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Sèmè-podji : Djeffa : MLF Trading, la carrière aux comptes truqués

La carrière de sable exploitée par la société MLF Trading Sarl à Djeffa, dans la commune de Sèmè-Podji, est fermée depuis ce mercredi 9 septembre 2026. Par une lettre notifiée le jour même et réceptionnée par un représentant de l’entreprise, le maire Thomas Singbo a suspendu « jusqu’à nouvel ordre » les activités de la société, invoquant plusieurs manquements graves dans la gestion de la Contribution au développement local (CDL) et des redevances minières. Dans son courrier n° 10-J/957/SE/DAAF/SA, la mairie reproche d’abord à MLF Trading son refus de coopérer avec le dispositif de suivi qu’elle a mis en place. L’entreprise n’a désigné, malgré une demande du 17 août 2026 puis une lettre de relance du 28 août, aucun point focal pour suivre conjointement avec les agents municipaux les chargements de camions sur son site. Le document pointe ensuite des reversements de CDL et de redevances minières qui ne « reflètent en rien la réalité du terrain » sur la période de janvier à juin 2026, alors que le site de Djeffa était, selon la mairie, « pratiquement le seul site de carrière fonctionnel » de la commune durant cette période. Pour le mois de juillet 2026, l’écart est jugé plus flagrant encore. La déclaration de CDL transmise par l’entreprise ne correspond pas aux résultats du pointage numérique effectué par les services techniques municipaux entre le 13 et le 31 juillet 2026, un différentiel que la mairie qualifie de « préjudiciable non seulement à la commune, mais surtout à la Direction générale des impôts ». Un second document vient alourdir le dossier. Daté du 8 septembre et signé par la directrice départementale de l’Énergie, de l’Eau et des Mines de l’Ouémé, Bénédicta Houngbedji Ayékouni, il fait état d’un dépassement du périmètre de dragage autorisé sur le site de Djeffa, constaté par une équipe d’inspection le 3 septembre 2026, malgré de multiples rappels des précédentes missions de contrôle. Invoquant l’article 43 du Code minier et de la fiscalité minière du Bénin, selon lequel « tout agrandissement de l’aire d’exploitation au-delà des limites déjà prévues dans l’autorisation doit faire l’objet d’une autre autorisation comme s’il s’agit d’une nouvelle carrière », la Direction départementale des mines a, elle aussi, suspendu la production sur le site, n’autorisant plus l’entreprise qu’à écouler le sable déjà stocké.

Un système généralisé de sous-déclaration

Face aux caméras, Thomas Singbo a détaillé les raisons de sa décision. Le site de Djeffa, a-t-il expliqué, « produit tous les jours mais a de la peine à produire les bonnes déclarations ». Or, la CDL étant perçue sur le nombre de camions chargés, toute minoration de ce nombre prive directement la mairie et l’État de ressources. « C’est qu’il existe un système généralisé qui consiste à minorer les déclarations, le nombre de camions chargés par jour. Généralement, il arrive de voir dans la commune de Sèmè-Podji de longues files de camions, mais le soir on vous dit qu’on a chargé 15 camions », a-t-il dénoncé. Le maire a rappelé que, depuis le 13 juillet 2026, un système de comptage numérique des chargements a été mis en place, et que toutes les entreprises du secteur ont été invitées à désigner un point focal pour y être intégrées. Toutes y ont répondu favorablement, à l’exception de MLF Trading Sarl, qui n’a pas non plus transmis à la mairie l’ensemble de ses déclarations de janvier à juillet 2026. Thomas Singbo a chiffré l’ampleur de l’enjeu. « Nous sommes sur un site qui produit 90 % de la production de sable de la commune de Sèmè-Podji. Pour le mois d’août, nous avons 10 millions de francs CFA de CDL, cela veut dire qu’il y a 9 millions issus du site de Djeffa. Quand vous avez 10 millions de CDL, cela veut dire que vous avez 15 millions de francs CFA de redevance minière que vous partagez avec l’administration centrale. Dans ça, la mairie est à 6 millions. Ça fait en tout et pour tout 16 millions de francs CFA pour la mairie. Et quand vous avez 10 millions de CDL, c’est que vous avez 50 millions de francs CFA de TVA pour les caisses de l’État », a-t-il détaillé, estimant que sans ces ressources, l’État ne saurait tenir ses engagements de développement.

Banniere carrée

Un système de sous-déclaration aux allures d’évasion fiscale

En mettant bout à bout la lettre de suspension de la mairie, le rapport de la Direction départementale des mines et les explications chiffrées du maire, un même constat s’impose. Les montants réellement dus à la commune et à l’État semblent avoir été durablement minorés par MLF Trading Sarl. Un tel système de sous-déclaration généralisée, s’il venait à être confirmé, s’apparenterait à une évasion fiscale caractérisée, prohibée aussi bien par le Code général des impôts que par le Code pénal béninois. Au regard de la gravité des faits documentés par deux administrations distinctes notamment la mairie de Sèmè-Podji et la Direction départementale de l’énergie, de l’eau et des mines de l’Ouémé, il n’est plus question de fermer les yeux sur immondice. Aux grands maux, les grands remèdes, dit-on. La Brigade économique et financière (BEF), bras opérationnel de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), doit, sans perdre de temps, de saisir d’office de ce dossier afin d’entendre le promoteur et les dirigeants de MLF Trading Sarl sur ces manquements. Les services des impôts, tout comme la mairie de Sèmè-Podji, gagneraient également à saisir les juridictions compétentes pour qu’une actiion soit engagée au plan pénal, dans l’intérêt des finances publiques locale et nationale. Après tout, il s’agit des ressources publiques qui probablement ont fini dans les poches de particuliers.

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