DIPLOMATIE ET SÉCURITÉ: Avec la DGS, le Bénin veut peser dans les coopérations sécuritaires internationales
La réforme du renseignement béninois a une dimension extérieure dont on prend certainement pas la pleine mesure depuis Cotonou. La Direction Générale des Services est aussi un signal adressé aux partenaires du Bénin dans un contexte régional bouleversé par les ruptures politiques au Sahel et la recomposition des alliances sécuritaires en Afrique de l’Ouest.
La coopération entre services de renseignement obéit à des règles informelles mais d’une rigueur absolue. On partage du renseignement avec ceux en qui on a confiance, et cette confiance se construit sur des bases institutionnelles solides autant que sur des relations personnelles. Un service mal structuré, à la chaîne de commandement floue, aux protocoles de sécurité défaillants, est un partenaire peu fiable. Non par mauvaise volonté, mais parce qu’il ne peut pas garantir que l’information transmise restera dans des mains contrôlées. Dans ce métier, une fuite peut coûter des vies.
La création de la DGS envoie un signal différent. En dotant son renseignement d’une direction générale clairement identifiée, d’une architecture compartimentée et d’une doctrine affichée fondée sur la bonne gouvernance et l’éthique professionnelle, le Bénin se présente en partenaire sérieux, capable d’accueillir des informations sensibles et d’en assurer la protection. Ce n’est pas un détail : c’est souvent la condition première du partage de renseignement dans les coopérations bilatérales et multilatérales.
Dans une Afrique de l’Ouest en recomposition, le pari de la crédibilité

Le contexte régional rend cette démarche d’autant plus urgente. Depuis que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont dénoncé leurs accords de défense avec la France, expulsé les forces spéciales occidentales et se sont engagés dans un rapprochement assumé avec Moscou, la géographie des coopérations sécuritaires en Afrique de l’Ouest a été profondément redessinée. Les pays côtiers (Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Sénégal) sont devenus des pivots indispensables pour les partenaires occidentaux qui cherchent à maintenir une présence et une influence dans une région stratégique.
Cotonou peut jouer un rôle d’interface que peu de capitales de la sous-région sont en mesure d’assurer. Le Bénin entretient des relations diplomatiques et sécuritaires équilibrées avec Paris, Washington, Moscou, Rabat et Abuja. Il n’a pas rompu avec les institutions régionales. Il accueille des formations militaires multinationales et participe aux exercices conjoints de la Cedeao. Il dispose d’une stabilité politique et institutionnelle que ses voisins septentrionaux ont perdue. Dans ce contexte, avoir un service de renseignements crédible n’est pas seulement une affaire de sécurité intérieure : c’est une carte diplomatique.
La DGS devra cependant rapidement faire ses preuves à l’international. Les partenaires étrangers observeront avec attention comment la nouvelle structure gère ses premières crises, comment elle protège ses sources, comment elle coordonne ses analyses avec celles des services alliés. La confiance se gagne sur des résultats, pas sur des organigrammes. Le Capitaine de Vaisseau Hounkanrin et ses équipes savent que la communauté internationale des services les regardera agir avant de décider du niveau de confiance à leur accorder.
Il existe enfin une dimension souvent négligée : la coopération Sud-Sud. Le Bénin entretient des relations sécuritaires croissantes avec le Maroc, qui investit massivement dans les capacités de renseignement de ses partenaires africains, et avec le Nigéria, dont le DSS (Département des services de l’État) est l’un des services les mieux dotés de la région. Ces partenariats sont une ressource. La DGS devra les cultiver avec autant de soin que les coopérations avec les puissances occidentales.
Laura LEKE