C’est à Dèkoungbé, Godomey, commune d’Abomey-Calavi, que la Fondation Espace Afrique a organisé, samedi 24 octobre 2026, sa journée de sensibilisation Octobre Rose, consacrée à la santé des femmes et, singulièrement, au cancer du sein. L’allocution d’ouverture a été prononcée par l’honorable Claudine Afiavi Prudencio, au nom de Monsieur Samuel Dossou-Aworet, Président Fondateur de la Fondation Espace Afrique. « C’est au nom de Monsieur Samuel Dossou-Aworet, Président Fondateur de la Fondation Espace Afrique, que je prends la parole devant vous. Je vous transmets ses salutations chaleureuses et son soutien à cette rencontre consacrée à la santé des femmes », a-t-elle déclaré d’entrée, avant de situer l’esprit de la journée. « Son engagement donne à notre rassemblement son origine et sa direction, faire en sorte que la solidarité atteigne les personnes dans la réalité de leur existence. », a précisé Claudine Prudencio. L’idée est claire, au-delà de la solidarité classique, la fondation engage toutes les catégories sociales à agir avec pragmatisme dans l’expression de leur amour. « Aimer, c’est aussi dire : Fais-toi dépister », peut-on lire sur les kakémonos disposés dans sois la tente abritant l’activité.

Une mobilisation à forte portée institutionnelle
La rencontre a réuni un parterre de personnalités dont l’oratrice a pris soin de saluer, une à une, la présence. L’événement a ainsi été marqué par la présence et des interventions pleines de sens de plusieurs personnalités et acteurs distingués, au premier rang desquels l’ancien préfet du département de l’Atlantique, Jean Claude Codjia, et l’actuel ministre de la Santé, Benjamin Hounkpatin, entourés de professionnels de la santé, de professeurs d’université et de professionnels de la justice, venus prêter à cette journée Octobre Rose la diversité de leurs regards et de leurs compétences.

S’adressant justement au ministre de la Santé, Benjamin Hounkpatin, par ailleurs professeur de gynécologie-obstétrique, Claudine Prudencio a salué une présence qui « nous honore et nous encourage », soulignant que « dans la rencontre de la médecine, de l’enseignement et de la responsabilité publique se trouve une exigence particulièrement haute, comprendre la vulnérabilité d’une personne et réfléchir aux conditions qui permettent d’y répondre à l’échelle d’une société ». Elle a salué le déplacement depuis Parakou de la Doyenne de la Faculté des lettres, arts et sciences humaines de l’Université de Parakou, affirmant que « les sciences humaines ont ici toute leur place. « Elles nous aident à entendre ce qui, dans une inquiétude intime, porte aussi la marque de l’éducation, des relations familiales, des conditions matérielles et du regard social. », a laissé entendre l’honorable Claudine Afiavi Prudencio. Un hommage particulier a également été rendu aux avocates et défenseures des droits des femmes présentes, dont l’engagement, a-t-elle affirmé, « contribue à réduire » la distance « qui peut séparer un droit reconnu d’un droit effectivement exercé ».
« Sa dignité précède ses fonctions »
Au cœur de l’allocution, Claudine Afiavi Prudencio a énoncé une conviction sans détour. Pour elle, le droit d’une femme à la santé ne saurait dépendre de ce qu’elle apporte à son entourage. « Nous célébrons volontiers les femmes parce qu’elles donnent la vie, éduquent, travaillent et soutiennent leurs familles. Cette reconnaissance est légitime. Mais leur droit à la santé ne saurait dépendre des services qu’elles rendent », a affirmé Claudine Prudencio, avant d’ajouter, dans une formule marquante, que la dignité des femmes précède ses fonctions. Cette dignité, dira t-elle demeure entière dans la maladie. ». L’oratrice a aussi rappelé la charge que porte, en apparence si légère, le symbole de la journée. « Un ruban rose paraît léger. Pourtant, il porte des histoires dont nous ne mesurons pas toujours le poids. L’attente d’un examen. La difficulté d’annoncer une maladie. Le trouble d’un visage dans le miroir. », a dit Claudine Prudencio.
L’art de tenir, la fatigue invisible des femmes
S’adressant directement aux femmes présentes, l’honorable Claudine Afiavi Prudencio a dénoncé un conditionnement social qui rend leur propre besoin de soin difficile à exprimer. « Nos sociétés ont souvent enseigné aux femmes l’art de tenir. Tenir une maison, tenir un commerce, tenir une famille debout. Elles leur ont moins souvent appris à reconnaître le moment où elles ont elles-mêmes besoin d’être soutenues », a-t-elle observé. « À force de trouver leur dévouement naturel, nous risquons de rendre leur fatigue invisible. », s’exclame Claudine Prudencio.

