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Atacora-Donga : faire du pôle territorial un véritable moteur de développement

Atacora-Donga : faire du pôle territorial un véritable moteur de développement

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📍Une opinion de Julien Pierre AKPAKI, ancien DG/ ORTB, ancien SG/ HAAC et natif de la DONGA

Il y a des réformes que l’on accueille avec intérêt parce qu’elles touchent à la manière dont nous imaginons l’avenir de notre pays. La création des pôles de développement territorial est de celles-là.

En tant que natif de la Donga, je regarde particulièrement avec attention la création du pôle Atacora-Donga. Je veux y voir davantage qu’un simple découpage administratif ou une nouvelle organisation de l’action publique. J’y vois une occasion historique de transformer les immenses potentialités de notre territoire en emplois, en revenus et en meilleures conditions de vie pour nos populations.

La réforme initiée par le Président Romuald WADAGNI prévoit six pôles territoriaux et fait du développement des territoires une nouvelle étape de l’action publique. L’ambition affichée est de mieux exploiter les atouts propres à chaque territoire, de créer des emplois locaux et de faire davantage bénéficier les populations des richesses produites sur place. Chaque pôle doit notamment s’appuyer sur l’industrie, le tourisme, l’innovation et une composante correspondant à ses avantages spécifiques. C’est précisément cette logique qui peut donner tout son sens au pôle

 Atacora-Donga.

Un territoire qui ne demande qu’à révéler son potentiel

L’Atacora et la Donga ne sont pas des territoires pauvres en ressources ou en talents. Ils sont riches de leurs terres, de leurs paysages, de leurs cultures, de leurs savoir-faire et surtout de leurs hommes et de leurs femmes.

L’Atacora possède un patrimoine touristique exceptionnel : les Tata Somba, les paysages montagneux, les cascades, les sites culturels et les espaces naturels constituent déjà une base solide pour construire une véritable économie touristique. Les documents officiels présentent également l’agriculture comme une activité majeure du département, avec notamment le sorgho et le riz.

La Donga, quant à elle, dispose d’un important potentiel agricole et agroalimentaire, auquel s’ajoutent son patrimoine culturel, ses savoir-faire artisanaux et sa position de carrefour entre plusieurs espaces économiques du pays.

La question n’est donc plus seulement de savoir si notre territoire possède des atouts.

La vraie question est de savoir comment les organiser pour qu’ils produisent davantage de valeur au bénéfice de ceux qui y vivent.

C’est là que le concept de pôle territorial prend tout son intérêt.

Passer d’une économie de production à une économie de transformation

Pendant longtemps, nos territoires ont principalement produit des matières premières qui étaient ensuite transformées ailleurs.

Il faut désormais franchir une étape supplémentaire.

Pourquoi continuer à produire sans transformer suffisamment sur place ?

Pourquoi nos agriculteurs devraient-ils être principalement rémunérés pour leur production brute alors que la plus grande valeur économique est souvent créée au stade de la transformation, du conditionnement, du stockage et de la commercialisation ?

Le pôle Atacora-Donga devrait donc devenir un véritable pôle agro-industriel du Nord-Ouest du Bénin.

Il pourrait s’appuyer sur des filières clairement identifiées : riz, maïs, sorgho, igname, manioc, soja, karité, anacarde, maraîchage, élevage et produits forestiers non ligneux, selon les avantages comparatifs de chaque zone.

Il ne s’agit pas de multiplier les petites unités sans cohérence. Il faut identifier quelques filières prioritaires, installer des unités de transformation compétitives, développer les infrastructures de stockage et organiser les producteurs afin qu’ils puissent accéder durablement à ces marchés.

Des initiatives publiques existent déjà dans le domaine agricole dans l’Atacora et la Donga, notamment en matière d’aménagements hydroagricoles et de pistes rurales. Le défi du pôle sera désormais de connecter ces investissements à une véritable stratégie industrielle et commerciale.

Faire du tourisme une véritable industrie locale

Le tourisme doit être l’autre grande locomotive du pôle.

Nous avons parfois tendance à considérer le tourisme comme la simple mise en valeur de quelques sites. C’est une vision trop limitée.

Le tourisme, c’est une chaîne de valeur : hébergement, restauration, transport, artisanat, agriculture, culture, guides, événements, commerce et services numériques.

Imagine-t-on ce que représenterait une véritable route touristique Atacora-Donga, reliant les grands sites naturels, historiques et culturels, avec des circuits structurés, des guides formés, des hébergements adaptés et une promotion numérique moderne ?

Imagine-t-on des villages touristiques où l’artisanat local, la gastronomie, les danses, les récits, l’architecture et les savoir-faire deviennent des sources de revenus pour les communautés ?

Les Tata Somba, les paysages de l’Atacora, les cascades, les sites culturels, les traditions équestres et les nombreux patrimoines moins connus pourraient être intégrés dans une offre cohérente. Le potentiel existe déjà ; il faut désormais le transformer en véritable économie touristique.

