Élection présidentielle prochaine : Président en 2026, le rêve illusoire de Djogbénou

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En 2024, le débat sur la présidentielle prochaine au Bénin donne des tournis dans les milieux politiques. L’ambition presque légitime des hommes et femmes proches du pouvoir est là. Réussir à se retrouver dans les bonnes grâces de l’actuel occupant du siège présidentiel pour porter l’habit du dauphin naturel dans cette folle course pour la succession.

En 2026, le Président Patrice Talon va céder le pouvoir. Mis out par la Constitution qui met le plafond à deux (2) en ce qui concerne le nombre de mandats présidentiels, Patrice Talon, le chef de la mouvance est attendu pour oindre un des siens, le couvrir de stratégies marketing pour ensuite le replacer dans le fauteuil qu’il devra laisser au Palais de la Marina. Mais la succession d’un Président de la République n’a jamais été chose facile. Et pourtant, un homme se veut être au centre du jeu politique censé ouvrir la voie à une succession. Il s’agit de Joseph Fifamè Djogbénou, avocat personnel du Chef de l’État Patrice Talon, ancien député, ancien ministre de la Justice, ancien président de la Cour constitutionnelle et actuel Président du parti Union Progressiste le renouveau (Up-r).

Il n’est pas impertinent de rappeler ce pédigrée politique du professeur titulaire de Droit qui depuis maintenant 10 ans a basculé en politique après un parcours spectaculaire dans la société civile. Joseph Fifamè Djogbénou est-il fondé à prétendre briguer la Magistrature suprême du Bénin ? Oui. Mais les circonstances et les faits sont-ils en sa faveur ? La réponse à cette question est sujette à réflexion et pourrait même être l’aboutissement d’un rêve présidentiel brisé avant même l’ouverture des jeux. En 2022, alors qu’il était encore président de la Cour constitutionnelle, Joseph Fifamè Djogbénou jette l’éponge.

Une démission surprise qu’il justifie par sa soif pour la reprise de son engagement politique. Dans la foulée, le désormais président honoraire de la Cour constitutionnelle est plébiscité au poste de président du parti Union Progressiste qu’il va agrandir avec une fusion avec le Parti du renouveau démocratique (Prd) avec un nouveau nom : Union Progressiste le renouveau (Up-r).

Désormais à la tête d’un parti devenu une grosse machine politique, Joseph Fifamè Djogbénou se lance dans une tournée nationale. La fièvre des élections législatives étant pesante, l’homme jouit d’une cote de popularité jamais égalée au point même de nourrir, à raison, des brins de jalousie dans la cour de sa propre famille politique. Mais, ce vent de popularité n’a duré que le temps d’un feu de paille. 8 janvier 2023. Le peuple béninois est allé aux urnes pour élire les députés de la 9e législature.

Après l’absence remarquable de 2019, l’opposition est bien présente sur la ligne de départ. À Cotonou, Joseph Fifamè Djogbénou est candidat, tête de liste pour le compte de son parti Up-r. Au soir du scrutin, le peuple électeur a envoyé des signaux rouges au nouveau président du parti Up-r. Dans la douleur, Joseph Fifamè Djogbénou réussit, in extremis, à se faire élire seul sur la liste qu’il conduisait. Aucun autre candidat n’a réussi à passer. La faute à une trop grande popularité des candidats du parti de l’opposition Les Démocrates ayant raflé les sièges.

Cette contre-performance électorale est vue comme une débâcle et analysée comme une ruine des bases de la légitimité politique de Joseph Fifamè Djogbénou. Plus d’un an après ce scrutin, le leader du parti au logo du baobab surplombé par l’arc-en-ciel traîne encore les séquelles de ce score électoral dont aucun de ses militants n’est fier. Le malheur n’arrive jamais seul, dit-on. En ce début d’année 2024, le passif laissé en termes de bilan par l’ancien président de la Cour constitutionnelle le rattrape. Le travail abattu par le professeur de droit Joseph Fifamè Djogbénou à la tête de la Cour constitutionnelle est remis en cause.

Plusieurs lois, notamment celles qui concernent la réforme du système partisan et celles qui régissent les élections sont contestées. Des failles y sont relevées et des recours foisonnent devant la Cour constitutionnelle. Face à l’évidence des arguments relevés par les requérants, la Cour constitutionnelle présidée par le professeur Dorothée Sossa se trouve obligée d’ouvrir des brèches pour demander des corrections à l’Assemblée Nationale. Or, les lois querellées ont toutes été examinées et validées par la Cour constitutionnelle alors présidée par Joseph Fifamè Djogbénou.