Elle a énuméré les obstacles concrets qui retardent une consultation. Il s’agit notamment des contraintes liées à l’organisation d’une absence, au déplacement, à la garde d’un enfant, l’interruption d’une activité. Pour Claudine Prudencio, les droits fondamentaux de chaque patiente doivent être respectés. « Une femme a le droit de poser une question qu’elle n’a jamais osé formuler. Elle a le droit de demander une explication, de comprendre un examen et de participer aux décisions qui la concernent. », a-t-elle dit. Elle a conclu sur ce point par une mise en garde. « La maladie n’est pas une faute. Elle n’autorise ni la honte imposée, ni les soupçons, ni l’abandon. ».
« Le cancer du sein n’a pas de genre »
Claudine Prudencio s’est adressée longuement aux hommes présents. « Le cancer du sein n’a pas de genre », a-t-elle lancé, avant de préciser leur double implication dans la cause. D’abord comme proches, « votre attention peut rendre possible une démarche que la peur ou les contraintes auraient différée », a dit l’honorable Claudine Prudencio. Les hommes sont aussi des patients potentiels, puisque la maladie, a-t-elle rappelé, « n’épargne pas les hommes ». C’est vrai que cette maladie est rare chez les hommes. D’après les statistiques, c’est moins d’un cas sur cent. En plus, ces cas sont souvent découverts tardivement, parce qu’on le croit impossible ou parce qu’une certaine idée de la force commande de se taire, a expliqué, Claudine Prudencio s’adressant directement aux hommes. Elle a ensuite énuméré les signes qui doivent alerter. « Un nodule sous le mamelon, un écoulement, une rétraction, un ganglion sous l’aisselle méritent, chez l’homme comme chez la femme, un avis médical sans délai. », a exposé Claudine Prudencio. Pour elle, la pudeur ne protège pas, mais seule la consultation assure la santé.
Un hommage appuyé aux soignants, « premiers visages du soin »
L’allocution a réservé une place importante aux professionnels de santé présents. Aux professeurs de médecine, dont certains, a-t-elle relevé, « ont parcouru une longue route pour être des nôtres ». Elle a adressé sa gratitude, rappelant que « le corps forme un tout » et que « certains traitements du cancer sollicitent le cœur », tandis que « l’inquiétude elle-même pèse sur l’organisme entier ». Aux sage-femmes et infirmiers, elle a réservé une reconnaissance particulièrement chaleureuse. « Vous êtes souvent les premiers visages du soin. C’est auprès de vous qu’une question s’ose, qu’une inquiétude se dit, qu’un rendez-vous se décide. » Elle a insisté sur l’importance de la qualité de la relation de soin autant que sur son exactitude technique. « La précision d’un geste compte. La manière de l’expliquer compte également. Une parole accessible peut rendre une démarche possible. », recommande Claudine Prudencio.
Aux femmes qui vivent avec la maladie : « vous demeurez pleinement vous-mêmes »
Un passage de l’allocution s’est adressé spécifiquement aux femmes actuellement atteintes de la maladie, dans des termes empreints de délicatesse. « Vous n’avez pas à rassurer tout le monde lorsque vous avez vous-mêmes besoin d’être rassurées. Vous avez le droit d’être fatiguées, d’avoir peur, de demander du repos ou de ne pas trouver immédiatement les mots », a déclaré Claudine Prudencio, avant d’ajouter : « Votre courage n’a pas à devenir une obligation de paraître invulnérables. » Elle a conclu ce passage par une phrase sobre et forte qui retient les attentions. « Aucune cicatrice ne retranche quoi que ce soit à la dignité d’une personne. » Aux familles et aux proches, elle a rappelé la valeur des gestes simples. « Accompagner un trajet, prendre le relais à la maison, aider à organiser un rendez-vous, écouter sans interrompre : ces gestes donnent à l’affection une forme sur laquelle on peut s’appuyer. », indique Claudine Afiavi Prudencio dans son allocution.
Une solidarité appelée à durer au-delà d’octobre
En clôture de son propos, Madame Claudine Afiavi Prudencio a appelé à ne pas refermer la cause avec le mois d’octobre. « Dans quelques jours, octobre s’achèvera. Pour celle qui attend un résultat ou poursuit un traitement, le calendrier de l’épreuve continuera. Puissions-nous lui offrir une attention qui dure au-delà de cette journée », a-t-elle souhaité.

Elle a adressé une pensée de recueillement aux femmes emportées par la maladie, et un message de solidarité à celles qui la traversent encore, avant de renouveler, à l’intention des hommes, l’appel à la vigilance. « Le cancer du sein ne s’arrête pas à la frontière des genres. Votre vigilance protège votre propre vie autant que celle de vos proches. » Elle a achevé son allocution en remerciant, « au nom de Monsieur Samuel Dossou-Aworet, Président Fondateur de la Fondation Espace Afrique », l’ensemble des participants, soignants, bénévoles et autorités présentes au rendez-vous de Dèkoungbé. L’évènement se veut ainsi un moment d’assurance, de pédagogie, d’information, de rappel à la solidarité et à l’action pour sauver des vies et vaincre la fatalité du cancer du sein.


































