Donga-Atacora : une identité, plusieurs complémentarités

L’intérêt du pôle est aussi de permettre aux deux départements de ne plus penser leur développement séparément.

La complémentarité doit devenir notre force.

L’Atacora peut notamment s’appuyer sur sa forte identité touristique, culturelle et agricole. La Donga peut davantage jouer sur son potentiel agricole, commercial, logistique, artisanal et sur ses capacités de transformation.

Djougou, Natitingou, Bassila, Ouaké, Copargo, Boukoumbé, Tanguiéta, Kouandé, Kérou, Toucountouna, Cobly, Matéri et les autres communes doivent pouvoir trouver leur place dans cette vision d’ensemble.

Un pôle territorial réussi ne doit pas créer une nouvelle centralisation autour d’une seule ville. Il doit au contraire organiser la complémentarité entre les communes.

Quelques conditions pour réussir

À mon sens, plusieurs conditions sont indispensables.

Premièrement : définir rapidement une feuille de route Atacora-Donga.

Il faut identifier une dizaine de projets structurants, avec des responsables, des financements, des échéances et des indicateurs de résultats. Nous devons pouvoir dire, dans cinq ans : voici ce qui a été réalisé, voici les emplois créés, voici les investissements mobilisés et voici l’augmentation des revenus des populations.

Deuxièmement : créer un véritable pacte avec le secteur privé.

L’État ne peut pas tout faire. Il doit construire les infrastructures, sécuriser le cadre de l’investissement, former les ressources humaines et faciliter l’accès au financement. Mais les entrepreneurs doivent être au cœur de la transformation économique du territoire.

Troisièmement : donner la priorité à la transformation locale.

Chaque grande filière doit avoir son écosystème : production, stockage, transformation, emballage, transport et commercialisation.

Quatrièmement : faire de la formation professionnelle une priorité absolue.

Il faut former nos jeunes aux métiers dont le pôle aura besoin : agro-industrie, maintenance industrielle, énergie solaire, numérique, tourisme, hôtellerie, restauration, artisanat, logistique, élevage moderne et transformation agricole.

La jeunesse ne doit pas être uniquement considérée comme bénéficiaire du développement. Elle doit en être l’un des principaux acteurs.

Cinquièmement : créer un fonds d’investissement territorial.

Un mécanisme dédié pourrait faciliter l’accès au financement des PME et entrepreneurs de l’Atacora-Donga, notamment pour les projets de transformation agricole, de tourisme, d’artisanat et de services.

Sixièmement : faire de la diaspora un partenaire du développement.

Les fils et filles de l’Atacora-Donga installés à Cotonou ou à l’étranger disposent de capitaux, de compétences, de réseaux et d’expériences. Il faut leur offrir un cadre permettant d’investir dans leur territoire d’origine, avec transparence et accompagnement.

Septièmement : mesurer les résultats.

Le succès du pôle ne doit pas être mesuré au nombre de cérémonies organisées ou de projets annoncés.

Il doit être mesuré par des indicateurs simples : combien d’emplois créés ? Combien de jeunes formés et insérés ? Combien d’entreprises nouvelles ? Combien de tonnes transformées localement ? Combien de touristes accueillis ? Combien de revenus supplémentaires pour les producteurs ? Combien d’investissements privés mobilisés ?

Un nouveau contrat territorial

La réforme des pôles territoriaux intervient avec une ambition affichée de rapprocher davantage l’action publique des réalités locales. Le Président de la République a notamment demandé aux cadres et fonctionnaires originaires des différentes régions de s’investir davantage dans le développement de leurs localités d’origine.

C’est une orientation qu’il faut prendre au sérieux.

Mais un pôle territorial ne réussira pas uniquement grâce à l’administration.

Il réussira si l’État, les collectivités locales, les entreprises, les producteurs, les jeunes, les femmes, les artisans, les universitaires, la diaspora et les communautés locales construisent ensemble une même vision du territoire.

Pour nous, fils et filles de l’Atacora-Donga, l’enjeu est donc considérable.

Nous ne devons pas seulement demander que notre région bénéficie du développement national.

Nous devons construire les conditions pour que notre région devienne elle-même un moteur du développement national.

L’Atacora-Donga possède les montagnes, les terres, l’eau, les cultures, les savoir-faire, le patrimoine et les hommes.

Il faut désormais transformer ces richesses en valeur, en emplois, en entreprises et en dignité économique pour nos populations.

Le pôle Atacora-Donga peut être une formidable opportunité.

À nous, collectivement, d’en faire une réalité.

Parce que le véritable succès d’un pôle territorial ne sera pas d’exister sur une carte.

Il sera de changer concrètement la vie de ceux qui y vivent.

Julien Pierre AKPAKI

Ancien DG/ ORTB

Ancien SG/ HAAC

Natif de la DONGA

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