Au Haut-commissariat à la prévention de la corruption (HCPC), les interrogations se déclinent au fil de l’eau dans le dossier qu’il convient de nommer « cumul de statut et de rétribution de stagiaire et de salariée recrutée en CDD ». Le 23 janvier 2026, à peine notifiée de son recrutement, la nouvelle Chargée de Mission et des affaires juridiques voyait déjà son premier salaire calculé par l’Agence Comptable du HCPC. Depuis fin janvier 2026, le département Enquêtes et Investigations (Dei) du Groupe de presse Le Potentiel s’intéresse au fonctionnement interne du Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC). Un premier article issu du travail d’investigation et publié le vendredi dernier a permis d’informer le lectorat qu’une élève-avocate, Mahuwetin Sylvie Batakou, avait signé, le même 19 janvier 2026, deux engagements distincts avec le HCPC. D’un côté une convention de stage PPI, conclue avec l’École des Avocats de la région Rhône-Alpes (EDARA) et le HCPC comme structure d’accueil, prévoyant un stage « à plein temps » du 19 janvier au 3 juillet 2026, gratifié d’environ 693 euros par mois selon la grille française applicable ; et, en parallèle, un contrat de travail à durée déterminée (CDD) de six mois, du 19 janvier au 18 juillet 2026, la recrutant comme « Chargée de Mission et des Affaires Juridiques » pour une rémunération nette de 700 000 F CFA par mois. Les tâches confiées dans le cadre du stage (analyse de textes juridiques, rédaction d’avis juridiques, examen de plaintes, appui aux services de l’institution) recoupent largement celles du CDD, alors même que la convention de stage précise expressément qu’un stage PPI « n’a pas pour finalité de remplacer un salarié ». C’est ce flou entretenu autour du statut réel de dame Batakou (stagiaire gratifiée en euros d’un côté, salariée grassement rémunérée en F CFA de l’autre, au sein de la même institution et sur la même période) qui a conduit le Dei à engager une démarche contradictoire auprès du Haut-Commissaire Jacques Acheffon Migan, restée à ce jour sans réponse.

De nouveaux éléments à interrogations !
Dans ce dossier déjà englué dans une série de questionnements, tant les faits laissent perplexes, de nouveaux éléments donnent encore plus de fil à retordre. Dans le processus d’examen de matière mobilisée sur cette affaire, le Dei a porté une attention particulière à deux nouveaux documents. Il s’agit de la lettre de transmission du contrat de travail de dame Batakou et la note de l’Agence Comptable préparant le paiement de son premier salaire, quatre (04) jours seulement après la signature de son contrat.
Un agenda chargé sur des chapeaux de roues et un salaire préparé
Le 23 janvier 2026, quatre (04) jours après la signature du contrat de travail à durée déterminée (CDD), le Haut-Commissaire Jacques Acheffon Migan adresse à Mahuwetin Sylvie Batakou, une lettre référencée 006-2026/HCPC/SG/C-SEFSE, « Transmission de contrat de travail et information ». Le courrier lui transmet trois exemplaires de son contrat pour signature, à retourner au siège du HCPC dans les trois jours ouvrables, et la convie, dans la foulée, à une séance de travail organisée le mardi 27 janvier 2026 à 10h avec les principales organisations de la société civile béninoise actives dans la lutte contre la corruption. Dans la foulée de la signature et de la notification du contrat de travail, la nouvelle Chargée de Mission et des Affaires Juridiques, (également stagiaire à plein temps au même moment, selon les documents déjà révélés par notre rédaction) se voit donc associée à une rencontre institutionnelle de premier plan. En parallèle, la HCPC s’apprête à ouvrir ses bourses pour sa nouvelle collaboratrice. Le même 23 janvier 2026, l’Agent Comptable du HCPC, sous la signature de M. Dossa H. Sokénou, adresse au Haut-Commissaire une note « Etat de paiement des salaires de chargée de mission et des affaires juridiques ». Le document, consulté par le Dei de Le Potentiel, indique une date de prise de service au 19 janvier 2026, un décompte de 13 jours courant jusqu’à la fin du mois de janvier, un salaire brut de 348.791 F CFA et un salaire net de 293.549 F CFA, soit, une fois les charges décomptées. Il s’agit d’une somme proche du prorata mathématique d’une rémunération mensuelle nette de 700.000 F CFA. Quatre (04) jours à peine après la signature de son contrat, et alors que le mois de janvier n’était pas achevé, le dossier de paie de la nouvelle recrue était donc déjà entièrement chiffré et soumis à la signature du Haut-Commissaire.
