Législatives 2023|Élections inclusives : Talon tranche le débat, l’opposition, un défi

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• UP, BR, la crainte d’une adversité du Prd, Moele-Benin, Les Démocrates, Fcbe…,

• 10%, le piège qui guette les partis amuseurs de galerie

Bientôt les députés de la huitième législature plieront bagage du Palais des gouverneurs à Porto-Novo. Ils feront place à la neuvième législature avec des députés anciens reconduits et/ou nouveaux élus. Trois (3) ans, c’est la durée de cette neuvième législature qui sera un parlement de transition. En début d’année, alors que le Président de la Commission électorale nationale autonome (Cena) a saisi la Cour Constitutionnelle aux fins de clarifier certaines dispositions du Code électoral, la haute juridiction a fixé la date tant attendue. Le 8 janvier 2023, les Béninois se rendront aux urnes pour élire les députés de la neuvième législature. Si la polémique autour de la période d’organisation de cette élection a vite été tue, l’inclusion politique est restée le sujet au cœur des débats divers au sein de la classe politique et de l’opinion publique en général. Ici, encore, la plupart des acteurs, à l’exception de quelques-uns dont les propos étaient flous que leur propre ombre ont responsabilisé le patron de l’Exécutif béninois. En clair, à tort ou à raison, l’inclusion politique lors des prochaines élections législatives sera possible, de l’avis de certains acteurs politiques sous le choc des malheureux événements de 2019, grâce à l’action du Président de la République, Patrice Talon.

Tous aux élections, Talon tranche le débat

Pour les élections législatives du 8 janvier 2023, il ne devrait plus avoir de place à la rengaine habituelle : élections exclusives. Ce vocabulaire réactivé à satiété lors des trois derniers processus électoraux surtout au sein des partis politiques de l’opposition devrait donc être caduc. En effet, selon nos sources, le Président de la République Patrice Talon a affirmé ces derniers jours son intention de voir tous les partis politiques régulièrement enregistrés participer aux prochaines élections législatives du 8 janvier 2023. « La décision a été prise. Toutes les formations politiques vont y participer.» nous a lancé un proche du cercle de pouvoir qui fait référence à une récente rencontre de haut niveau tenue à huis clos entre le Chef de l’État Patrice Talon et son entourage politique. « Je souhaite que mes compatriotes ne parlent plus d’élections exclusives, mais plutôt d’élections inclusives », a lancé le Président Patrice Talon lors de cette rencontre qu’il a eue avec un groupe ultra filtré des partis politiques qui le soutiennent. Selon les propos du Chef de l’État rapportés par nos sources, il reviendra à chaque formation politique de s’organiser pour avoir une liste de candidats remplissant les critères exigés par les lois. Actuellement, 16 partis politiques sont régulièrement enregistrés au ministère de l’Intérieur conformément à la charte des partis politiques. Avec cette volonté clamée, le patron de l’Exécutif béninois ne veut laisser aucune possibilité à ses détracteurs pour l’accuser. L’ouverture et l’inclusion politique souhaitées devraient donc être garanties. Si cet engagement est honoré, les partis politiques qui ne parviendront pas à participer aux prochaines législatives ne pourront plus trouver de bouc-émissaire. Chaque parti politique est donc face à sa responsabilité.

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UP et BR, enfin l’adversité réelle est là…

À l’issue des élections législatives d’avril 2019 organisées dans un contexte trouble, seuls les partis Union Progressiste (UP) et Bloc Républicain (Br) se sont répartis les sièges à l’Assemblée nationale. Les deux partis politiques sont tous de la mouvance présidentielle. Longtemps, les critiques formulées ont porté sur un défaut de légitimité du parlement en raison de la coloration des partis UP et BR. Mais les prochaines législatives n’offriront pas un tatami pour un match amical entre ces deux partis politiques. UP et BR devront se préparer à faire face, pour une première fois, à une adversité sans concession. D’abord, au sein de la mouvance, l’UP et le BR feront face à la concurrence des deux autres partis alliés de Patrice Talon, que sont Moele-Benin et le Parti du renouveau démocratique (Prd). En 2019, les partis de maître Adrien Houngbedji et de Jacques Ayadji n’avaient pu participer aux élections législatives. Depuis, ces deux partis qui ont résisté aux appels de pied pour se fondre dans les deux grands blocs voudront démontrer ce dont ils sont capables. Ainsi, la bataille de la conquête des sièges au parlement sera rude au sein même de la mouvance entre UP, Br, Moele-Benin et Prd. Au-delà de l’adversité interne à la mouvance, l’UP et le BR vont devoir faire face aux partis politiques de l’opposition comme Les Démocrates de Éric Houndété dont la volubilité n’est plus à démontrer, les Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) de Paul Hounkpè, par ailleurs chef de file de l’opposition. Si l’on prend en compte les potentielles zones d’influence du parti d’opposition Les Démocrates, avec une élection inclusive, l’UP et le BR vont avoir des sueurs froides dans le Nord-Bénin et dans le Centre-Bénin (notamment dans le département des Collines). L’ex-Chef d’État Boni Yayi est le Président d’honneur du parti Les Démocrates. On lui reconnaît une capacité de mobilisation inouïe. Dans un scénario où l’ancien président Boni Yayi prendrait le devant de la campagne électorale en faveur du parti Les Démocrates, les partis UP et BR risquent de subir un déclin politique dans les urnes. C’est donc un véritable test politique pour les partis UP et BR depuis 2019.

Le piège des 10%…

Si tous les partis politiques régulièrement enregistrés peuvent être rassurés de valider leur ticket de participation aux prochaines élections législatives de janvier 2023, une équation reste à résoudre. Il s’agit de celle liée à l’obtention des 10% de suffrages exprimés au plan national pour être éligible à la répartition des sièges à l’Assemblée nationale. Tous seront donc appelés, mais peu seront élus. En effet, selon les dispositions du code électoral, seuls les partis politiques ayant obtenu 10% des suffrages peuvent prétendre à des sièges au parlement. Au cas où aucun des partis en lice n’aurait obtenu les 10%, le code électoral dispose que les 4 premières formations politiques venues en tête à l’issue du scrutin vont se partager les sièges. Ce dernier cas n’est pas à écarter dans un contexte où les partis politiques de l’opposition vont sans doute brandir les arguments de la cherté de la vie et d’autres arguments. Mais la règle reste l’obtention des 10%. Ici, il est évident que tous les partis politiques (les 16 ayant une existence légale) qui voudront prendre part à ces législatives n’auront pas les 10% de suffrages. Cette règle du code électoral va donc exclure de la table de répartition des sièges plusieurs formations politiques. Les partis politiques les plus concernés sont sans doute les partis amuseurs de galerie. Les figurants qui veulent juste participer aux législatives pour la forme se verront tout simplement éjectés par la règle des 10%. Les plus sérieux ayant un poids réel devront eux, se battre pour ratisser large dans plusieurs circonscriptions afin de mobiliser les suffrages. Les partis de la mouvance l’UP et le BR vont se battre pour conserver les positions de pouvoir. Mais l’enjeu est d’avoir une représentation plurielle des partis politiques au parlement. Mais cela ne sera pas un cadeau. Les partis politiques d’opposition devront se battre pour mériter leur présence au parlement. De toute façon, les prochaines élections offrent des enjeux pour la qualité des processus électoraux ainsi que pour la démocratie béninoise. Les partis politiques ont donc une grande responsabilité dans les prochaines législatives. À suivre…

Brivaël Klokpê Sogbovi

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