquoi celui figurant sur la demande de virement des frais de mission porte-t-il l’indicatif de la France ? La question mérite d’autant plus d’être posée que dame Batakou est, selon tous les documents précédemment consultés par notre rédaction, censée résider et exercer au Bénin.

Contrat signé : une signature physique ou électronique ?

Le 19 janvier 2026, dame Batakou, par la signature conjointe avec Jacques Migan est donc entrée dans des liens contractuels avec le Haut-commissariat à la prévention de la corruption. Ce document aussi examiné par le Dei laisse une question fortuite. Les signataires du contrat ont-ils apposé chacun, en ce qui le concerne, sa signature physique que le contrat ? De l’avis de plusieurs spécialistes sollicités par le Dei, la signature de dame Batakou a tout l’air d’une signature électronique. Stagiaire et en même temps employée, dame Batakou est censée être au Bénin et venir accomplir sa mission dans les locaux du HCPC. Si l’avis de nos spécialistes s’avérait, comment et pourquoi la signature de dame Batakou ressemble curieusement à une signature électronique ?

Retour sur un dossier déjà lourd de zones d’ombre

Ces nouveaux éléments viennent s’ajouter à un dossier déjà solidement documenté par nos deux précédentes publications. Pour mémoire, les faits, le 19 janvier 2026, dame Batakou Mahuwetin Sylvie signe, le même jour, une convention de stage PPI à plein temps avec l’EDARA et le HCPC comme structure d’accueil, et un contrat de travail à durée déterminée de six mois avec le HCPC, deux engagements aux missions largement similaires, alors que la convention de stage interdit expressément qu’un stage serve à remplacer un salarié. Quatre jours plus tard, son premier salaire était déjà entièrement chiffré. Face à ce chevauchement de statuts et de rémunérations, le Coordonnateur du DEI a adressé, le 18 août 2026, une correspondance détaillée au Haut-Commissaire à la Prévention de la Corruption, Maître Jacques Migan, dont l’administration a accusé réception le jour même, Le Potentiel détient une copie de cette décharge. Ce courrier sollicitait, dans le respect du principe du contradictoire, des éclaircissements précis sur la simultanéité des deux contrats, le fondement légal du télétravail accordé à l’intéressée, les preuves de l’exécution effective de ses missions rémunérées, le détail des paiements mensuels de 700.000 F CFA et les conditions de son recrutement. À l’heure où nous publions ce troisième article, le Haut-Commissaire Jacques Acheffon Migan n’a toujours apporté aucune réponse, même partielle, au DEI, alors même que les éléments recueillis depuis n’ont fait qu’ajouter des questions à celles déjà posées. Le Potentiel reste ouvert à publier tout élément de réponse ou de clarification que le Haut-Commissariat souhaiterait communiquer, dans le respect du contradictoire et de la présomption d’innocence.

Audit et contrôle, la thérapie à appliquer au HCPC

Ce que nos trois publications mettent en évidence, ce n’est plus seulement un cumul contractuel contestable ou un dossier de paie bouclé en un temps record. Notre investigation met au goût du jour une chaîne de validation interne trop grippée au sein du HCPC. Cette grippe se traduit d’ailleurs par le recours à la voie d’autorité au sommet de l’institution. L’exemple des états de paiement des salaires de la chargée de mission et des affaires juridiques dans lequel le Haut-Commissaire lui-même a dû, à plusieurs reprises, passer outre les réserves de son propre Secrétaire général et couvrir des paiements que son Agent comptable hésitait à exécuter, en dit long. Au fil de l’eau, les éléments s’entassent et sont loin de crédibiliser le Haut-commissariat à la prévention de la corruption. Le Président de la République, Romuald Wadagni, devrait donc dépêcher sans délai le Bureau d’Analyse et d’Investigation (BAI) et l’Inspection Générale des Finances (IGF) au Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption, pour vérifier, pièces à l’appui, que tout est en règle dans la gestion administrative et financière de cette institution. À suivre…

BKS

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