Décès maternels: Dr Ahouayito parle des causes et des approches de solutions

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Le décès maternel est un décès qui survient chez une femme au cours de la grossesse, ou dans un délai de 42 jours suivants l’accouchement ou la fin de la grossesse. C’est ce sujet qu’aborde Dr Urbain Ahouayito dans le dossier Santé cette semaine. Il évoque les causes liées à ce genre de décès et énumère des approches de solution.

LES DÉCÈS MATERNELS : CAUSES ET APPROCHES DE SOLUTION

Docteur Dodji Urbain AHOUAYITO, MD.
– Diplôme d’Université en ‘’Méthodes et Pratiques en Épidémiologie’’ (ISPED/ Université de Bordeaux)
– Droit et Bioéthique (IRSP- CAQ/ Ouidah Bénin & Chaire UNESCO)

DÉFINITION / ÉPIDÉMIOLOGIE
Le décès maternel est tout décès survenant chez une femme au cours de la grossesse ou dans un délai de 42 jours suivant l’accouchement ou la fin de la grossesse, quel qu’en soit la durée (à terme ou non) ou la localisation (grossesse utérine ou extra-utérine), pour une cause quelconque déterminée ou aggravée par la grossesse ou les soins qu’elle a motivés, mais ni accident ni fortuite.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le ratio de mortalité maternelle dans les pays en voie de développement est, en 2015, de 239 pour 100 000 naissances, contre 12 pour 100 000 dans les pays développés. On note d’importantes disparités entre les pays, à l’intérieur d’un même pays, entre les populations à faible revenu et à revenu élevé et entre les populations rurales et urbaines.
Le niveau élevé de décès maternels dans certaines régions du monde reflète les inégalités dans l’accès aux services de santé et met en lumière l’écart entre les riches et les pauvres. La quasi-totalité des décès maternels (99%) se produit dans des pays en développement, dont plus de la moitié en Afrique subsaharienne et près d’un tiers en Asie du Sud. Plus de la moitié des décès maternels se produisent dans des régions instables et plongées dans des crises humanitaires.
Le risque de mortalité maternelle est plus élevé chez les adolescentes de moins de 15 ans.
Constatant qu’il est possible d’accélérer le recul de la mortalité maternelle, les pays se sont maintenant fixé une nouvelle cible visant à réduire davantage la mortalité maternelle. Une des cibles du 3e point de l’Objectif de Développement Durable (ODD) est de faire passer le taux mondial de mortalité maternelle en dessous de 70 pour 100 000 naissances vivantes, aucun pays ne devant présenter un taux de mortalité maternelle supérieur à deux fois la moyenne mondiale. Pour ce faire, il faut connaitre les causes ou les facteurs favorisant ces décès maternels.

LES CAUSES/ FACTEURS FAVORISANTS

Les causes médicales

Comme dans les autres pays en développement, les hémorragies abondantes sont la cause directe principale de complications obstétriques. Les autres causes médicales sont les infections, les problèmes d’hypertension, l’obstruction du travail et les complications résultant d’avortements pratiqués dans des conditions risquées. D’autres femmes meurent des suites de conditions médicales qui sont aggravées par la grossesse ou l’accouchement, telles que le paludisme, l’anémie, le VIH et les maladies cardiovasculaires :
– Les hémorragies abondantes : il s’agit des saignements abondants survenus au cours de l’accouchement quelle que soit la cause. Il peut s’agir d’un problème lié à l’accouchement du placenta ou à sa manipulation selon sa position, il peut s’agir de déchirure du périnée lors de l’accouchent, ou de la déchirure du col ou toute structure de l’appareil génital féminin …
– Les infections, qui sont souvent la conséquence d’une mauvaise hygiène pendant l’accouchement, comptent beaucoup, sinon, sont non négligeables pour les décès maternels. D’après l’Organisation mondiale de la Santé, ces infections peuvent être effectivement évitées en accordant une grande attention à ce que l’accouchement se déroule dans des conditions propres.
– L’obstruction du travail, qui survient lorsque le nouveau-né a du mal à traverser la cavité pelvienne, soit en raison de sa position soit en raison de la taille de sa tête, soit en raison du périnée de la femme (surtout chez les femmes plus jeunes chez qui le bassin n’est pas suffisamment développé).
– Les complications par suite d’avortements pratiqués dans des conditions risquées comptent pour un grand nombre de décès maternels aussi.
– L’incapacité à fournir des soins obstétricaux en cas d’urgence est un grand problème dans de nombreuses régions les pays.
– Le paludisme sur grossesse est souvent associé à une anémie (nous allons y revenir), ce qui est un risque accru de paludisme grave, pourvoyeur d’un avortement, une mortinaissance…
– L’infection au VIH sur grossesse rend plus faible l’immunité de la femme, ce qui constitue un nid d’infection et donc, favorable au décès.
– Les maladies cardiovasculaires, surtout l’hypertension sur grossesse, qu’elle soit survenue avant, pendant ou après la grossesse, peut entrainer, si elle n’est pas suivie des crises qu’on appelle ‘’éclampsie’’. Cette éclampsie, bien que l’issu puisse être favorable, peut entrainer aussi le décès de la femme, d’où l’importance de bien suivre sa grossesse jusqu’à l’accouchement.

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Les facteurs économiques et les longues distances limitent l’accès aux soins

Certaines familles, surtout dans les pays en voie de développement ont des moyens financiers limités, ce qui rends difficile leur accès aux soins de santés de base, pour d’autres, la distance à parcourir pour accéder au centre de santé le plus proche laisse à désirer. Ces deux facteurs sont combinés pour d’autres.

Obstacles culturels et sociaux aux soins

D’autres facteurs culturels et sociaux découragent les femmes à se rendre aux centres de soins. Bon nombre d’entre elles disent que les prestataires de soins ne les respectent pas. Certaines femmes se plaignent des mauvaises attitudes des agents de soins. La présence d’infirmiers est aussi déroutante. Certaines femmes disent que c’est inconfortable pour une femme d’être examinée par un homme et, en outre, c’est un tabou culturel pour une femme d’être vue en dessous de la taille par un homme qui n’est pas son mari dans certaines régions. Ces facteurs ralentissent souvent la décision des femmes et plus souvent des hommes à envoyer leurs femmes à l’hôpital pour accoucher.

Que faut-il faire ?

Il faut une grande sensibilisation, surtout dans les campagnes, afin d’expliquer l’importance de faire les consultations pré natales et de bien suivre sa grossesse et surtout, l’importance d’accoucher dans une unité de soins adaptée, par un agent de santé qualifié. La sensibilisation consistera aussi à briser le tabou autour de l’examen clinique d’une femme par un homme.
Une chose aussi importante est la prise de conscience des agents de santé pour un bon accueil et un bon suivi des femmes enceintes et en âge de procréer.
Dans la mesure du possible, la multiplication des centres de santé tenant compte des besoins réels de la population constituera une véritable solution.

Ensemble pour dire NON à la perte de vie en voulant donner la vie

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