Police Républicaine : vente d’uniformes, le commerce dangereux des civils, la loi violée

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Au Bénin, les agents en charge de la sécurité sont confrontés à une situation inconfortable dans l’exercice de leur fonction. Il s’agit de l’image projetée par leurs uniformes qui perdent de leur éclat depuis 2017. En effet, courant l’année 2017, la Police Républicaine a été créée sur les cendres de l’ex-Gendarmerie et de l’ex-Police nationale.

Aux yeux des Béninois, les autorités ont présenté la Police Républicaine comme étant la nouvelle force unique de sécurité intérieure. Elle est née suivant des normes législatives qui définissent sa structuration, ses domaines de compétences, son fonctionnement et les conditions de travail de ses agents. Les normes législatives et dispositions réglementaires ont aussi prescrit les engagements de l’État dans le bon fonctionnement de la Police Républicaine. On le sait tous, la sécurité relève des fonctions régaliennes de l’Etat. Et dans le domaine sécuritaire, l’Etat a voulu prendre ses responsabilités en définissant ce qui relève du domaine des interdits. En guise d’exemple, l’article 26 du décret N° 2018-314 du 11 Juillet portant règlement du service dans la police républicaine dispose que « la vente d’effets d’uniforme, insigne ou attributs, neufs ou usagés, est interdite. Les fonctionnaires de la Police Républicaine assurent le bon entretien de leurs effets d’uniforme».

Parallèlement à l’interdiction, l’État est resté cohérent. Dans une logique de cohérence, l’article 04 du décret N°2018-351 du 25 juillet 2018 prévoit que « les dotations en effets d’habillement des fonctionnaires de la Police Républicaine sont fournies et renouvelées aux frais de l’État chaque année ». Il en ressort, sans ambiguïté, qu’au vu de ces dispositions, l’État a l’obligation d’assurer la dotation en effets d’habillement des hommes en uniforme et en l’occurrence les fonctionnaires de la Police Républicaine. Mais alors que les lois sur la question sont claires, il se développe dans le rang des civils, le commerce des uniformes militaires.

Dans un contexte de défiance totale des normes, le commerce des effets d’habillement pour les agents de la Police Républicaine est devenu la nouvelle filière rentable. Des tenues, insignes et autres attributs de la Police Républicaine sont vendus par des particuliers aux agents en fonction sur l’ensemble du territoire national. Selon nos sources, un fournisseur prétendument agréé aurait le monopole de la commercialisation des effets d’habillement au profit des fonctionnaires de la Police Républicaine. Le commerçant des tenues serait en activité à Cotonou et ailleurs.

Nos sources qui s’interrogent sur l’authenticité du fameux agrément dont il se prévaut, ont du mal à comprendre le fait que ce commerçant livre les tenues directement aux fonctionnaires de la Police Républicaine. Dans un cas de figure où ce commerçant privé aurait obtenu l’agrément, il est censé mettre les uniformes à la disposition de l’État qui se chargera à son tour de les mettre à disposition des fonctionnaires de la Police Républicaine. Mais ici, ce particulier livre directement aux agents les effets d’habillement, les insignes, les galons et autres attributs de la Police Républicaine, ont renseigné nos sources. Les mêmes sources informent que ce commerçant se livre, avec son réseau, à une stratégie de marketing via les réseaux sociaux et de bouche-à-bouche. Ceci, au nez et à la barbe de tous et des autorités habilitées à veiller au respect de la loi en la matière.

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Dans les détails, nos sources informent que pour s’offrir une uniforme, chaque policier devenu client du commerçant est contraint de débourser entre 45.000fcfa et 50.000fcfa. En plus du calvaire que cela représente pour les fonctionnaires de la Police Républicaine en termes de poids financier à supporter, le commerce non contrôlé de ces effets d’habillement par des civils peut induire des risques sécuritaires. Des individus mal intentionnées pourraient se procurer de ces uniformes, se confondre aux agents de la Police Républicaine régulièrement déployés par l’État et commettre des forfaits de tous genres dans un contexte où le terrorisme reste une menace réelle. Même si l’Etat a mis à la disposition d’un particulier un agrément de commerce des tenues, insignes et attributs militaires, des dispositions de surveillance doivent être prises pour éviter que n’importe qui n’aille se faire servir.

Fournir les tenues, le devoir de l’État

L’article 4 du décret N°2018-351 du 25 juillet 2018 dispose que « les dotations en effets d’habillement des fonctionnaires de la Police Républicaine sont fournies et renouvelées aux frais de l’État chaque année ». Ainsi qu’il suit, il est de la responsabilité de l’État de fournir aux fonctionnaires de la Police Républicaine les effets d’habillement. Mais selon nos sources, depuis 2017, les policiers béninois vivent un calvaire. Ces agents traînent les deux (2) tenues qu’ils ont reçues depuis 2017. Aujourd’hui, ces uniformes sont délavés, fatigués et parfois déchirés. Certains sont même obligés de solliciter des tailleurs d’occasion pour recoudre les parties perforées.

Pour des questions d’image de la Police Républicaine en tant qu’institution, il serait souhaitable que l’État prenne ses responsabilités en se conformant aux dispositions des décrets en vigueur. Chaque année, l’Etat devra renouveler les tenues pour soigner l’image des fonctionnaires de la Police Républicaine. L’action du Président de la République Patrice Talon qui a du goût pour l’esthétique est attendue pour non seulement garantir la sécurité de l’État à travers un contrôle rigoureux du commerce des uniformes mais aussi à fournir des tenues aux fonctionnaires de la Police Républicaine. Cela y va de la responsabilité de l’État et de la sécurité publique. A suivre…

Brivaël Klokpê Sogbovi

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