Selles liquides: Dr Ahouayito parle des complications de la diarrhée

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Le dossier santé de cette semaine est consacré à la diarrhée, souvent caractérisée par des selles de consistance liquide ou molle, plus volumineuses et nombreuses. Dr Urbain Ahouayito, médecin généraliste en service dans un centre de la place revient ici sur ses complications possibles du mal.

LA DIARRHEE

Docteur Dodji Urbain AHOUAYITO, MD

  • Diplôme d’Université en ‘’Méthodes et Pratiques en Epidémiologie’’ (ISPED/ Université de Bordeaux)
  • Droit et Bioéthique (IRSP- CAQ/ Ouidah Bénin & Chaire UNESCO)

 

  Qu’est-ce que la diarrhée ?

La diarrhée est un problème fréquent. Elle se caractérise par des selles de consistance liquide ou molle, plus volumineuses et nombreuses qu’à l’habitude (plus de 3 selles par jour). Il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’un symptôme de la colite. Sa cause la plus fréquente est l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Elle dure 1 jour ou 2, puis disparaît sans nécessiter de traitement. Elle peut être aigue (diarrhée évoluant depuis 3 à 4 jours) ou chronique.

 Les causes des diarrhées 

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  • Diarrhées aiguës:

L’origine peut être virale, bactérienne, ou, il peut s’agir d’une toxi-infection alimentaires (salmonellose, …) ou encore une colite pseudomembraneuse.

  • Diarrhées chroniques :

C’est des diarrhées de durée supérieure à un mois.

Il est difficile de classifier les différentes causes de diarrhée chronique, d’autant que certaines pathologies relèvent de plusieurs mécanismes.

  • Syndrome de malabsorption
    • Malabsorption pré-entérocytaire : les aliments ne sont pas assez digérés, donc il est difficile pour les entérocytes de les absorber. Dans les causes principales on retrouve les insuffisances pancréatiques exocrines, et la colonisation bactérienne chronique de l’intestin grêle.
    • Malabsorption entérocytaire : ici la paroi digestive, et les entérocytes ne peuvent pas absorber les nutriments, car le tube digestif lui-même est lésé. On retrouve dans les causes la maladie cœliaque, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, le syndrome du grêle court ou le grêle radique, …
    • Malabsorption post-entérocytaire : après que les aliments aient été digérés, puis absorbés dans la paroi du tube digestif, il faut maintenant qu’ils rejoignent les vaisseaux sanguins et lymphatiques pour nourrir l’organisme. Donc dans cette forme de malabsorption, ce sont les vaisseaux qui ne fonctionnent pas. On retrouve donc dans les étiologies des lymphangiectasies primitives (malformation des vaisseaux lymphatiques), ou encore des compressions des vaisseaux par des tumeurs, des ganglions…
  • Diarrhée sans malabsorption (ou appelée hydrique ou encore hydro-électrolytique) :
    • Diarrhée motrice : provoquée par l’accélération du transit intestinal. Elle est souvent indolore et se manifeste le matin et en post-prandial. Elle est de faible gravité ne causant ni déshydratation ni altération de l’état général. Sa cause la plus fréquente est le trouble fonctionnel intestinal, puis l’hyperthyroïdie.
    • Diarrhée osmotique : due à une ingestion de solutés partiellement ou non absorbables, donc qui entraîne un appel osmotique d’eau et d’électrolytes dans l’intestin grêle. Sa cause principale est la prise de laxatifs, et beaucoup plus rarement un déficit en lactase.
    • Diarrhée sécrétoire : entraîne des diarrhées abondantes, ne cédant pas au jeûne. Elles peuvent être dues à des colites microscopiques.
    • Diarrhée voluminogénique : très rare, est causée par une “inondation” dans le tube digestif de sécrétions gastriques.
    • Entéropathie exsudative : il s’agit d’une fuite dans le tube digestif de composants du sang

Complications possibles

La déshydratation et tous les problèmes qu’elle peut engendrer sont les principales complications qui peuvent survenir et qu’il importe de tenter d’éviter.

Par ailleurs, les personnes sous antibiothérapie peuvent voir leur diarrhée s’aggraver si elles contractent une infection à la bactérie Clostridium difficile. Cela se produit le plus souvent en milieu hospitalier. La bactérie C. difficile profite d’un affaiblissement de la flore intestinale pour croître dans les intestins. Elle sécrète 2 toxines (A et B) qui causent une diarrhée importante en accélérant le transit intestinal et en réduisant l’absorption de liquide dans les intestins. Ainsi, une fois un traitement aux antibiotiques terminé, si la diarrhée est grave ou qu’elle persiste, il faut consulter un médecin sans tarder. Jusqu’au tiers des diarrhées associées aux antibiotiques seraient provoquées par cette bactérie : une faible proportion d’entre elles s’aggrave.

Quand consulter?

Consulter un médecin dans les plus brefs délais si l’un ou l’autre des signes suivants se manifestent.

  • Une diarrhée très abondante (plus de 10 selles par jour) qui persiste plus de 48 heures ;
  • Des signes de déshydratation, surtout chez un jeune enfant ou une personne âgée (voir plus bas) ;
  • Une fièvre de 38,5 ºC (101,5 ºF) ou plus ;
  • Du sang dans les selles ;
  • De fortes douleurs abdominales ;
  • Une diarrhée chronique.

Traiter une diarrhée, c’est souvent traiter sa cause

Le traitement d’une diarrhée aiguë comporte toujours des recommandations d’hygiène (lavage des mains, ne pas partager les objets de toilette ni les couverts…), d’hydratation (ingestion de liquides correspondant à la perte de poids corporel, apports salés pour compenser les fuites en sodium, solution de réhydratation orale chez l’enfant et les personnes âgées) mais aussi d’alimentation. L’ingestion de bouillons salés en abondance, des repas légers contenant du riz, des pommes de terre, des pâtes, de la semoule, des légumes cuits, des viandes maigres sont conseillés. Les repas copieux ainsi que le lait et les produits laitiers, de manière générale les aliments riches en fibres comme les fruits non pelés et les crudités sont à éviter.

Un traitement symptomatique de la diarrhée (pansements intestinaux, ralentisseurs du transit et antisécrétoires) et des signes digestifs et généraux (antipyrétiques en cas de fièvre, antispasmodiques, antalgiques, antiémétiques en cas de nausées et/ou vomissements) sont généralement prescrits. A noter, les ralentisseurs du transit sont contre-indiqués en cas de diarrhée hémorragique ou de fièvre élevée.

Néanmoins, le traitement d’une diarrhée est avant tout celle de sa cause. Si celui-ci reste purement symptomatique en cas de gastroentérite virale banale, il sera décidé en fonction des maladies diagnostiquées (maladie chronique inflammatoire de l’intestin, ischémie sévère, etc.), des médicaments ou des pathogènes impliqués, par exemple un antiparasitaire et antibactérien en cas d’amibiase, une antibiothérapie probabiliste en cas d’infection bactérienne, secondairement modifiée selon le résultat de l’antibiogramme. Il n’est pas forcément utile d’éradiquer certaines bactéries (salmonelloses, par exemple). Dans le cas de l’infection par Clostridium difficile, le taux de récidive avoisine les 30 % à l’arrêt du traitement par antibiotiques. Au-delà de deux récidives, la transplantation de microbiote fécal est une possibilité qui a démontré jusqu’à 90 % d’efficacité.

Sources principales

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