Architecture de gouvernance sous le Président Wadagni : Ministres conseillers et conseillers spéciaux : l’utilité des nominations divise

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A peine installé à la tête de l’État, le Président de la République, Romuald Wadagni a procédé à la formation de son gouvernement puis à la nomination de plusieurs collaborateurs appelés à l’accompagner dans la conduite de l’action publique. Dans le respect strict des prérogatives que lui confère la constitution, le successeur de Patrice Talon exerce ainsi son pouvoir. La démarche est d’ailleurs classique dans toute nouvelle administration soucieuse de s’entourer de compétences et d’expériences diverses. Si les premiers pas du Président notamment ses premières décisions sociales, le collectif budgétaire et l’activation d’une diplomatie offensive avec des gains tangibles sont applaudis à l’unanimité, le flanc des nominations alimente un débat curieux de citoyen. Ce débat, lui, est loin de faire l’unanimité. En effet, au-delà de l’enthousiasme qui accompagne toujours les débuts d’un nouveau mandat, une question commence à émerger dans l’opinion publique. Celle de la cohérence globale de l’architecture institutionnelle mise en place autour du Chef de l’État. Le débat ne porte pas tant sur les personnes que sur les fonctions. Dans plusieurs secteurs stratégiques, le dispositif institutionnel semble désormais reposer sur une superposition de responsabilités. Du moins, à la lecture primaire faite par les voix critiques, cela a tout l’air d’une superposition voire un chevauchement des compétences. Deux pans sont mis en vedette : la question des ministres conseillers et celle des conseillers ayant l’oreille discrète du Président la de la République. Dans le cœur du débat, l’appel se fait insistant. Le Président de la République, Romuald Wadagni est expressément appelé à abroger le décret portant nomination des ministres conseillers rattachés à la Présidence de la République. Sous Patrice Talon déjà, la question des ministres conseillers faisait l’objet d’un débat clivant mêlant impératif d’une rationalisation de l’appareil d’État, la maîtrise des dépenses publiques, la réduction des charges de l’État et une bataille juridique. Et, tel un serpent de mer, la question semble resurgir sous une autre forme depuis quelques jours sous le magister Wadagni. Quelques faits factuels sont mis en avant pour légitimer ce débat. Dans le domaine de la défense, par exemple, le Bénin dispose d’un ministre délégué à la défense nationale auprès du Président de la République. Romuald Wadagni a aussi nommé l’ancien directeur de cabinet militaire, le Général d’armées, Bertin Bada au poste de conseiller aux questions sécuritaires et à la défense. Dans le même temps, dans le collège des ministres conseillers, il y a un ministre conseiller à la défense. La même observation est faite dans le secteur de l’éducation où plusieurs ministres sectoriels coexistent avec des conseillers spécialisés et des ministres conseillers. L’ancien ministre Salimane Karimou est nommé conseiller sur les questions de l’éducation. Dans le même temps, et alors que chaque ordre de l’enseignement a déjà son ministre régalien de tutelle, le pays dispose encore d’un ministre conseiller à l’éducation. L’agriculture n’échappe pas davantage à cette interrogation. Là encore, des compétences techniques reconnues ont été mobilisées à travers différents niveaux de responsabilité. Gaston Dossouhoui, ancien ministre de l’agriculture avec un palmarès riche occupe déjà un poste de conseiller du Président de la République même si c’est dans un autre domaine d’action. Outre le ministre titulaire, un ministre conseiller à l’agriculture a aussi été nommé. Naturellement, personne ne contestera la nécessité pour le Président de la République de s’entourer des meilleurs profils. La question est plutôt de savoir si certaines fonctions ne produisent pas, dans la pratique, des chevauchements de missions qui pourraient être évités. « Je ne suis pas contre les nominations. Le Président a besoin de compétences autour de lui. Mais lorsqu’il y a déjà un ministre, un conseiller technique et parfois un conseiller spécial dans un domaine, beaucoup de citoyens ont du mal à comprendre ce qu’apporte concrètement un ministre conseiller supplémentaire », estime Cyrille A. citoyen à Abomey-Calavi.