Dès lors, le travail abattu par l’éminent professeur de Droit Joseph Fifamè Djogbénou à la tête de cette institution de contrôle de constitutionnalité est sujet à des débats. Les erreurs matérielles sont relevées et discutées par des gens qui a priori, n’ont ni le niveau intellectuel ni la densité de la culture du Droit encore moins le diplôme de docteur pour prétendre au titre d’universitaire. Désormais la science de Joseph Fifamè Djogbénou est remise en cause avec les failles qui crèvent les yeux dans les lois. En politique, ces erreurs matérielles se paient cash même s’il serait facile pour les gens atteints de cécité de dire, pour se défendre, que le droit est comme un océan dans lequel chaque juriste nage dans une portion maîtrisée. Le parcours qui n’est plus sans faute à la Cour constitutionnelle n’est plus de l’ordre de simples erreurs humaines. Ces erreurs sont des taches indélébiles tant elles entravent le jeu politique dans lequel se retrouve une fois encore Joseph Fifamè Djogbénou comme acteur majeur présidentiable.

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Président en 2026 : le rêve illusoire de Djogbénou

Joseph Fifamè Djogbénou a des raisons de croire en ses potentialités intrinsèques pour lorgner le fauteuil du Président Patrice Talon. Mais ce fauteuil se retrouve au bout d’un chemin trop épineux. En dépit du fait qu’il soit le Président du parti Up-r, Joseph Fifamè Djogbénou peine à faire l’unanimité dans le rang de ses camarades politiques.

Le parti compte à lui seul 53 députés issus des dernières élections législatives. En l’état actuel des lois électorales, ce sont les députés qui doivent offrir leurs parrainages aux candidats à l’élection présidentielle. Ici, Joseph Fifamè Djogbénou ne fait pas aussi l’unanimité sur ses intentions de candidature. De l’analyse faite des élections, ressortie de divers échanges dans les milieux politiques, il ressort qu’il y a au moins quatre (4) voire cinq (5) courants antagonistes au sein du club des députés Up-r.

Il y a des députés pro Olivier Boko prêts à mourir pour ce dernier dont la candidature se précise. En pareille, il y a un autre groupe de députés élus pro Johannes Dagnon, cousin et conseiller spécial du Chef de l’État. En outre, il y a des députés pro Romuald Wadagni, ministre d’État en charge des Finances, puis enfin un nombre restreint de députés acquis à la cause de Joseph Fifamè Djogbénou. Des indiscrétions parlent même d’un nombre tellement infime de députés qu’il ne suffirait pas à Joseph Fifamè Djogbénou pour réunir les parrainages exigés pour se présenter à l’élection présidentielle de 2026.

Chez la majorité des députés ”indépendantistes affranchis”, pas question d’évoquer le nom de Joseph Fifamè Djogbénou comme potentiel candidat à l’élection présidentielle. «J’ai la nausée quand je vous écoute parler de lui (Joseph Fifamè Djogbénou, Ndlr) comme notre candidat», a lâché un député au détour d’un déjeuner privé que nous avons eu avec lui il y a quelques jours dans un hôtel huppé de la place. Le poids de ce député au sein du parti Up-r n’est pas à négliger.

Pour Joseph Fifamè Djogbénou, les chances de réussir à remporter des ”primaires” au sein de sa propre formation politique sont ainsi compromises. Dans l’opinion publique, de façon peut-être intuitive, le classement des candidats sérieux à la prochaine élection présidentielle met systématiquement Joseph Fifamè Djogbénou en dernière position. Un agencement banal dans la presse ou même dans les communications ordinaires, mais qui peut être un signe patent d’un déclin de la cote voir un dédain pour Joseph Djogbénou au sein de l’opinion publique.

Le président du parti Up-r demeurera, pour beaucoup, un modèle. Nul ne peut douter de ses qualités. L’homme, comme tous les humains, a aussi ses défauts et traîne ses actifs et ses passifs tout au long de son parcours. Modèle adulé hier avec une cote en chute libre aujourd’hui, Joseph Fifamè Djogbénou voit ses chances s’amenuiser quant à sa volonté de briguer la Magistrature suprême du Bénin. La tendance actuelle envoie trop de signaux rouges au président démissionnaire de la Cour constitutionnelle déjà en mal d’existence chez lui dans le plateau d’Abomey où les noms de Romuald Wadagni et celui de Olivier Boko sont de plus en plus agités.

Si rien ne change, d’ici vingt (20) mois, le poids de la réalité politique du terrain va définitivement ranger dans les placards le rêve présidentiel de Joseph Fifamè Djogbénou. Mais la politique est pleine de surprises. À suivre…

Adrien Atinkpato

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