Phase sportive/ Recrutement des militaires au Bénin: « l’achat » des certificats médicaux tue 5 candidats au moins

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À la conquête d’un métier, d’une profession, d’un gagne-pain mais surtout mus par l’intention de servir la République sous les drapeaux, des milliers de jeunes Béninois ont répondu à l’appel à recrutement des militaires. Dans un contexte marqué par un chômage dévorant et un sous-emploi ruineux des ambitions, ces jeunes, animés par un espoir fou, sont allés puiser au tréfonds de leurs tripes pour pouvoir s’offrir une place dans l’armée. Mais cette détermination s’est révélée fatale pour certains d’entre eux. Ils étaient loin d’imaginer que cette folle envie allait aussi être l’ultime rêve pour eux ici-bas. Et pourtant, ils l’auront appris au prix de leur vie sacrifiée sur le terrain de légitimation d’un mérite avant d’entrer dans le corps de l’armée.

Le week-end écoulé, la mort a frappé. Elle a dicté sa loi et marqué les esprits dans le cadre de l’organisation de la phase sportive des concours de recrutement au profit des forces armées béninoises. La phase sportive est déterminante pour attester de la prédisposition physique des futurs militaires à pouvoir subir la dureté de la formation une fois retenus pour plus tard servir dignement la nation. Les chefs-lieux des 12 départements du pays ont servi de cadres à ces phases sportives. Mais le pis n’était pas loin. Dans plusieurs localités, nos sources bien informées renseignent qu’il y a des décès dans le rang des candidats. Au moins un (1) mort dans le Couffo, deux (2) morts dans l’Atlantique, un (1) mort dans les Collines, un (1) mort dans l’Alibori,… Ces statistiques communiquées à notre rédaction par des sources crédibles pourraient bien s’alourdir dans les heures à venir. Les mêmes sources précisent en effet qu’il y a plusieurs dizaines de personnes essoufflées qui ont dû abandonner trop tôt la course d’endurance dans le cadre de ce recrutement avec des signes de détresse inquiétant. Nul ne sait à l’heure où nous mettons sous presse, s’ils ont repris entièrement les moyens de leur pleine santé.

Certificats médicaux, un marché et un travail bâclé

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C’est presque surréaliste. Le week-end noir par lequel le Bénin est passé avec les décès de candidats lors des phases sportives de ce concours de recrutement des militaires continue de susciter des réflexions. Comment sommes-nous arrivés là ? La réponse à cette question sort d’emblée des tiroirs de graves erreurs médicales. À tout point de vue, les failles dans l’approche retenue pour les visites médicales ont creusé prématurément la tombe à ces bras valides candidats qui auraient pu continuer à vivre et à servir la nation ailleurs autre que dans l’armée. Selon les informations concordantes, des centaines de candidats n’ont réellement pas été examinés avant de se faire délivrer les certificats médicaux. Sans le moindre examen, les certificats de visite médicale ont été donc distribués comme de petits pains à plusieurs candidats. Plusieurs autres sources renseignent que dans bien de cas, les médecins commis à la tâche ont pré signé les certificats médicaux, ce qui a permis, même s’ils sont absents, à leurs collaborateurs de délivrer le précieux document à des candidats. En l’espèce, il a suffi à des candidats de payer les frais de visite médicale et de déposer une pièce d’identité valable pour être assurés d’obtenir un certificat favorable. Il s’agit là d’une grave erreur professionnelle commise par les médecins. Cette délivrance au  »guichet automatique » des certificats médicaux a certainement induit ces cas de décès de candidats. Ces derniers auraient pu être examinés qu’on aurait révélé des signes d’inaptitude à prendre part aux épreuves sportives réputées intenses. On aurait ainsi éviter des décès en cascade le weekend écoulé. Mais tout porte à croire que les médecins ont préféré substituer à la visite médicale, l’achat des certificats médicaux. Cela s’est traduit par le fait que plusieurs candidats n’ont pas été examinés causant des pertes en vies humaines au bout du rouleau. Un autre scénario ahurissant a été la présence de candidats n’ayant pas toutes les facultés physiques sur les lieux des épreuves sportives. Selon nos sources, des candidats porteurs de handicap physique (p.ex. des estropiés) sont venus, certificats médicaux à la main, prendre part aux épreuves avant de se faire éconduire des lieux par les forces de l’ordre. Une preuve supplémentaire du peu de sérieux qui a caractérisé l’étape des visites médicales et justifie l’idée d’un achat des certificats médicaux.

L’État, des pistes pour lutter contre les faux certificats

Les familles des candidats décédés continuent de porter le deuil. La vie, elle va suivre son cours normal. Mais l’État, dans ses fonctions régaliennes, a l’obligation d’asseoir un mécanisme rigoureux pour mettre un terme aux pratiques des médecins signataires de vrais faux certificats médicaux. Dans le milieu de la santé, plusieurs spécialistes s’accordent à dire par exemple que le gouvernement pourrait exiger un carnet de consultation en plus du certificat de visite médicale. Cette exigence va permettre de se rendre compte que plusieurs candidats n’ont pas réellement été examinés. Le carnet de consultation sera le document qui atteste que le candidat a bien subi des examens. Le certificat viendra juste attester des examens subis. Dans ce contexte, l’achat des certificats médicaux serait plus difficile. L’équipe d’investigation de Le Potentiel a, dans ses recoupements d’information, constaté que plusieurs médecins absents pour diverses raisons au cours de la période de dépôt des dossiers, ont quand même signé des certificats médicaux. En clair, il s’est agi des certificats médicaux pré-signés que des candidats sont venus acheter simplement. Par ailleurs, les visites médicales devront se dérouler exclusivement dans les hôpitaux militaires. Des médecins civils pourront être réquisitionnés par l’État pour aller réaliser les visites médicales dans les camps militaires sous surveillance. Ceci permettra de mettre un terme à la tricherie gargantuesque observée cette fois-ci. Mais en attendant, les erreurs professionnelles commises qui ont coûté la vie à moins 5 candidats le week-end écoulé lors de ces épreuves sportives ne doivent pas restées impunies. Des enquêtes devront être diligentées pour sanctionner ceux qui doivent l’être. C’est la seule façon d’honorer la mémoire des victimes et de dissuader d’éventuels médecins candidats à la fraude.

Brivaël Klokpê Sogbovi

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