 

L’exigence d’un État sobre

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Depuis plusieurs années, les citoyens béninois sont de plus en plus attentifs à l’utilisation des ressources publiques. Cette exigence n’est pas dirigée contre les institutions. Elle traduit plutôt une attente. Celle d’un État efficace, lisible et sobre. Dans ce contexte, toute structure dont la valeur ajoutée n’apparaît pas clairement aux yeux du public est naturellement interrogée. Le débat autour des ministres conseillers s’inscrit dans cette logique. Leur création répondait à un contexte politique et institutionnel précis. Aujourd’hui, avec l’installation d’un nouveau pouvoir et l’ouverture d’une phase davantage orientée vers la gouvernance, le développement et la performance économique, certains observateurs estiment qu’une réflexion pourrait être engagée sur l’opportunité de maintenir simultanément plusieurs niveaux de conseillers dans les mêmes secteurs. Pour Clarisse H., commerçante à Cotonou, le débat est avant tout budgétaire. « Chaque année, on nous explique que les ressources de l’État doivent être utilisées avec rigueur. Si deux structures font pratiquement le même travail, pourquoi ne pas en garder une seule et utiliser les économies réalisées pour d’autres priorités ? », s’interroge-t-elle. Cette lecture renvoie aux perspectives d’une économie budgétaire. Chaque poste de haut niveau mobilise des ressources, rémunérations, avantages, moyens logistiques, personnel d’appui, véhicules, fonctionnement. Pris individuellement, ces coûts peuvent sembler modestes à l’échelle du budget national. Mais cumulés, ils représentent des montants non négligeables dans un contexte où les besoins d’investissement restent considérables dans les secteurs sociaux, les infrastructures et l’emploi des jeunes. Dès lors, deux options apparaissent. La première consisterait à maintenir les ministres conseillers tout en réduisant les fonctions consultatives parallèles dans les mêmes domaines. Plus clairement, soit on maintient les postes de conseillers et on supprime les postes de ministres conseillers ou vice-versa. La seconde reviendrait à conserver les conseillers techniques et stratégiques déjà rattachés à la Présidence tout en réexaminant l’utilité des postes de ministres conseillers. Igor D., entrepreneur dans le sécateur agricole interrogé reprend bien cette proposition : « Dans l’agriculture par exemple, il existe déjà un ministère avec toute son administration. Si d’anciens ministres sont également mobilisés comme conseillers du Chef de l’État, la question que se posent les citoyens est simple est de savoir, où commence la mission de l’un et où s’arrête celle de l’autre ? ». Une question qui revient largement des discussions ces dernières heures même si d’autres sont plus nuances. Pour Marcelin K., fonctionnaire à la retraite, le débat mérite d’être posé sans passion. « Peut-être que les ministres conseillers ont une réelle utilité que le public ne perçoit pas toujours. Mais dans ce cas, il faudrait mieux expliquer leurs missions et leurs résultats. Dans le cas contraire, le Président gagnerait en popularité en simplifiant davantage l’organisation de son équipe. », a-t-il dit. Dans les deux cas, l’objectif ne serait pas de fragiliser l’action gouvernementale mais de rechercher une meilleure lisibilité institutionnelle et une plus grande efficacité budgétaire.

Un signal fort attendu

Le Président Romuald Wadagni a bâti une grande partie de son image publique sur la rigueur, la performance et la bonne gestion des ressources. C’est précisément pour cette raison que le débat mérite d’être posé sereinement. Une éventuelle rationalisation de certaines fonctions serait perçue non comme une remise en cause des personnes concernées mais comme la poursuite logique d’une culture de gestion fondée sur l’efficacité et l’optimisation des dépenses publiques. Dans une période où chaque franc économisé peut être réorienté vers des priorités de développement, la recherche d’un appareil d’État plus léger pourrait constituer un signal fort. Non pas celui d’une réduction de l’ambition publique, mais celui d’une administration davantage concentrée sur les résultats que sur la multiplication des structures. Dans un contexte de trêve politique, quelle est l’utilité réelle et quelle serait la plus-value des ministres conseillers. Et les béninois peinent à s’accorder sur cette architecture de l’appareil de gouvernance lancé par le Président de la République, Romuald Wadagni. Peut-être qu’un effort supplémentaire d’explication mérite d’être fait pour dissiper les doutes sur la pertinence de ce modèle.

B.K.S..

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