En marge de ce même document figurent quelques annotations manuscrites, portées par le Secrétaire général puis par le Haut-Commissaire lui-même, qui évoquent une signature manquante et une « équation non résolue », signe que ce dossier de paie, aussi vite préparé, n’a pas été validé sans discussion en interne. Rien, à ce stade, n’indique que ce salaire ait été effectivement versé. Qu’est-ce qui presse autant dans le traitement salarial d’une employée déjà en cumul de statut ? Qui avait déjà évalué le rendement entre le 19 et le 23 voire le 25 janvier pour que des fiches de paie soient déjà établies incluant la nouvelle collaboratrice ? Si les pratiques administratives suivent leur logique, celle-ci concernant une collaboration dont l’intégration au HCPC pose une tonne de questions, mérite attention.
Retour sur un dossier déjà lourd de zones d’ombre
Ce nouvel élément vient s’ajouter à un dossier déjà solidement documenté par notre première publication. Pour mémoire, les faits sont têtus. Le 19 janvier 2026, dame Mahuwetin Sylvie Batakou signe, le même jour, une convention de stage PPI à plein temps avec l’EDARA et le HCPC comme structure d’accueil, courant jusqu’au 3 juillet 2026, et un contrat de travail à durée déterminée de six mois avec le HCPC, courant jusqu’au 18 juillet 2026. Le premier document la présente comme stagiaire gratifiée à hauteur d’environ 693 euros par mois ; le second comme salariée à temps plein, recrutée comme Chargée de Mission et des Affaires Juridiques pour 700.000 F CFA nets mensuels. Les activités confiées au titre du stage ( analyse de textes juridiques, rédaction d’avis et recommandations, examen de plaintes et dénonciations, appui juridique aux services de l’institution, collecte d’informations destinées aux autorités judiciaires ) recoupent largement celles du CDD, alors que la convention de stage interdit expressément que le stage serve à remplacer un salarié. Le contrat de travail précise en outre que la travailleuse exercera une partie de ses missions en télétravail, sur la base d’une note de service du Haut-Commissaire datée du 24 décembre 2025, dont aucune disposition ne fait référence à un cadre légal précis ni à un caractère temporaire ou exceptionnel. Face à ce chevauchement de statuts et de rémunérations, le Coordonnateur du Département Enquêtes et Investigations a adressé, le 18 août 2026, une correspondance détaillée au Haut-Commissaire à la Prévention de la Corruption, Maître Jacques Migan, dont l’administration a accusé réception le jour même. Le Potentiel détient d’ailleurs une copie de cette décharge. Ce courrier, conforme au principe du contradictoire qui gouverne le journalisme d’investigation, sollicitait dans un délai réglementaire, des éclaircissements précis sur la simultanéité des deux contrats, l’organisation des horaires et des missions respectives, le fondement légal du télétravail accordé à l’intéressée, les justificatifs de présence, les preuves de l’exécution effective des missions rémunérées, le détail des paiements mensuels de 700.000 F CFA, son affiliation à la CNSS, ainsi que les conditions de son recrutement. Au moment où nous mettons sous presse ce deuxième article, malgré la gravité des questions soulevées et malgré l’obligation de transparence qui s’impose à une institution chargée de la prévention de la corruption, le Haut-Commissaire Jacques Acheffon Migan n’a, apporté aucune réponse, même partielle, au Dei. Le Potentiel reste ouvert à publier tout élément de réponse ou de clarification que le Haut-Commissariat souhaiterait communiquer, dans le respect du contradictoire et de la présomption d’innocence.
Audit et contrôle, la thérapie à appliquer au HCPC
Ce que nos deux premiers articles mettent en évidence, ce n’est pas seulement un cumul contractuel contestable. C’est aussi une institution où le dossier administratif et financier d’une seule et même recrue s’est bouclé en un temps record avec des éléments d’analyse qui, de bon de droit, laissent croire à un règne de l’opacité et du flou. Face à l’évidence des faits, un audit et un contrôle s’imposent plus que jamais. Le Président de la République, Romuald Wadagni, devrait ainsi dépêcher sans délai le Bureau d’Analyse et d’Investigation (BAI) et l’Inspection Générale des Finances (IGF) au Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption, pour vérifier, pièces à l’appui, que tout est en règle dans la gestion administrative et financière de cette institution. C’est vital. L’État n’aura pas d’excuse s’il s’avère demain, qu’une gestion scabreuse, a mis en panne le HCPC, institution pourtant pensée pour être là conseillère des autres en matière de bonne gouvernance des affaires publiques. À suivre…



















































