Cybersécurité au Bénin : l’ASIN renforce la coordination des RSSI face aux défis de l’intelligence artificielle
Cybersécurité au Bénin : l’ASIN renforce la coordination des RSSI face aux défis de l’intelligence artificielle

Réunis à Cotonou les 24 et 25 juin 2026, les responsables de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) du secteur public et privé ont participé à la première Conférence des Responsables de la Sécurité des Systèmes d’Information (CRSSI 2026). Organisée par l’Agence des Systèmes d’information et du numérique (ASIN), cette rencontre vise à renforcer la gouvernance de la cybersécurité nationale et à préparer les acteurs aux nouvelles menaces liées notamment à l’intelligence artificielle.
Pendant deux jours, près d’une centaine de participants issus d’une quarantaine de structures publiques, d’institutions privées, d’entreprises de services numériques, d’organisations partenaires et d’experts internationaux ont échangé sur les enjeux de la sécurité numérique au Bénin. L’objectif affiché est d’améliorer la coordination entre les acteurs impliqués dans la mise en œuvre de la Politique de Sécurité des Systèmes d’Information de l’État (PSSIE) et de la Politique de Protection des Infrastructures d’Information Critiques (PPIIC).
À l’ouverture des travaux, le Directeur général de l’ASIN, Marc-André Loko, a souligné l’importance de créer un cadre dédié aux professionnels de la cybersécurité. Selon lui, cette conférence répond à une attente forte des RSSI, alors que les cybermenaces se multiplient à l’échelle mondiale. « Il était impératif qu’une conférence dédiée à la sécurité des systèmes d’information se mette en place », a-t-il indiqué, rappelant que les responsables de la sécurité occupent la première ligne de défense face aux attaques numériques.

Le directeur général a insisté sur la nécessité de renforcer les compétences des RSSI et de favoriser une collaboration étroite entre les secteurs public et privé. Pour lui, la réussite d’un dispositif national de cybersécurité repose avant tout sur la coordination entre les différents acteurs.
L’un des principaux messages portés lors de cette édition concerne l’essor de l’intelligence artificielle. Marc-André Loko a averti que cette technologie constitue à la fois un puissant levier de défense et un outil susceptible d’être exploité par des acteurs malveillants. Face à cette évolution, le Bénin prévoit d’actualiser ses politiques nationales de cybersécurité afin d’intégrer pleinement les nouveaux défis liés à l’IA. L’ASIN mise également sur le développement de centres sectoriels de réponse aux incidents (CIRT) dans les domaines de la santé, de l’éducation et des finances, ainsi que sur l’émergence de centres d’opérations de sécurité (SOC) spécialisés. « Nous devons aller beaucoup plus loin », a affirmé le responsable, convaincu qu’un dispositif décentralisé, doté d’équipes formées et équipées, permettra de garantir un environnement numérique de confiance pour les citoyens et les entreprises béninoises.
Le ministère chargé de la Transformation digitale et de l’Innovation, Mahuna Akplogan a placé la réflexion sous l’angle de la souveraineté numérique. Dans son intervention, il a estimé que la souveraineté des États ne se limite plus aux frontières physiques, mais s’étend désormais aux réseaux, aux données et aux systèmes d’information. « La souveraineté aujourd’hui n’est plus seulement territoriale, elle est aussi cognitive », a-t-il déclaré devant les participants.
Le responsable a rappelé les progrès accomplis par le Bénin au cours de la dernière décennie avec l’adoption du Code du numérique, le déploiement de la fibre optique, la dématérialisation des services publics et la mise en œuvre des stratégies nationales relatives à l’intelligence artificielle et à la donnée.
Toutefois, il a souligné que la transformation numérique accroît également l’exposition des États aux cyberattaques. « Plus un État sait, plus il a à protéger », a-t-il insisté, appelant à poursuivre les investissements dans la cybersécurité, les audits, la formation et l’accompagnement des structures publiques.
Les travaux de la CRSSI 2026 se sont articulés autour de quatre panels consacrés aux défis émergents de la sécurité numérique. Les participants ont notamment débattu du rôle de l’intelligence artificielle dans la cybersécurité nationale, des limites de la délégation des décisions à la machine, de l’apport des SOC augmentés par l’IA dans les opérations de sécurité et des conditions nécessaires à la construction d’une intelligence artificielle de confiance. L’événement a également offert une vitrine aux startups béninoises spécialisées dans la sécurité numérique.
Médard Clobechi