Célébration des Vodun Days 2026 : Mairie d’Allada : 2 millions FCFA sous zone grise, une gestion qui interroge

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Derrière les célébrations des Vodun Days du 10 janvier 2026 à Allada dans le département de l’Atlantique, une ligne budgétaire de deux millions (2 000 000) FCFA destinée aux dignitaires des cultes endogènes soulève aujourd’hui plus de questions que de certitudes. Au cœur des interrogations, la traçabilité des fonds, l’identité des bénéficiaires réels et la régularité de la procédure de dépense. Si le dispositif légal est pourtant clair, l’exécution, elle, reste otage d’une zone floue. Tout part d’un arrêté communal en date du 23 décembre 2025, portant création d’un comité communal des dignitaires de cultes endogènes, chargé notamment de l’organisation des Vodun Days. Le texte précise sans ambiguïté que le fonctionnement du comité est imputé au budget communal. Mais sur le terrain, la mécanique financière semble avoir suivi un autre chemin. Selon les investigations du département enquête et investigation (DEI) du Groupe de presse Le Potentiel, une structure tierce, inscrite dans le répertoire des prestataires de la mairie, a été sollicitée dans le cadre de l’organisation de l’événement. Une option que le Secrétaire exécutif (SE) de la mairie d’Allada assume, évoquant une procédure conforme aux règles applicables aux marchés publics en dessous des seuils de dispense.

Zéro mandat, mais des dépenses engagées, le Dei tourné en bourrique

L’élément le plus troublant réside ailleurs. Le Se de la mairie d’Allada a été saisi par le Dei de Le Potentiel sur le sujet dans le cadre d’une démarche contradictoire. Dans sa réponse écrite en date du 18 février 2026, le Secrétaire exécutif affirme qu’« aucun mandat n’a été émis à ce jour », tout en indiquant que l’activité a été réalisée et qu’un rapport a été déposé le 30 janvier 2026. Dès lors, une question s’impose :
comment une activité financée sur fonds publics a-t-elle pu être exécutée sans ordonnancement formel de la dépense ? Deux hypothèses émergent : soit les prestations ont été préfinancées par le prestataire, dans l’attente d’un paiement ultérieur ; soit les flux financiers ont emprunté des circuits qui restent, à ce stade, non documentés. Dans les deux cas, l’absence de pièces justificatives accessibles (mandat, contrat détaillé, preuves de paiement ou de service fait…) empêche toute vérification indépendante. Ces hypothèses laissent éclore des réflexions sur l’éventualité d’une gestion peu orthodoxe malgré la démarche contradictoire engagée par le Dei. En effet, dans le cadre du principe du contradictoire, le DEI a adressé une correspondance officielle au Secrétaire exécutif le 12 février 2026, accompagnée d’une série de questions précises visant à éclairer la base juridique des opérations, le choix du prestataire et la destination effective des fonds. Le Dei a également sollicité la communication de documents administratifs essentiels dont entre autres des pièces d’ordonnancement, des justificatifs de dépenses, des contrats ou rapports d’exécution, etc. En réponse, le Se d’Allada a privilégié une invitation à une séance d’échange physique, sans transmission immédiate des documents demandés. Une option que le journal a déclinée, rappelant que le droit d’accès aux documents publics s’exerce sans condition de présence physique préalable, conformément au cadre légal en vigueur. A ce jour, les pièces probatoires permettant d’établir la régularité de la dépense n’ont pas été produites.

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Dignitaires divisés, bénéficiaires introuvables, le recours au prestataire en question

Au-delà des aspects techniques, le fond du dossier révèle un malaise plus profond. Selon plusieurs sources concordantes, tous les regroupements de dignitaires Vodun n’auraient pas bénéficié de l’appui financier annoncé. Des frustrations ont été exprimées, certains acteurs affirmant ne pas avoir perçu leur part, sans qu’il soit possible d’identifier clairement les bénéficiaires finaux des fonds publics mobilisés. Une personnalité locale, proche du dossier, dénonce « une gestion peu transparente et difficilement traçable » des ressources allouées à l’événement. Par ailleurs, le recours à un prestataire pour organiser un événement public n’est pas en soi irrégulier. Plusieurs responsables administratifs interrogés indiquent même qu’il s’agit d’une pratique courante dans la gestion des dépenses communales. Mais dans le cas d’Allada, des zones d’ombre persistent, le lien exact entre le comité des dignitaires et le prestataire reste flou ; la structure, les coûts et la ventilation des 2 millions FCFA ne sont pas établies ; l’impact des charges fiscales et des marges du prestataire sur l’enveloppe initiale n’est pas documenté. En clair, une interrogation centrale demeure, les 2 millions FCFA ont-ils intégralement servi à l’objet initialement prévu ?

Une affaire qui appelle des clarifications

A ce stade, aucune conclusion définitive ne peut être tirée quant à l’existence d’irrégularités formelles. Mais l’accumulation de zones grises, l’absence de documents et les réserves apparentes dans les déclarations administratives appellent à une clarification approfondie. Dans un contexte où la gestion des ressources publiques est soumise à des exigences accrues de transparence, le silence documentaire ne peut tenir lieu de preuve de régularité. Face aux interrogations soulevées, une démarche d’audit externe apparaît comme une suite logique. A la suite du travail initié par le Département Enquête et Investigation (DEI) du Groupe de presse Le Potentiel, l’Inspection générale des finances (IGF) doit se saisir du dossier, afin d’établir la traçabilité complète des fonds engagés ; de vérifier la conformité de la procédure de dépense ; et faire toute la lumière sur l’utilisation effective des ressources publiques mobilisées pour les Vodun Days 2026 à Allada. Car au-delà de cette affaire, c’est une exigence fondamentale qui est en jeu, celle de la redevabilité dans la gestion des deniers publics.

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